Pourquoi le projet de Marion Maréchal va tuer les droites françaises

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Face à l’implosion des droites françaises, nous faisons le pari que le projet de Marion Maréchal prospérera et aura le plus puissant impact politique, à la fois sur l’opinion et sur la compétition électorale. Toutefois, il comportera un puissant effet de souffle sur l’ensemble du paysage politique et ouvrira un conflit majeur entre le Rassemblement National et la petite-fille de son fondateur.

On l’attendait depuis un certain temps, en partie inspirée par Steve Bannon et son projet libéral conservateur. Marion Maréchal a compris que la débâcle de la droite constituait une opportunité majeure pour elle. Elle a donc pris la parole et a commencé le lent labour de l’opinion pour préparer son retour.

Marion Maréchal et la coalition des droites françaises

Avec une vraie clairvoyance politique, Marion Maréchal a plaidé pour la fin du cordon sanitaire entourant le Front National. Elle préconise une alliance, une coalition « populaire » entre le Rassemblement National et les Républicains. Les bases de cette coalition ressemblent à s’y méprendre à l’axe politique de Donald Trump: « populaire, nationaliste, souverainiste et conservatrice ».

Petit point supplémentaire: Marion Maréchal n’oublie pas de parler de baisse des dépenses publiques et de baisse des impôts. C’est à la fois un clin d’œil aux Gilets Jaunes qui grognaient contre l’excès d’impôts en France, mais aussi aux libéraux orphelins du projet filloniste, mais répugnés par l’étatisme du Front National.

Voici pourquoi, de notre point de vue, ce projet a une vraie chance de prospérer.

Le Rassemblement National est devenu la force dominante de la droite

Premier point: les Républicains sont, en l’état de leur division et de leur régression idéologique, morts comme puissance politique de gouvernement. La droite est désormais dominée par le Rassemblement National, qui a face à lui (comme si les eaux étaient montées, éradiquant les surfaces intermédiaires) un parti En Marche orléanisé, comme nous le soutenons depuis plusieurs mois. Entre ces deux pôles, il n’existe plus d’air suffisant pour survivre.

En même temps, le Front National a atteint l’optimum de son socle électoral avec environ 25% des suffrages. C’est son score naturel de premier tour, et c’est sa principale faiblesse: il a besoin de « brander » une nouvelle image pour espérer dépasser les 50% au second tour.

C’est ici qu’intervient le projet de Marion Maréchal, et son utilité première: rassembler au-delà des simples nationalistes et souverainistes pour espérer gagner le scrutin.

Les réserves du Rassemblement National sont libérales

Si l’on admet l’hypothèse que François-Xavier Bellamy a agrégé un électeur conservateur non libéral, on voit les limites d’un siphonnage des Républicains par le Rassemblement National. Sans remise à plat idéologique, Marine Le Pen peut espérer un apport de 8 points supplémentaires.

Cette stratégie pourrait porter le Rassemblement National à 33% environ, peut-être 35%, mais guère au-delà. C’est à peu près son score de second tour face à Emmanuel Macron.

Sans remise en cause idéologique, et sans ouverture du côté des libéraux, le Rassemblement National est condamné à perdre éternellement au second tour. Ses seules marges de manœuvre se situent donc dans l’aile libérale des Républicains, aujourd’hui résignée à voter Macron, jugé plus compatible avec la doctrine, qu’une Marine Le Pen foncièrement étatiste.

L’éventrement programmé des Républicains

Bien menée, la stratégie de Marion Maréchal devrait être dévastatrice pour les Républicains. Alors que Marine Le Pen constitue encore un repoussoir pour beaucoup de militants ou de soutiens au parti de droite, la personnalité de Marion Maréchal, épargnée par les grandes polémiques, serait susceptible de rassembler largement sur une ligne jugée prometteuse et capable de gagner des élections.

Elle pourrait parvenir à capter la frange conservatrice de l’électorat libéral et ainsi élargir le socle de ce nouveau parti. Ce projet aboutirait à une absorption de fait de LR.

L’obstacle Marine Le Pen devant Marion Maréchal

Reste à savoir quelle serait la réaction de Marine Le Pen à une offensive qui ne serait pas sans conséquence pour son propre parti, et surtout pour sa propre présidence. Comme l’a annoncé Marion Maréchal, elle est disponible pour participer activement à cette nouvelle alliance qui dynamiserait la ligne du Front National. Autant dire qu’elle se projette volontiers comme celle qui parviendra à rompre les digues qui entourent aujourd’hui le Rassemblement National.

Le dilemme est bien là. On imagine mal comment Marine Le Pen, qui vient de mettre en selle un Jordan Bardella victorieux aux Européennes (et parti pour durer comme « paratonnerre » anti-Marion), laisserait émerger une solution susceptible de l’évincer de son propre parti.

Si l’hypothèse Marion Maréchal est susceptible de lessiver les Républicains, elle est aussi susceptible de provoquer l’implosion du Rassemblement National.


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