Avons-nous ou non le droit de comparer les morts du 7 octobre et ceux de l’ethnocide gazaoui ?

Avons-nous ou non le droit de comparer les morts du 7 octobre et ceux de l’ethnocide gazaoui ?


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Dans la vulgate pro-israélienne officielle, colportée sur les plateaux des TV réglementées par des camelots en tous genres, il est impossible de comparer les morts innocents du 7 octobre 2023 (et, d’une manière générale, toute mort d’un Juif ou d’une Juive en raison de son statut de Juif ou d’Israélien) avec n’importe quel autre mort. Comme s’il existait un saut existentiel entre un Juif mort en raison de sa judaïté et le reste de la planète humaine. Un saut ontologique diront certains. Malheureusement, le droit international raisonne autrement : il n’a pas consacré la supériorité du prétendu peuple juif (concept qui fleure tant le national-socialisme) sur les autres peuples ou sur les autres individus. Dura lex, sed lex !

↪ comparer les massacres massifs de civils palestiniens par une armée israélienne équipée de pied en cap par les Etats-Unis avec les 1.200 morts civils israéliens du 7 octobre 2023 est devenu une forme de blasphème ou de parjure dans la vulgate médiatique française, largement subventionnée par l'Etat
↪ pourtant, il existe une disproportion entre l'agression terroriste du 7 octobre, qui est abominable, et la réation inhumaine des Israéliens depuis cette date
↪ factuellement, Israël viole le droit international en massacrant sans limite et sans motif des civils dont rien ne prouve qu'ils ont partie liée aux auteurs des attentats du 7 octobre 2023, si ce n'est une familiarité ethnique qui ne constitue en rien une preuve
↪ l'Occident perd son âme et son sens lorsqu'il confond la légitime défense et la vengeance armée par l'armée la plus riche et la plus puissante du monde...

Dans ce numéro de Chaos Global, nous revisitons l’actualité de la semaine en nous interrogeant sur la conscience morale des élites occidentales, de la caste, toute occupée à donner, en même temps, comme disait Macron, des leçons de morale en matière de Droits de l’Homme et de droit international, tout en affirmant que tout débat sur le respect de ces Droits par Israël relèverait de l’antisémitisme. Ainsi, il faudrait que le monde, sauf Israël, fonctionne selon le droit international. En revanche, interroger le respect de ce droit par Israël relèverait de l’antisémitisme.

Le raisonnement caché est au fond assez simple : tout le monde doit respecter le droit international, sauf les Occidentaux, et tout spécialement les Israéliens qui, en raison de la Shoah perpétrée par les Allemands, disposeraient d’une sorte de sauf-conduit, d’immunité, de droit supérieur, qui autoriserait à violer impunément la loi commune des nations.

D’où le fantasme de Bruno Retailleau, largement porté par les médias soumis à Bolloré, pour qui l’état de droit ne concernerait pas certains thèmes, certaines communautés ou certaines personnes. Ainsi, l’antisionisme, selon lui, serait de l’antisémitisme.

Dans la pratique, il semblerait que cette opinion donne lieu à une offensive cognitive en bonne et due forme, où, des Etats-Unis jusqu’à Israël en passant par la France, le droit d’Israël à ne pas se soumettre à la loi commune des nations soit revendiqué.

C’est particulièrement vrai avec Netanyahou, qui considère qu’il peut impunément demander aux troupes des Nations Unies de renoncer au mandat adopté par les Nations, et qui n’hésite pas à menacer militairement les représentants de cet ordre international. Mais d’où peut bien sortir cette croyance primitive selon laquelle le Premier Ministre israélien pourrait se mettre au-dessus de la loi des nations, tout en revendiquant les bienfaits du droit ?

Comment peut-il se faire que des esprits éduqués et « formés » en Occident adhèrent à ce point à la propagande israélienne qu’ils ne soient plus en état de dire « non » à des actions barbares comme des massacres en masse, délibérés et assumés, d’innocents ? Comment se fait-il qu’ils puissent en amoindrir la portée, l’intentionnalité, la visée profonde, et même la réalité ? Lorsqu’une Caroline Fourest, par ailleurs sourcilleuse sur le droit des homosexuels en Europe, lorsqu’un Raphaël Enthoven, disqualifient par principe toute évocation des morts civiles à Gaza au nom du « on ne peut pas comparer », que nous disent-ils de leur vision raciale des civilisations ?

La réalité est que le droit international public est toujours fondé sur la comparaison et sur la proportionnalité : un Etat agressé par un autre peut se défendre d’une agression en obéissant à un principe de proportionnalité ! Il ne peut déclencher une avalanche nucléaire sur son voisin du fait d’une agression mineure. Le droit international suppose la comparaison.

Poser comme principe que l’on ne peut comparer les victimes du 7 octobre et les dizaines de milliers de victimes de Gaza et du Liban est déjà une contestation même du droit international et de ses règles.


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