Face au succès commercial inattendu de la R5 électrique, Renault accélère la production dans le Nord. Mais faute de main-d’œuvre locale disponible, le groupe fait appel à des salariés étrangers, révélant une stratégie industrielle avant tout guidée par les coûts.

La renaissance électrique de Renault a un visage : la R5. En 2025, elle s’est imposée comme la voiture électrique la plus vendue en France, dépassant largement les prévisions internes du constructeur. Mais derrière ce succès industriel la marque au losange est contrainte d’accroître la capacité productive de son usine de Douai. Pour accompagner ce regain d’activité, Renault a décidé de recruter des salariés étrangers, un choix critiqué par certains représentants du personnel.
600 nouveaux travailleurs étrangers à l’usine de Douai
Avec son audace et sa performance, la citadine 100% électrique de la marque au losange a vite connu le succès. Seulement un an après son lancement, elle est devenue la voiture électrique la plus vendue en France. Face à ce succès inattendu, l’usine Renault de Douai a connu un important regain d’activité.

Si le site a produit près de 90.000 unités de R5 E-Tech en 2024, le nombre de véhicules produits a atteint les 156.000 unités en 2025 d’après le rapport de l’Usine Nouvelle, soit 30% voire même 40% de la plus que la prévision du constructeur, a déclaré le directeur de projet de l’usine de Douai sur France 3.
Le groupe Renault a dû mal à répondre à la forte demande du marché en raison d’un manque d’effectifs, d’autant plus que le site de Douai assure aussi la production d’autres modèles de véhicules comme l’Alpine A290, la Nissan Micra, le Scénic, la Mégane et l’Eclipse Cross.

Pour faire tourner les usines de Douai et Maubeuge, la marque au losange ne mise pas sur le bassin d’emploi nordiste. Elle importe ses propres forces vives depuis Córdoba en Argentine, ou s'appuie sur des travailleurs marocains, espagnols et roumains.
Cependant, les candidats doivent répondre à un critère important : avoir de l’expérience dans la production de véhicules. Une équipe de nuit composée de 600 personnes opère désormais dans l’usine de Douai. Selon L’Usine Nouvelle, elle réunit une dizaine d’Argentins de l’usine Renault de Cordoba, une dizaine de salariés espagnols et roumains ainsi que quelques dizaines de travailleurs marocains, des Ukrainiens et des Afghans bénéficiant du statut de réfugiés politiques.
Grâce à ces nouveaux effectifs, la capacité de productivité de l’usine de Douai a augmenté. Elle est passée de 600 R5 à 900 R5 produites par jour depuis la fin de l’année 2025.
Une pénurie de main-d’œuvre… un choix économique avant un choix national
Les représentants du personnel pointent un choix stratégique ancien : ne pas avoir transformé suffisamment d’intérimaires et de CDD en CDI lors des années creuses. Conséquence directe, Renault manque aujourd’hui de personnel qualifié disponible immédiatement.

Face à ce succès commercial soudain, Renault ne parvient pas à recruter suffisamment et rapidement. Le groupe mobilise des salariés venus d’Argentine, d’Espagne, de Roumanie, du Maroc, mais aussi des réfugiés ukrainiens ou afghans. Officiellement, il s’agit de transferts temporaires au sein du groupe. Officieusement, c’est une solution rapide, flexible et surtout moins coûteuse que de recruter durablement en France.

En utilisant le statut de travailleur détaché ou l'intérim pour des réfugiés ukrainiens et afghans, Renault contourne la rigidité des contrats français (CDI) que les syndicats réclament, mais que la direction juge trop risqués face à la volatilité du marché électrique.

La R5 est assemblée sur le sol français, certes, mais par une main-d’œuvre mondiale. Ce recours à l'importation de main-d'œuvre est l'aveu de l'échec de la compétitivité française. Renault survit en devenant une agence de logistique humaine internationale. Si la R5 est un succès, elle est surtout le symbole d'une industrie française qui ne peut plus produire sans l'apport de pays aux coûts plus rationnels.





