Assurance-chômage: l’art d’annoncer les mauvaises nouvelles en catimini

Assurance-chômage: l’art d’annoncer les mauvaises nouvelles en catimini


Partager cet article

Diminuer en catimini l’indemnisation des chômeurs, par exemple en instaurant le dégressivité ou en réduisant les périodes d’indemnisation? C’est à peu près ce qu’a annoncé Edouard Philippe hier. Le débat ne porte pas sur le fond des décisions, mais sur la méthode retenue: prendre les décrets les moins populaires à la faveur de l’été, quand tout le monde est en vacances.

La présentation à la presse hier, par Edouard Philippe, des mesures proposées par le gouvernement pour remplacer l’actuelle convention d’assurance-chômage (arrivée à son terme), alors que les partenaires sociaux ont échoué à se mettre d’accord pour mettre en place les mesures souhaitées par le pouvoir exécutif, n’a pas manqué de stupéfier, tant le calendrier et la méthode annoncées laissent perplexes sur les leçons que le gouvernement a retenues de l’épisode Gilets Jaunes.

Une cinquantaine de réunions bilatérales

Fidèle à sa méthode de cloisonnement des organisations, Edouard Philippe a d’abord annoncé une cinquantaine de réunions bilatérales avec les partenaires sociaux, qui se séquenceront entre diagnostic et propositions. Ces séances sur un sujet maintes fois rebattu entre les parties en présence éviteront ce que souhaitaient le MEDEF et la CFDT: une réunion collégiale pour confronter les points de vue.

L’intérêt de la méthode retenue par Edouard Philippe est de faire gagner du temps, ou d’en perdre selon le point de vue où l’on se place. Pendant qu’on reprend les palabres, au moins, on ne décide pas. C’est une façon commode (à défaut d’être habile) de se donner du temps là où Muriel Pénicaud avait annoncé des pistes rapides.

Des solutions au printemps, des décrets à l’été

Après cette phase de discussions opaques et saucissonnées, le gouvernement se donnera à nouveau du temps pour décider. On mesure en creux la peur de voir surgir, dans les semaines à venir, une nouvelle vague de contestation sociale.

D’où les idées baroques évoquées par Edouard Philippe. En particulier, le Premier Ministre n’a pas caché son intention de procéder par voie réglementaire au cœur de l’été. C’est évidemment le meilleur moment pour faire passer des pilules amères. Le choix de ce calendrier en dit long sur les mesures qui se préparent: bonus-malus pour les contrats courts qui accableront des secteurs en difficulté comme la restauration, dégressivité plausible des allocations et diminution des indemnités des cadres.

Edouard Philippe n’a manifestement pas trouvé mieux pour concilier ses objectifs de finances publiques et la grogne que ces mesures devrait causer.

Détricotage du Conseil National de la Résistance

Sur le fond, les mesures gouvernementales ne sont pourtant pas anodines. Elles accélèrent un détricotage de l’héritage du Conseil National de la Résistance, qui couve depuis plusieurs années. Si ce phénomène est inéluctable et à de nombreux égards salutaires, on s’étonnera du silence craintif que le gouvernement entend faire régner sur la question et sur le procédé.

Cette façon de gouverner sans expliquer a déjà joué de nombreux tours à l’équipe en place, à commencer par le mouvement des Gilets Jaunes, qui conteste la verticalité des décisions. Manifestement, la leçon n’a pas été retenue. Et expose le gouvernement à un risque de contestation très radicale.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Quelles sont les influences mondialistes sur la loi française sur l'euthanasie ?

Quelles sont les influences mondialistes sur la loi française sur l'euthanasie ?

Certains de nos lecteurs nous ont demandé quelles étaient les influences mondialistes qui avaient joué sur le dépôt d'une proposition de loi sur l'euthanasie en France. Je réponds aujourd'hui à cette question... L'évolution du cadre législatif français relatif à la fin de vie, marquée par l'examen parlementaire houleux de janvier et février 2026, constitue un cas d'étude tout à fait intéressant sur l'interaction entre les souverainetés nationales et les courants normatifs transnationaux. La que


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

La France ou l'ombre d’une Nation : requiem pour la souveraineté

La France ou l'ombre d’une Nation : requiem pour la souveraineté

Après le sommet (informel, mais réel et profond) d'Alden-Biesen, constatons les dégâts du macronisme. Bientôt la France n'existera plus en tant que Nation, dans l'indifférence générale. Il y a quelque chose de profondément crépusculaire à observer une nation se défaire de ses propres mains. Ce que les rapports administratifs nomment froidement « transfert de compétences » ou « intégration fédérale » est, en réalité, le lent effilochement d’une étoffe tissée par mille ans de volonté. C’est le pa


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Qu'est-ce que le groupe pro-israélien MEGA dont Epstein fut si proche ?

Qu'est-ce que le groupe pro-israélien MEGA dont Epstein fut si proche ?

Lors de l'audition de Pam Bondi au Congrès, des députés ont reproché à celle-ci de protéger Leslie Wexner, fondateur de Victoria Secret, mais aussi du groupe pro-israélien MEGA... dont Epstein devint le fondé de pouvoir. Les circonstances de cette affaire méritent d'être expliquées aux Français. Le paysage de l'influence géopolitique et de la philanthropie transnationale à la fin du XXe siècle a été marqué par l'émergence de cercles de pouvoir informels dont l'impact dépasse souvent celui des


Rédaction

Rédaction

UE : Macron valide un saut fédéral immédiat avec 5 autres pays, par Elise Rochefort

UE : Macron valide un saut fédéral immédiat avec 5 autres pays, par Elise Rochefort

Le séminaire informel tenu au château d'Alden-Biesen en février 2026 marque un tournant historique : il a officiellement ouvert la porte à une « Europe à deux vitesses ». Devant l'urgence de la compétition mondiale et l'inertie de la prise de décision à Vingt-Sept, ce sommet a cristallisé une nouvelle doctrine où l'unité ne doit plus être synonyme d'immobilité, mais de fédéralisme pour ceux qui le souhaitent... dont la France. Cette chronique analyse cette transformation à travers deux questi


Rédaction

Rédaction