Bernard Tapie, ce syndrome d’une France qui a toujours du mal avec l’économie de marché

Bernard Tapie, ce syndrome d’une France qui a toujours du mal avec l’économie de marché


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Bernard Tapie a été admirable face à la maladie. L’homme était pugnace. Il s’est battu jusqu’à son dernier souffle. Faut-il pour autant s’abandonner à la mode du moment, l’éloge de l’homme d’affaires décédé – beaucoup ayant tendance à en faire une sorte de modèle ?  bernard Tapie fut en effet pendant plusieurs décennies le syndrome d'une France qui a du mal avec l'économie de marché et le capitalisme.

Le très ambigu symbole du retour de l’entreprise dans les années 1980

Bernard Tapie ne fut certainement pas un homme d’entreprise exemplaire. En revanche il est révélateur des problèmes que notre système dirigeant et nos élites ont avec l’économie de marché, le capitalisme et l’industrie. On se souvient de l’émergence de la notoriété médiatique de Tapie, dans les années 1980. C’était l’âge où la gauche se réconciliait avec l’entreprise, les années Mitterrand. Pourquoi commençait-on à parler de Tapie ? Parce qu’il rachetait des entreprises françaises cassées par la crise des années 1970 (Manufrance, La Vie Claire) pour un franc symbolique, pratiquait sans scrupule des licenciements et revendait ces entreprises une fois « dégraissées » sans s’être soucié de créer les bases d’une nouvelle croissance. Bien des racheteurs se sont fait rouler par l’homme d’affaires, les démêlés ont commencé avec la justice. Parallèlement les médias ont commencé à fêter Bernard Tapie. Il avait du bagout, parlait d’audace, de risque et devenait populaire.

 

Quand François Mitterrand essaie de créer un populiste de gauche pour contrer Jean-Marie Le Pen

François Mitterrand, qui avait abandonné rapidement après son élection, la lutte contre le chômage et la crise, et qui constatait la montée de Jean-Marie Le Pen, décida d’instrumentaliser Bernard Tapie. Il tâcha d’en faire un populiste de gauche pour contrer le populisme de droite. On se souvient d’un débat violent avec Jean-Marie Le Pen – quand on le regarde aujourd’hui, le contraste est cruel pour l’homme d’affaires. Mais Tapie avait l’étoffe d’un homme politique: il fut élu deux fois député, en 1988 et en 1993;  et, surtout, il fut le tombeur de Michel Rocard en créant une liste socialiste dissidente en 1994, qui talonna – et ridiculisa – la liste PS emmenée par l’ancien Premier Ministre. Bernard Tapie fit aussi un passage, rapidement interrompu au gouvernement, pour cause de démêlés avec la justice. Au bout du compte, Bernard Tapie restera surtout comme le président de l’Olympique de Marseille. Avec la première victoire d’un club français en Ligue des Champions en 1993 – mais dont le gain reste entaché d’un match acheté, quelques jours auparavant en championnat de France, pour reposer les joueurs.

 

Le syndrome d’un capitalisme impossible en France?

Avec le recul, Bernard Tapie apparaît comme un des nombreux subterfuges utilisés par François Mitterrand pour ne pas prendre les décisions qui s’imposaient au pays. Ambitieux, affairiste et sans scrupules, Bernard Tapie s’est nourri de la désindustrialisation française. En combattant Jean-Marie Le Pen, il a conforté la paresse des grands patrons français qui préféraient importer de la main d’œuvre bon marché plutôt que d’investir dans la robotisation des usines et d’imiter la grande puissance industrielle ascendante à cette époque, le Japon.   Surtout Tapie a conforté notre système dans une vision caricaturale du capitalisme. On pense à tous les entrepreneurs créateurs de vraie richesse et d’innovation pour la France, qui ont été éclipsés par l’affairiste au bagout sans limites. On pourrait tirer pour tous les enfants de France, une leçon d’économie politique où Bernard Tapie serait le contraire d’un modèle à suivre. Mais qui sait parler d’économie aux collégiens et aux lycénes dans l’Education Nationale? 


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