Brigitte, Ary et les "sales connes" : la Cour, le bouffon et le "tactile" d'État, par Veerle Daens

Brigitte, Ary et les "sales connes" : la Cour, le bouffon et le "tactile" d'État, par Veerle Daens


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Ah, la télévision française ! Ce merveilleux aquarium où les poissons rouges se prennent pour des requins et où le concept de "consentement" semble être une option aussi facultative que le clignotant sur le périphérique.

Nous voilà donc replongés dans les délices de l'archive vidéo. On y revoit Laury Thilleman, ex-Miss France et donc propriété publique par décret tacite, se faire agripper la nuque par un Ary Abittan en pleine crise de prédation télévisuelle. Un baiser forcé, humide, gênant, qui rappelle ces oncles un peu trop festifs aux mariages qu'on essaie d'éviter en se cachant derrière le buffet froid. Laury dit aujourd'hui ce que tout le monde avait vu : elle n'était pas d'accord. Quelle surprise ! Dans le monde réel, celui des gens qui paient leurs factures et ne mangent pas de petits fours tous les soirs, on appelle ça une agression. À la télé, c'est du "show".

Mais ne nous attardons pas sur la vulgarité de l'acte, elle se suffit à elle-même. Ce qui est véritablement savoureux, c'est le ballet de la Caste qui s'organise autour du bouffon du Roi.

Car voyez-vous, Ary a des amis. Et pas n'importe lesquels. Il a le soutien de la "Maman" de la nation, notre Première Dame, Brigitte Macron. Il paraîtrait — et l'information circule avec cette odeur de souffre qu'on adore — que Madame aurait qualifié de "sales connes" les féministes venues perturber le spectacle de l'humoriste.

"Sales connes". C'est chic, c'est élyséen, c'est d'une distinction rare.

Brigitte Macron et les « sales connes » : la guerre des castes en talons aiguilles, par Veerle Daens
Article modifié le 12 décembre : l’expression utilisée par Brigitte Macron est “sales connes” et non “sales connasses” comme nous l’avions indiqué dans un premier temps. Ah, quel spectacle délicieux nous offre encore votre République en carton-pâte, peut-être plus caricaturale encore que la Cour d’opérette réunie autour de notre insipide roi

N'est-il pas délicieux d'observer cette élite, qui nous inonde de leçons de morale, de numéros verts et de Grenelles contre les violences, se transformer en garde prétorienne dès qu'un de ses chouchous est égratigné ? Manuel Valls, jamais en retard d'une indignation sélective ou d'un combat d'arrière-garde, s'est lui aussi précipité pour soutenir l'artiste. Quand Valls et l'Élysée font front commun pour défendre un type qui confond "séduire" et "immobiliser", on sait qu'on touche au sublime.

Mais pourquoi tant d'amour pour Ary ? Peut-être parce qu'il incarne à merveille l'esprit de cette caste très parisienne : fort avec les faibles, obséquieux avec les puissants. Un homme qui flirte avec les limites du respect ici, tout en affichant des positions pour le moins... "tranchées" sur la tragédie à Gaza.

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C'est là que le tableau devient un chef-d'œuvre d'hypocrisie. On soutient un homme qui s'assoit sur le consentement d'une femme en direct, tout en fermant les yeux sur son soutien à des idéologies qui sentent bon le suprémacisme. La Première Dame, en volant au secours de son ami, ne défend pas la culture ; elle défend son monde. Un monde où l'on peut tout se permettre, du moment qu'on a la carte du club. Un monde où l'on traite de "connes" celles qui rappellent que la dignité n'est pas négociable, même pour les copains du Président.

Alors, levons notre verre (de champagne, évidemment) à cette caste qui ne déçoit jamais. Ils nous prêchent le "vivre-ensemble" et le respect, tout en couvrant ceux qui piétinent l'un et l'autre avec une arrogance impériale. Ary peut dormir tranquille : tant qu'il amuse la Cour, il est intouchable. Pour les autres, il reste le zapping. Et la nausée.


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