Dix ans après, les Pays-Bas monétisent leurs crimes de guerre en Irak

Dix ans après, les Pays-Bas monétisent leurs crimes de guerre en Irak


Partager cet article

Dix ans après les faits, le ministre néerlandais de la Défense s’est rendu à Hawija, en Irak, pour présenter des excuses officielles. Le bombardement de 2015, dirigé contre une usine de munitions de l’État Islamique (EI), a causé la mort de plus de 70 civils, un bilan longtemps minimisé. Ce geste politique tardif interroge sur la responsabilité des États occidentaux, la logique des coalitions militaires et le coût humain des guerres modernes.

Les excuses officielles sont devenues un rituel diplomatique bien rodé : elles arrivent toujours après les faits, rarement avant les drames. Le cas de Hawija, en Irak, illustre une fois de plus les dérives structurelles de la guerre menée à distance par les puissances occidentales, sous couvert de lutte contre le terrorisme. En juin 2015, une frappe aérienne menée par l’armée néerlandaise, intégrée à la coalition internationale dirigée par les États-Unis, détruisait une usine suspectée de fabriquer des véhicules piégés pour l’État islamique. Le bilan humain réel, longtemps minimisé, s’est révélé bien plus lourd.

Hawija : une frappe « légitime », des conséquences prévisibles

Dans la nuit du 2 au 3 juin 2015, les avions néerlandais frappent une cible industrielle située dans la ville de Hawija. Officiellement, l’opération visait une installation stratégique de l’EI. En réalité, l’usine contenait bien plus d’explosifs que prévu, provoquant une déflagration massive dans une zone urbaine.

Les Pays-Bas présentent leurs excuses pour le bombardement de la ville irakienne d’Hawija
Le ministre néerlandais de la Défense Ruben Brekelmans a présenté personnellement ses excuses, jeudi, à la ville irakienne d’Hawije pour le bombardement…

Le gouvernement néerlandais a reconnu en 2019 la mort de 70 personnes, civils et combattants confondus. Une étude indépendante publiée en avril a toutefois porté ce chiffre à au moins 85 civils tués. Une différence révélatrice de la difficulté — ou du refus — des États à établir des bilans transparents lorsqu’ils sont eux-mêmes impliqués.

Une chaîne de commandement diluée dans la coalition

L’enquête a mis en lumière un point central : l’armée néerlandaise s’est largement appuyée sur des renseignements fournis par les États-Unis, sans capacité réelle de vérification indépendante. Le commandement sur place, réduit à une équipe restreinte, a pris des « risques délibérés », selon les conclusions officielles.

Ce fonctionnement est une norme dans les guerres de coalition. La responsabilité se dissout dans la chaîne de commandement multinationale, chacun invoquant les informations de l’autre pour se dédouaner. Résultat : des décisions létales, prises à distance, sans véritable contrôle .

Excuses, indemnisations et justice tardive

Le ministre néerlandais de la Défense, Ruben Brekelmans, s’est rendu à Hawija pour présenter ses excuses « au nom du gouvernement ». Un geste symbolique accompagné d’une enveloppe de 14 millions d’euros destinée à indemniser la ville. Les victimes, elles, ont engagé une procédure judiciaire toujours en cours contre l’État néerlandais.

Ces compensations financières, aussi nécessaires soient-elles, posent une question de fond : peut-on réparer par l’argent des décisions militaires prises sans réel contre-pouvoir politique ni responsabilité pénale individuelle ?

OFFRE FLASH jusqu'au 19 janvier à 10H

Sauvez votre épargne en 2026 !

Abonnez-vous à 79€ par an et recevez deux dossiers essentiels de Machabert.

Profitez, d'une part, d'une sélection chirurgicale de 10 actions du CAC 40 analysées par écart-type et, d'autre part, d'une « arche de Noé » financière inspirée du portefeuille de Harry Browne pour survivre à n'importe quel choc. Que vous soyez prudent ou dynamique, ces outils sont conçus comme des boucliers inébranlables pour reprendre le contrôle de votre patrimoine face à l'inflation et aux manipulations des banques centrales.

Allez, on en profite avant qu'il ne soit trop tard...

Je m'abonne immédiatement à 79€ pour recevoir ces deux dossiers indispensables

Une guerre aérienne sans bilan politique

L’attaque de Hawija n’est qu’une parmi près de 34 000 frappes aériennes menées par la coalition en Irak et en Syrie. Chaque État reconnaît ses « erreurs », mais aucun ne remet en cause la logique même de ces interventions massives, ni leur efficacité réelle face au terrorisme.

Pire encore, plusieurs études soulignent que ces frappes, en détruisant des villes et en tuant des civils, alimentent les ressentiments locaux et favorisent l’émergence de nouveaux groupes armés.

Hawija rappelle une vérité dérangeante : les guerres modernes, menées au nom de la sécurité, produisent une violence bureaucratisée où la responsabilité disparaît derrière les communiqués officiels. Les excuses tardives ne remplacent ni la justice, ni le débat démocratique sur l’usage de la force armée.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Passoires thermiques : interdit de louer, puis autorisé — la valse des normes sur le dos des propriétaires

Passoires thermiques : interdit de louer, puis autorisé — la valse des normes sur le dos des propriétaires

Le gouvernement a interdit à la location les logements classés G au DPE depuis janvier 2025, puis F à partir de 2028. Mais un simple ajustement du coefficient de conversion de l’électricité, au 1er janvier 2026, a fait sortir 850 000 logements du statut de « passoire thermique » sans aucun travaux. Face à la pénurie locative qu’il a lui-même aggravée, l’exécutif prépare désormais, via la loi « Relance logement », un assouplissement conditionnel. Au nom de la transition écologique, on impose d’ab


Rédaction

Rédaction

Énergies vertes : 26 milliards dépensés, des fraudes « quasi impunies » selon la Cour des comptes
Photo by Moritz Lange / Unsplash

Énergies vertes : 26 milliards dépensés, des fraudes « quasi impunies » selon la Cour des comptes

La Cour des comptes vient de publier un rapport accablant sur le soutien public aux énergies renouvelables. Entre 2016 et 2024, 26,3 milliards d’euros ont été dépensés via les charges de service public de l’énergie. Les engagements futurs frôlent les 87 milliards d’euros hors bilan. Sur-rémunérations, fraudes quasi impunies et pilotage budgétaire chaotique : le modèle de transition écologique à la française se révèle être un colossal transfert d’argent public vers des intérêts privés, sans contr


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Justice: quand la franc-maçonnerie devient incompatible avec la fonction de juge

Justice: quand la franc-maçonnerie devient incompatible avec la fonction de juge

Un avis rendu le 9 juin 2026 par le Collège de déontologie des magistrats de l’ordre judiciaire pourrait faire date. Pour la première fois, l’instance estime que l’appartenance à la franc-maçonnerie peut être incompatible avec les obligations déontologiques des magistrats. Le cœur du problème : allégeance, solidarité et secret ... au-delà du cas maçonnique, c’est la question des loyautés parallèles au sein de la justice qui est désormais posée. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre !


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany