Depuis la fermeture des guichets préfectoraux, l’État a confié la gestion des cartes grises aux professionnels de l’automobile, tout en abandonnant la sécurité de son propre système. Le Trésor public réclame aujourd’hui aux garagistes victimes d’usurpation de compte les taxes foncières et d'immatriculation des véhicules piratés, avant de les bannir du système par voie réglementaire.
L'externalisation des services publics sous couvert de dématérialisation tourne au fiasco. En transférant sa mission régalienne aux professionnels de l'automobile, l'État a créé un point de vulnérabilité que des fraudeurs ont exploité pendant six ans, malheureusement, sans réaction suffisante.
Une fraude massive, double peine pour les victimes
Selon la Cour des comptes, près de 300 sociétés fictives se sont fait passer pour des garages habilités entre 2022 et 2024. Conséquence : près d'un million de véhicules ont été illégalement immatriculés, soit 1,7 % du parc automobile français, pour 550 millions d'euros de taxes perdues et 255 millions d'amendes jamais recouvrées.

Mais l'addition ne s'arrête pas là. La Fédération nationale de l'automobile (FNA) chiffre à plus de 6 millions d'euros les taxes que le Trésor public réclame directement à des garagistes dont les accès avaient été usurpés, pour des immatriculations réalisées à leur insu. Autrement dit : les victimes du piratage paient la note fiscale des fraudeurs.
Une réforme qui punit large
Face à ce fiasco, l'État a réagi par arrêté, publié au Journal officiel du 26 juillet 2026 et applicable depuis le 27 juillet. Les professionnels habilités devront désormais justifier de trois ans d'existence, d'un local dédié à titre principal, et d'un minimum de 200 opérations d'immatriculation par an.

La FNA, consultée en amont, salue un renforcement nécessaire mais alerte sur ses effets collatéraux : ce seuil de 200 opérations, selon la fédération, risque d'exclure des garagistes de proximité pour qui l'immatriculation n'est qu'un service annexe, sans que cela ne traduise ni activité fictive ni risque de fraude accru. Quant à la refonte technique du système, le fameux SIV2 censé colmater la faille de sécurité elle-même, elle n'est annoncée que pour fin 2027 , soit près de six ans après les premiers signalements.
Cette gestion illustre la dérive régalienne actuelle. L'État supprime des services publics administratifs pour faire des économies de gestion, reporte la charge opérationnelle sur le secteur privé, puis pénalise ce dernier pour les failles de sécurité dont la puissance publique conserve la responsabilité directe. Le pouvoir choisit l'asphyxie financière des indépendants plutôt que de remettre en question une centralisation numérique mal maîtrisée.

