Des Marocains et des Ukrainiens pour sauver Renault

Des Marocains et des Ukrainiens pour sauver Renault


Partager cet article

Face au succès commercial inattendu de la R5 électrique, Renault accélère la production dans le Nord. Mais faute de main-d’œuvre locale disponible, le groupe fait appel à des salariés étrangers, révélant une stratégie industrielle avant tout guidée par les coûts.

La renaissance électrique de Renault a un visage : la R5. En 2025, elle s’est imposée comme la voiture électrique la plus vendue en France, dépassant largement les prévisions internes du constructeur. Mais derrière ce succès industriel la marque au losange est contrainte d’accroître la capacité productive de son usine de Douai. Pour accompagner ce regain d’activité, Renault a décidé de recruter des salariés étrangers, un choix critiqué par certains représentants du personnel.

600 nouveaux travailleurs étrangers à l’usine de Douai

Avec son audace et sa performance, la citadine 100% électrique de la marque au losange a vite connu le succès. Seulement un an après son lancement, elle est devenue la voiture électrique la plus vendue en France. Face à ce succès inattendu, l’usine Renault de Douai a connu un important regain d’activité.

Une équipe de 600 personnes la nuit, des salariés marocains et des réfugiés ukrainiens en renfort... Surpris par l’ampleur du succès de sa R5, Renault met les bouchées doubles dans son usine de Douai
La mise en place d’une équipe de nuit à l’usine Renault de Douai a permis de passer à une production de 900 véhicules par jour, dont deux tiers de R5, la voiture électrique la plus vendue en France l’an dernier.

Si le site a produit près de 90.000 unités de R5 E-Tech en 2024, le nombre de véhicules produits a atteint les 156.000 unités en 2025 d’après le rapport de l’Usine Nouvelle, soit 30% voire même 40% de la plus que la prévision du constructeur, a déclaré le directeur de projet de l’usine de Douai sur France 3.

Le groupe Renault a dû mal à répondre à la forte demande du marché en raison d’un manque d’effectifs, d’autant plus que le site de Douai assure aussi la production d’autres modèles de véhicules comme l’Alpine A290, la Nissan Micra, le Scénic, la Mégane et l’Eclipse Cross.

Automobile : 329 000 emplois menacés par le dirigisme de Bruxelles
L’industrie automobile française, 329 000 emplois et 1,1 % du PIB, est au bord du gouffre. Entre coûts de production stratosphériques et une demande domestique anémiée se conjuguent aux incertitudes réglementaires imposées par l’UE, l’industrie s’interroge : la France organise-t-elle sa propre décroissance ? Avec 4 080 entreprises, 329 000

Pour faire tourner les usines de Douai et Maubeuge, la marque au losange ne mise pas sur le bassin d’emploi nordiste. Elle importe ses propres forces vives depuis Córdoba en Argentine, ou s'appuie sur des travailleurs marocains, espagnols et roumains.

Cependant, les candidats doivent répondre à un critère important : avoir de l’expérience dans la production de véhicules. Une équipe de nuit composée de 600 personnes opère désormais dans l’usine de Douai. Selon L’Usine Nouvelle, elle réunit une dizaine d’Argentins de l’usine Renault de Cordoba, une dizaine de salariés espagnols et roumains ainsi que quelques dizaines de travailleurs marocains, des Ukrainiens et des Afghans bénéficiant du statut de réfugiés politiques.

Grâce à ces nouveaux effectifs, la capacité de productivité de l’usine de Douai a augmenté. Elle est passée de 600 R5 à 900 R5 produites par jour depuis la fin de l’année 2025.

Une pénurie de main-d’œuvre… un choix économique avant un choix national

Les représentants du personnel pointent un choix stratégique ancien : ne pas avoir transformé suffisamment d’intérimaires et de CDD en CDI lors des années creuses. Conséquence directe, Renault manque aujourd’hui de personnel qualifié disponible immédiatement.

Industrie automobile et transition écologique : vers une euthanasie européenne, par Jean Goychman
Le Parlement européen à voté la fin de la commercialisation des automobiles neuves à moteur thermique en 2035. Alors que

Face à ce succès commercial soudain, Renault ne parvient pas à recruter suffisamment et rapidement. Le groupe mobilise des salariés venus d’Argentine, d’Espagne, de Roumanie, du Maroc, mais aussi des réfugiés ukrainiens ou afghans. Officiellement, il s’agit de transferts temporaires au sein du groupe. Officieusement, c’est une solution rapide, flexible et surtout moins coûteuse que de recruter durablement en France.

Trop d’usines en Europe: l’industrie auto à l’arrêt, les Chinois attaquent
Alors que les usines européennes tournent à seulement 55% de leur capacité en moyenne, le secteur automobile fait face à une tempête : une demande atone et montée en puissance des concurrents chinois. Le constat du cabinet AlixPartners est un électrochoc pour l’industrie automobile européenne. Selon le cabinet de conseil AlixPartners,

En utilisant le statut de travailleur détaché ou l'intérim pour des réfugiés ukrainiens et afghans, Renault contourne la rigidité des contrats français (CDI) que les syndicats réclament, mais que la direction juge trop risqués face à la volatilité du marché électrique.

La R5 est assemblée sur le sol français, certes, mais par une main-d’œuvre mondiale. Ce recours à l'importation de main-d'œuvre est l'aveu de l'échec de la compétitivité française. Renault survit en devenant une agence de logistique humaine internationale. Si la R5 est un succès, elle est surtout le symbole d'une industrie française qui ne peut plus produire sans l'apport de pays aux coûts plus rationnels.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Comment faire profiter votre patrimoine du cessez-le-feu en Iran ?

Comment faire profiter votre patrimoine du cessez-le-feu en Iran ?

Par Vincent Clairmont Le baril de Brent s'échangeait autour de 87 dollars le 11 juin, en recul d'environ 20 % par rapport au pic de 2026, sur la seule perspective d'un accord rouvrant le détroit d'Ormuz. La question que m'adressent les lecteurs depuis l'annonce de Genève tient en une phrase : que faire de son portefeuille si la paix revient pour quelques mois ? Ma réponse tient elle aussi en une phrase, et je la donne tout de suite : utilisez le mouvement, ne le poursuivez pas. J'explique.


Rédaction

Rédaction

G7 : le soft-power mondialiste de l'Occident est-il vraiment au bout du rouleau ?

G7 : le soft-power mondialiste de l'Occident est-il vraiment au bout du rouleau ?

Par Elise Rochefort Le sommet du G7 s'ouvre à Évian-les-Bains (Haute-Savoie) le 15 juin 2026 et se tient jusqu'au 17, sous présidence française. C'est la deuxième fois qu'Évian accueille le sommet, après celui de 2003. Le format réunit les sept membres — Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni — ainsi que l'Union européenne. Quatre pays ont été invités à participer aux travaux : le Brésil, la Corée du Sud, l'Inde et le Kenya. La question posée par les organisateurs co


Rédaction

Rédaction

Le cessez-le-feu en Iran peut-il durer plus de 6 mois ? par Thibault de Varenne

Le cessez-le-feu en Iran peut-il durer plus de 6 mois ? par Thibault de Varenne

On nous annonce la paix avec l'Iran. Le Premier ministre du Pakistan l'a dite le premier, samedi, comme on apporte une bonne nouvelle qui n'est pas tout à fait la sienne. Washington et Téhéran auraient arrêté leurs armes ; le mémorandum se signera vendredi à Genève ; le détroit d'Ormuz, fermé depuis la fin décembre, rouvrira ses eaux au commerce du monde. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de l'actualité, passé


Rédaction

Rédaction

La loi anti-déforestation de Bruxelles étrangle les petits producteurs de café et de cacao

La loi anti-déforestation de Bruxelles étrangle les petits producteurs de café et de cacao

Bruxelles impose sa bureaucratie jusqu’aux plantations africaines. Le règlement européen anti-déforestation (EUDR), censé protéger les forêts tropicales, impose désormais aux producteurs de cacao une traçabilité et une géolocalisation extrêmement poussées. Derrière l’objectif environnemental, des milliers de petits planteurs ivoiriens se retrouvent confrontés à une avalanche d’exigences administratives conçues à Bruxelles, loin des réalités du terrain. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez l


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany