3 bonnes raisons de virer Gérald Darmanin

3 bonnes raisons de virer Gérald Darmanin


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On apprend que Gérald Darmanin était convoqué mardi par un juge d'instruction, sous le statut de témoin assisté, mais qu'il a obtenu un report de l'audience compte tenu de ses obligations professionnelles. Le ministre de l'Intérieur bénéficie-t-il d'un  traitement de faveur dans une affaire de viol ? En plein débat sur la loi de sécurité globale, cette convocation et son report pose la question de la crédibilité et de la légitimité d'un ministre de l'Intérieur sur le compte de qui des investigations sont menées par des services dont il est l'autorité hiérarchique. Rappelons que la direction centrale de la police judiciaire est rattachée au ministre de l'Intérieur. Pour préserver l'apparente impartialité de l'Etat, voici les trois raisons qu'Emmanuel Macron a de congédier son ministre.

Piégé dans le débat sur la loi de sécurité globale, où les syndicats de policiers les plus virulents sont accusés d’avoir obtenu la part belle, Gérald Darmanin devrait subir une nouvelle avanie cette semaine : sa convocation comme témoin assisté devant le juge chargé d’instruire la plainte pour viol dont le ministre fait l’objet a été reportée sine die en raison de ses obligations professionnelles. De nombreux justiciables rêveraient d’obtenir une telle mesure de clémence…

Mais celle-ci pose la question des dégâts politiques que le cas Darmanin va causer pour la majorité au pouvoir… et pour l’image de la justice et de l’impartialité de l’Etat. Voici, selon nous, les trois raisons immédiates que le Président a de congédier immédiatement Gérald Darmanin.

L’impossible séparation des pouvoirs dans cette énième affaire de moeurs

Depuis son arrivée au gouvernement, Darmanin a obtenu plusieurs classements sans suite dans des affaires qui se ressemblent. Il s’agit chaque fois d’accusations de trafic d’influence. L’une concerne une habitante de Tourcoing qui affirme avoir eu des relations sexuelles pour obtenir un logement (affaire classée en septembre 2020). L’autre concerne une militante UMP qui affirme avoir eu des relations sexuelles pour obtenir une intervention dans une affaire judiciaire. Dans cette affaire qui remonte à 2009, la justice a plusieurs fois classé sans suite, mais a dû rouvrir des investigations à la demande de la chambre de l’instruction.

La question régalienne et républicaine qui est posée ici n’est pas celle de la culpabilité sur le fond du ministre, qu’il appartient à la justice de trancher. La question porte sur la séparation des pouvoirs : comment imaginer que la libre action du pouvoir exécutif ne soit pas entravée par la menace judiciaire qui plane sur le ministre de l’Intérieur ?

Là encore, il s’agit d’un ministre de l’environnement, de l’éducation ou des affaires sociales, les termes du débat se poseraient autrement. Mais comment imaginer que le ministre qui a l’autorité hiérarchique sur la police judiciaire puisse faire l’objet d’une enquête pour viol diligentée par ses propres services, sous l’autorité d’un juge indépendant ? Le pouvoir voudrait donner le sentiment d’une collusion à tous les échelons dans l’appareil d’Etat qu’il ne s’y prendrait pas autrement.

Ajoutons que voir un ministre de l’Intérieur bénéficier d’un report d’audience devant le juge ne fait que renforcer le trouble dont le citoyen ordinaire peut se sentir envahi au spectacle de ces agissements.

Darmanin est-il prisonnier des policiers ?

Quand un ministre dépend des investigations de ses propres services pour échapper à une poursuite pénale, se pose forcément la question des conflits d’intérêt qui perturbent le fonctionnement démocratique normal. En l’espèce, le juge qui avait rendu une ordonnance de non-lieu dans son dossier, au printemps, s’était fondé sur les seules investigations de la police judiciaire… On voit ici comment celui qui n’était pas encore ministre de l’Intérieur, mais seulement ministre du Budget, dépend désormais de ses propres services qui fouillent dans sa vie privée et en extraient des informations qui peuvent conduire à l’éviction du ministre.

Cette dépendance du ministre vis-à-vis de ses propres services explique-t-elle que la loi de sécurité globale soit aussi favorable aux syndicats de policiers les plus extrémistes ? Le ministre de l’Intérieur est-il un jouet entre les mains d’un appareil policier qui le tient à la gorge ? Le seul fait que la question puisse être posée est un motif suffisant pour congédier Darmanin. Le fonctionnement républicain ne peut pas prêter au moindre soupçon, si l’on ne veut pas que l’impartialité de l’Etat soit mise en doute par l’opinion publique.

Darmanin n’a jamais nié avoir eu des relations sexuelles avec des solliciteuses

Plus profondément, l’image dégradée des élus dans le corps électoral se nourrit des affaires Darmanin. L’essentiel de l’équipe présidentielle considère que les pratiques du ministre n’appellent aucun commentaire ni aucun reproche dès lors que les relations sexuelles avec les plaignantes étaient consenties. Mais, pour le Français de tous les jours, la question n’est pas là. Elle est dans le simple fait qu’un maire trouve normal d’avoir des relations (sur ce point, Darmanin n’a jamais démenti en avoir eu) avec des solliciteuses. Mais si le ministre affirme n’avoir jamais donné de contreparties à ces relations, et sur ce point, la justice a écarté les accusations de trafic d’influence, il n’en reste pas moins que, pour le citoyen lambda, voir un élu fricoter avec des administrées qui sont venues le rencontrer dans ses locaux « politiques » pour lui demander une intervention ne peut que semer le doute.

Bien entendu, légalement, ces comportements ne sont pas réprimés. Mais moralement, l’affaire porte à discussion. On peut toujours imaginer un écart occasionnel, un coup de foudre, un désir soudain. Mais dans le cas de Gérald Darmanin, la succession des affaires donne le sentiment d’un élu coureur de jupons qui flirte avec les limites de l’exercice. Ces ambiguïtés, là encore, sont acceptables dans beaucoup de départements ministériels. Mais qu’un ministre de l’Intérieur soit dans ce cas figure (celui du doute, du trouble de l’opinion devant l’apparente partialité de l’Etat) ne peut que soulever des questions naturelles dans l’esprit du citoyen honnête : Darmanin bénéficie-t-il d’un traitement de faveur parce qu’il est ministre ?

Là encore, le seul fait que la question nous vienne aussi naturellement à l’esprit est une bonne raison de la congédier.


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