En 2026, la France consacrera 74 milliards d'euros au seul service de sa dette — les intérêts, rien que les intérêts —, contre 65 milliards un an plus tôt. C'est désormais l'égal, sinon davantage, de ce qu'elle dépense pour instruire ses enfants. Disons-le nûment : ce pays paie ses créanciers avant ses écoles.

Encore faudrait-il que cette dette eût servi à bâtir. Un emprunt qui finance une route, un port, un laboratoire se rembourse sur la richesse qu'il a fait naître. Mais nous n'avons pas emprunté pour l'avenir. Nous avons emprunté pour le présent : pour les salaires courants, pour les interventions sociales, pour la dépense ordinaire d'un État qui ne sait plus vivre de ses moyens. Nous avons gagé demain afin de tenir aujourd'hui.
Le mécanisme est d'une logique funèbre. Chaque intérêt versé est une heure de classe qui ne sera pas donnée, un maître qui ne sera pas formé, un enfant à qui l'on transmettra un peu moins. Et le service de la dette, lui, ne discute pas, ne fléchit pas, ne s'attendrit pas : il se prélève d'abord, mécaniquement, avant que le premier élève n'entre en classe.
Un peuple qui arbitre ainsi, année après année, sans guerre, sans famine, sans épidémie, par son seul consentement endormi, n'est pas un peuple imprudent. C'est un peuple qui a renoncé à se survivre. On nomme cela une contrainte budgétaire. Je suppose qu'il faudrait l'appeler par son vrai nom : un suicide collectif programmé, payé à tempérament, et que personne ne songe à interrompre.
