Chronique du désordre allemand post-Merkel (I)

Chronique du désordre allemand post-Merkel (I)


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Après seize ans au pouvoir, Angela Merkel laisse un paysage politique allemand dévasté. D'ici les élections du 26 septembre, nous proposerons une chronique régulière de cette réalité qui bouleverse les catégories mentales des Français: le désordre allemand ordinaire suscité par 16 ans de merkelisme. Evidemment, un dirigeant est autant le reflet de sa société qu'il la façonne. En réélisant régulièrement Angela Merkel, les citoyens de la République Fédérale ont largement contribué à créer la situation politique instable dans laquelle la première économie européenne est plongée.

Pour la première fois la CDU descend sous la barre des 20%

 La coalition conservatrice (CDU/CSU) est à 19 % des intentions de vote dans un sondage de l’institut Forsa publié mardi, à peine plus que les Verts qui arrivent en troisième position avec 17 %. C’est un point bas historique. (malgré sa mauvaise performance en 2017, la CDU avait fait plus de 30% comme le montre le graphique ci-dessus)

Comme le dit très justement le site Euractiv: « Cette baisse historique marque un nouveau coup dur après quatre semaines déjà éprouvantes pour le candidat conservateur à la chancellerie, Armin Laschet« . Olaf Scholz, candidat à la chancellerie pour les sociaux-démocrates (SPD), est crédité de 25%; les Libéraux du FDP sont à 13%; les nationaux-conservateurs de l’AfD à 11% et la Gauche (Die Linke) à 6%.  

48% des Allemands ne plébiscitent aucun des trois candidats à la Chancellerie

Olaf Scholz, la tête de liste du SPD, a beau être à 27% d’opinions favorables, devant Armin Laschet, candidat de la CDU  (14%) et Annalena Baerbock (13%), cela signifie que 48% des Allemands ne veulent aucun des trois comme Chancelier. C’est dire comme la situation d’Olaf Scholz est fragile. Il profite du fait que le chef de file des Verts puis celui de la CDU/CSU ont chuté dans l’opinion, respectivement au printemps et à l’été.

Surtout, cela dit clairement comment Madame Merkel a abimé la fonction avec son refus d’accepter le débat politique (« Il n’y a pas d’alternative »), son goût  pour les décisions brusques et solitaires (sortie du nucléaire en 2011, accueil des réfugiés sans contrôle en 2015, vote sans concertation préalable de la loi sur le mariage homosexuel en 2017 . Madame Merkel a été réélue avec 30% d’abstention en 2009 et 2013. Et elle a tellement pratiqué la « Grande Coalition » avec le SPD (12 des 16 ans où elle a été au pouvoir) qu’elle a accéléré la substitution du gouvernement par la technocratie à la démocratie parlementaire qu’avait l’habitude de pratiquer la République Fédérale jusqu’en 2005.

Le journal libéral Die Zeit prend peur: et s'il y avait de la fraude électorale?

C’est dans cette situation d’incertitude que le journal « Die Zeit », prend le mors aux dents. L’hebdomadaire, d’habitude très policé, raconte avec consternation à ses lecteurs que des informaticiens leur ont montré qu’il était très facile de manipuler les résultats au moment de leur entrée dans les machines qui se trouvent dans les bureaux de vote.  On pousse d’abord un grand éclat de rire car c’est le même journal qui a multiplié les articles pour expliquer qu’il n’y avait pas eu, qu’il ne pouvait pas y avoir eu de fraudes aux dernières élections présidentielles américaines – contre l’évidence

Die Zeit passe d’un extrême à l’autre: le système électoral allemand est beaucoup plus unifié et transparent que l’américain. Et puis, si l’on réfléchit aux possibles tentations de fraude, elles concernent vraisemblablement une volonté unanime de l’establishment politique allemand pour empêcher un trop haut score de l’AfD. Une « fraude » qui – si elle avait lieu – ne déplairait pas in petto aux lecteurs de Die Zeit

Le patronat allemand plaide pour plus d'immigration

C’est dans cette situation politique très incertaine, renforcée par le chaos afghan, que le patronat allemand fait publier par la Fondation Bertelsmann un papier qui appelle à plus d’immigration. Plus d’immigration qualifiée, dit le plaidoyer. Cependant, comment croire qu’une fois l’élection passée, la pression ne va pas être forte, comme en 2014-2016, pour ouvrir à nouveau les frontières. La Fondation Bertelsmann n’a pas honte, en effet, de faire la leçon aux Allemands: 

« L’immigration n’est toutefois possible que si la société est ouverte à tous, s’ouvre à elle dans tous les domaines. Cela nécessite un changement de paradigme : depuis l’arrêt donné à l’immigration professionnelle dans les années 1970, il existe un climat de résistance à toute nouvelle immigration. Même les nombreuses exceptions de ces dernières années n’ont pas été en mesure de changer la situation.
Au contraire, elles ont renforcé l’impression que l’immigration doit rester rare. Le pays est
loin d’une « culture d’accueil » qui le rendrait attrayant pour les immigrants qualifiés. Une telle culture est favorisée par
un climat de tolérance et d’ouverture d’esprit pour la diversité culturelle et religieuse
diversité, par un changement dans la pratique de la naturalisation, par la reconnaissance des qualifications étrangères et, enfin et surtout, par l’intégration réussie des personnes issues de l’immigration qui résident déjà dans le pays, notamment dans le système éducatif« .

Visiblement le patronat allemand et les rédacteurs de la Fondation Bertelsmann n’ont aucune idée de la très difficile intégration sur le terrain des immigrés de la vague 2014-2016. Ils n’ont pas entendu parler des violences quotidiennes, en particulier contre les femmes. Ils ne savent pas que l’islamisme prospère silencieusement. Et ils appellent de leurs voeux une prolongation de l’ère Merkel – où, contrairement à ce que dit le papier, la « culture de l’accueil » a été pratiquée à haute intensité et sans succès. 


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