Comment l’UE  muselle un journaliste pro-palestinien avec des sanctions russes

Comment l’UE muselle un journaliste pro-palestinien avec des sanctions russes


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L’histoire de Hüseyin Doğru, journaliste allemand sanctionné par l’Union européenne pour sa couverture des manifestations pro-palestiniennes, illustre une dérive autoritaire.Sous prétexte que certains de ses contenus étaient diffusés sur Ruptly — plateforme associée à la Russie — les autorités allemandes et européennes ont déclenché contre lui une directive censée cibler des « agents russes ». L’UE prétend qu’il « facilite des manifestations violentes » et « amplifie des récits terroristes », sans pour autant présenter la moindre preuve.

Initialement conçue pour cibler la propagande russe après l’invasion de l’Ukraine, la législation européenne en matière de sanctions a été subvertie. Son nouveau champ d’application ? Le journalisme critique et la solidarité avec la Palestine.À l’image de la démission forcée de Claudine Gay, présidente de Harvard, pour avoir défendu la liberté d’expression, ce cas révèle comment les dissidents sont réduits au silence.

Une directive anti-russe recyclée pour museler les journalistes

En mai 2025, Hüseyin Doğru, journaliste allemand et fondateur de Red Media, apprend qu’il figure sur la liste des sanctionnés de l’UE. Ses comptes bancaires sont gelés, il est interdit de voyager, son média est démantelé — sans procès, sans audience, sans la moindre procédure judiciaire.

Son crime ? Avoir couvert la répression des manifestations étudiantes pro-palestiniennes en Allemagne. L’UE prétend qu’il « facilite des manifestations violentes » et « amplifie des récits terroristes », sans présenter la moindre preuve, si ce n’est… la couverture médiatique de protestations légitimes.

Les accusations portées contre Hüseyin Doğru reposent sur deux éléments :

  • Certains de ses collaborateurs ont travaillé par le passé dans des médias russes.
  • Red Media traite de sujets « politiquement sensibles »… comme la Palestine.

La solidarité avec Gaza devient un outil de « déstabilisation russe ». L’UE assimile la couverture médiatique de la répression des étudiants à Berlin à une forme de guerre hybride.

La méthode est inquiétante :

  1. Des médias publient des accusations sans preuve.
  2. Les gouvernements les reprennent pour justifier la répression.
  3. Les mêmes médias valident ensuite la légitimité de la sanction.

Un cercle vicieux où la présomption d’innocence disparaît au profit de la fabrication politique d’un ennemi intérieur.

L’Allemagne externalise sa répression à Bruxelles

Pourquoi l’Allemagne n’a-t-elle pas poursuivi Hüseyin Doğru en justice ? Parce que légalement, elle n’en avait pas les moyens. Aucun délit. Aucune preuve. Et un procès aurait provoqué un scandale public.

La solution trouvée : contourner la justice nationale en déléguant la répression à l’Union européenne. Les sanctions européennes, décidées par des organes politiques, permettent d’appliquer des punitions massives sans passer par un tribunal.

Résultat : Hüseyin Doğru vit aujourd’hui dans des conditions pires que certains criminels condamnés. Il est interdit de travailler, de se déplacer, d’ouvrir un compte bancaire, et toute personne qui l’aide risque d’être elle aussi sanctionnée.

En clair, l’Union européenne a inventé une procédure de bannissement économique et social, sans procès, sans défense, sans appel effectif.

Depuis la guerre en Ukraine, l’UE a bâti un arsenal juridique redoutable au nom de la lutte contre la « désinformation » et les « menaces hybrides ». Progressivement, la cible a glissé : de la propagande russe à la dissidence interne. Toute critique du soutien européen au génocide de Gaza devient suspecte, assimilée à un complot anti-occidental.

La loi sur les services numériques (DSA) donne même à la Commission le pouvoir de forcer les plateformes à censurer des contenus sous prétexte de crise informationnelle.

L’affaire Claudine Gay et le cas Hüseyin Doğru révèlent que l’Occident, qui se présente encore comme le bastion des libertés, adopte désormais les méthodes qu’il prétend combattre ailleurs : sanctions arbitraires, procédures extrajudiciaires, bannissement économique, destruction des carrières…Aujourd’hui ce sont des journalistes et des universitaires. Demain, ce seront des citoyens ordinaires.


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