Avec Macron, la France de Mitterrand fait un bras d’honneur à la France de Madelin

Avec Macron, la France de Mitterrand fait un bras d’honneur à la France de Madelin


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La France de Mitterrand, celle qui est partie à la retraite à 60 ans, triomphe sous Macron. Plus que jamais, les générations qui ont fondé leur bien-être sur une "mutualisation" à outrance de la richesse acquise avant elles… et après elles sont les grandes gagnantes de la "solidarité" telle qu'elle est pratiquée par la protection sociale étatique. Et pendant ce temps, cette France de Madelin qui a cru à l'effort et à la responsabilité individuelle trinque.

La France de Mitterrand a le sourire aux lèvres. C’est la réflexion que je me faisais dans la petite station savoyarde de ski où j’ai posé mes valises pour une semaine. J’étais attablé au restaurant et j’ai vu débarquer une cohorte de retraités, qui se sont tournés vers moi à la fin du repas. L’un des commensaux avait quatre-vingt deux ans, toujours bon pied bon œil, et, un sourire épanoui et jovial au visage, me balança : « La vie est belle. Je suis parti à la retraite à 60 ans et je suis en vacances perpétuelles depuis 22 ans ».

La France de Mitterrand a le sourire sous Macron

Ce moment de vérité lui venait du fond du coeur. Il est vrai que la France qui est partie à la retraite à 60 ans avec une méthode de calcul de sa pension fondée sur les dix meilleures années de la carrière a touché le gros lot de la « solidarité ». Et ce gros lot a duré jusqu’à la loi Fillon de 2003 qui a commencé à retarder l’âge de départ.

De fait, en plein milieu d’une crise économique durable, et peu de temps avec que la France ne resserre la compétition avec l’Allemagne, dans les pires conditions qui furent pour elle (notamment en signant le traité de Maastricht), Mitterrand et le parti socialiste ont, en 1981, fait aux « seniors » l’un des plus cadeaux qu’ils pouvaient espérer. Ce cadeau représentait cinq ans gratuits de revenus de remplacement financés de façon obligatoire par la solidarité nationale.

Si l’on se souvient qu’une classe d’âge est composée d’environ 700.000 personnes en France, ce sont 3,5 millions de cotisants qui sont brutalement devenus des bénéficiaires du système. Ceux-là peuvent avoir le sourire : jamais avant eux un tel cadeau n’avait été donné, et jamais après eux le pays ne s’en remettra.

Solidarité ou hold-up d’une génération ?

Quarante ans après cette décision brutale (qui était une promesse de campagne grâce à laquelle Mitterrand a pu se débarrasser de la vieille garde gaulliste qui colonisait l’appareil d’Etat), la France trinque toujours. Comme l’a signalé une note de France Stratégie, la France est le pays industrialisé qui consacre la plus grande partie de sa richesse au versement des retraites. Chaque année, 14% du PIB servent à verser des revenus de remplacement à des gens partis dans des conditions inégalables.

Beaucoup de ces retraités soutiennent qu’ils bénéficient à leur tour de ce qu’ils avaient financé pendant leur vie active. Redisons-le, cet argument est faux. En réalité, les retraités de la génération Mitterrand ont peu cotisé pour financer un système où leurs aînés partaient à 65 ans, pour une moyenne de 7 ans de vie après la retraite. Les actifs qui financent leur départ à 60 ans paient plus de cotisations, partiront à 65 ans au lieu de 60 ans, et bénéficient d’une pension moins élevée que la génération Mitterrand.

Autrement dit, cette génération Mitterrand a commis un véritable hold-up sur la solidarité nationale en s’arrogeant avec l’argent des générations à venir des droits qui ont plombé la compétitivité du pays.

Macron perpétue le hold-up

Au passage, ce hold-up pourrait avoir un autre nom : la clause du grand-père, tant agitée par les élites macroniennes ces dernières semaines. Cette clause consiste tout simplement à ordonner aux générations qui n’ont pas encore le droit de vote de financer les avantages que s’accordent ceux qui l’ont aujourd’hui. La génération Mitterrand l’a fait en son temps. La génération Macron le fait à son tour.

Il faut être très naïf pour imaginer que ce genre de décision ne crée pas tôt ou tard d’importantes dissensions dans la société. Par exemple lorsque ceux qui financent ce système croisent au restaurant ceux qui en bénéficient et qui, sans retenue, se vantent d’avoir tiré le gros lot de la solidarité.

L’enterrement en grande pompe de la France de Madelin

Ah que la solidarité a bon dos! Car le naufrage économique français largement dû au surcoût des retraites décidé sous Mitterrand n’existe que par la déraison de générations cupides et laxistes qui ont transformé la protection sociale d’Etat, la fameuse sécurité sociale que le monde entier nous envierait, paraît-il, en planche à billets et en machine à sous. Ces générations adorent invoquer la « solidarité » pour justifier la dilapidation consciencieuse de l’héritage.

Cette France de la facilité fait aujourd’hui un superbe bras d’honneur à la France de Madelin, celle de l’effort individuel et de l’épargne responsable. Les voix capables d’appeler à la remise sous contrôle de ce bateau ivre qu’est la protection sociale sont inaudibles désormais. Et il existe en France une chappe de plomb qui pèse sur la notion d’effort, qu’il soit individuel ou collectif, au profit d’une illusion éphémère de « redistribution des richesses ».

Tout le problème tient au fait que le temps que les Français passent à redistribuer les richesses des autres, c’est du temps qu’ils ne passent plus à en créer pour les générations futures. A celles-ci, ils ne laisseront que des dettes, et le souvenir de générations avaricieuses.

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