De Mar Al Lago à Gaza, convulsions d'un monde qui se disloque, par Thibaud de Varenne

De Mar Al Lago à Gaza, convulsions d'un monde qui se disloque, par Thibaud de Varenne


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Notre chronique Thibaut de Varenne fait le point de l'actualité internationale en cours, depuis la visite d'Etat de Donald Trump au Royaume-Uni jusqu'à Gaza, en passant par l'internationalisation du conflit ukrainien.

La scène du monde est un théâtre où les décors se déchirent et où les anciens acteurs, figés dans leurs postures séculaires, semblent ne plus comprendre les pièces qui s’y jouent. À la manière de ces époques de dissolution que les grands esprits du passé, de Thucydide à Chateaubriand, ont su dépeindre, nous voyons aujourd’hui les fondations d'un ordre international, patiemment bâti sur les ruines de la dernière grande guerre, se fissurer.

L'Europe, les États-Unis, la Terre Sainte : chaque foyer de crise n’est pas un incident isolé, mais le symptôme d’une maladie commune, d’une érosion des principes et des liens qui unissaient les nations. Ce ne sont pas des évènements qui frappent, mais une certaine idée du monde qui s'effondre. C’est la lente désagrégation de l'Atlantisme, l'abandon du droit des nations en pleine lumière, et le retour de la barbarie sur un continent qui se croyait immunisé. Il ne s'agit plus de savoir si un nouvel ordre va émerger, mais de constater avec une gravité empreinte de tristesse que l'ancien, avec ses promesses de sécurité collective et de paix durable, se défait sous nos yeux. Cette chronique se propose de méditer sur les trois principales convulsions qui agitent la planète, comme autant de chapitres d'un livre funeste dont l'issue n'est pas encore écrite.

L'éclipse de l'atlantisme : le mirage d'un président de l'Europe

Il fut un temps où le lien transatlantique n'était pas un contrat, mais une alliance de sang scellée sur les plages de Normandie et dans les cieux de la bataille d'Angleterre. Cette union, fondée sur des valeurs et des sacrifices partagés, a garanti à l'Europe une paix de quatre-vingts années, un "miracle" dont la mémoire, aujourd'hui, s'estompe. L'ère qui s'ouvre est celle d'une "realpolitik" brute, dénuée de tout sentimentalisme, où la diplomatie s'est dégradée en une série de transactions cyniques et de chantage pur et simple.

L'ère du contrat contre l'âge de l'alliance

La vision du monde de Donald Trump, depuis son premier mandat, se caractérise par une "obsession transactionnelle". Les vieilles amitiés et les alliances historiques ne sont plus que des instruments au service de l'intérêt national immédiat et financier. Un allié n'est pas un partenaire, mais une entité qui doit "payer sa part", sous peine d'être "lâchée".

L'Europe, perçue comme un continent ingrat et dépendant, est sommée de se défendre par ses propres moyens, le conflit ukrainien étant relégué à un "problème européen" qui aurait dû le rester. Derrière la façade, les nations européennes ont cependant cédé à la pression, acquérant massivement des armes américaines et commerçant avec les États-Unis.

Trump à Londres : premier incident diplomatique

Mais cette soumission n'a rien à voir avec un partenariat. Elle relève d'une exigence formulée brutalement, sans le voile de courtoisie qui caractérisait la diplomatie d'antan. L'alliance n'est plus un pacte d'honneur, mais un arrangement commercial, et sa pérennité est subordonnée à la seule condition que l'autre partie se plie aux exigences de la sienne.

Le mythe du "Président de l'Europe"

L'image d'une Europe en quête de tutelle a trouvé sa plus parfaite incarnation dans une petite phrase, rapportée par Donald Trump lui-même. La phrase n'était pas une proclamation de souveraineté, mais une anecdote rapportée par le président lui-même, qui aurait été qualifié de "président de l'Europe" par des dirigeants du continent lors d'une réunion à Washington. Il ne s'agit donc pas d'une prise de pouvoir, mais d'une moquerie délicieuse, où le suzerain ne se proclame pas, mais se contente de relater la soumission implicite des vassaux qui le lui ont ainsi désigné.

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