Près de 5 millions d’euros pour une médiathèque fréquentée par 643 lecteurs inscrits : à Condé-sur-l’Escaut. La Cour des comptes documente le même travers dans les piscines et centres aquatiques : construits entre 12 et 27 millions d'euros, ils accumulent des déficits structurels que le contribuable éponge sans jamais être consulté.
L’investissement public donne une illustration presque parfaite de la maxime de Bastiat sur « ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas », ce qu'on ne voit pas, c'est le contribuable qui finance un équipement que personne, ou presque, n'utilise. Le scénario est toujours le même. Un élu inaugure, la presse locale photographie, et la facture s'étale sur trente ans d'emprunt.
Des équipements construits sans usagers
Le cas de Condé-sur-l’Escaut, dans le Nord, est relevé par la Cour des comptes dans son analyse des investissements des communes. Une médiathèque coûteuse pour un nombre limité d’inscrits. On voit l’inauguration et le bâtiment neuf. On ne voit pas les millions immobilisés, les charges d’entretien futures et les projets réellement utiles abandonnés. Le même phénomène apparaît dans le secteur aquatique.

Dans un rapport publié le 7 février 2018, la Cour des comptes avait passé au crible plus de 100 piscines et centres aquatiques appartenant à 69 collectivités, représentant environ 14 millions d’entrées en 2015. Son diagnostic était sans ambiguïté : le modèle des équipements publics reposait sur une infrastructure ancienne, coûteuse et structurellement déficitaire.
Des piscines qui coûtent cher avant même d’accueillir le public
La France compte environ 4 135 piscines et 6 412 bassins, dont 82 % appartiennent aux communes ou aux intercommunalités. Près de la moitié des équipements avaient été construits avant 1977. La Cour relevait également d'importantes inégalités territoriales : les espaces périurbains, qui regroupent 22 % de la population, ne disposent que de 14 % des équipements aquatiques.

Surtout, aucune piscine publique examinée n’affichait un résultat d’exploitation équilibré ou excédentaire. Le déficit moyen atteignait 640 000 euros par an, soit environ 25 % de l’épargne brute des collectivités propriétaires. Certains nouveaux centres aquatiques ont représenté des investissements compris entre 12 et 27 millions d’euros. À Marseille, le coût atteignait 12,80 euros par usager et 1 946 euros par m², près de trois fois la moyenne nationale. Pire : la ville de Paris, qui exploite trente piscines en régie directe, reconnaît elle-même ne pas connaître le coût de fonctionnement de ses propres équipements. La communauté d'agglomération Grand Calais ne mène aucune analyse des coûts sur ses deux piscines. Sur les délégations de service public, qui représentent 30 % des piscines mises en service depuis 2005, le contrôle des contrats est jugé « souvent superficiel ».
Tous ces investissements ne financent pas un service public efficient : ils financent le prestige local, les emplois de la commande publique et la communication politique. Pendant que 643 lecteurs justifient 5 millions d’euros à Condé-sur-l’Escaut, les mêmes élus réclament toujours plus de dotations de l’État. La Cour des comptes recommande des transferts à l'intercommunalité et des tarifs plus réalistes. Solutions technocratiques à un problème politique ... tant que le contribuable restera captif, les médiathèques vides et les piscines déficitaires continueront de prospérer.

