????Merkel prête à imposer une baisse des retraites en France dès 2020

????Merkel prête à imposer une baisse des retraites en France dès 2020


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Merkel vient de dégager un front commun avec les Pays-Bas de Mark Rutte lors d’une rencontre au sommet. Passée inaperçue en France (on comprend aisément pourquoi), cette discussion très formelle a posé un principe : l’argent des coronabonds sera versé en contrepartie de réformes structurelles. Autrement dit, si la France ne réduit pas sa dépense en matière de retraites, elle pourra aller se brosser pour récolter le moindre kopek. Voilà une décision qui risque de susciter pas mal de remous sur la scène intérieure française…

Merkel et le batave Mark Rutte viennent de se mettre d’accord sur un point qui va fortement tendre les relations sociales en France : nos retraites doivent baisser, à un rythme et dans une ampleur qui restent à négocier et à préciser. Ce sera la condition pour que la France bénéficie du fruit des coronabonds que l’Union s’apprête à émettre. Cet axe ordo-libéral risque de créer pas mal de remous, et même de difficultés à Emmanuel Macron, dont les décisions constituent un véritable naufrage sur ce point.

Merkel toujours sur sa ligne ordo-libérale

Dans un mouvement d’euphorie plus nourri par les fantasmes des journalistes bobos, épris d’Europe, que par une analyse sérieuse de la réalité, les Français se sont convaincus que l’ordo-libérale Angela Merkel avait cédé aux arguments d’Emmanuel Macron, et qu’elle s’était convertie à la dépense publique. Depuis l’annonce du plan franco-allemand à 500 milliards, porté à 750 milliards par la présidente de la Commission, il ne se passe donc pas une semaine sans que l’équipe au pouvoir en France ne promette un plan à 10 milliards par-ci, une enveloppe à 15 milliards par-là. L’Allemagne paiera !

Cette conviction n’est évidemment pas sérieuse. Plus que jamais, l’Allemagne vante les mérites de la discipline budgétaire et n’a pas encore dit son dernier mot sur les fantasmes français. La preuve : elle vient de sceller une alliance diplomatique, à l’approche du conseil européen de vendredi prochain, avec la très avaricieuse Hollande pour poser un principe simple : l’argent des coronabonds sera donné en échange de réformes systémiques.

On connaît les deux pays visés par cette ligne. L’Italie sera sommée de se réformer, ce que le Premier Ministre Conte refusait (c’est pour cette  raison que l’Italie n’a pas voulu actionner le Mécanisme Européen de Stabilité, le MES, qui lui aurait imposé une troïka). Mais la France n’échappera pas à ce traitement. On sait par avance que les pays du Nord y pointeront le poids des dépenses sociales, et en particulier des trop généreuses retraites françaises.

Malgré le marasme économique, l’aide qui n’est pas conditionnée aux réformes et aux changements où l’accent est mis sur l’avenir se révèle inutile.   

Angela Merkel

Macron devra reprendre la réforme des retraites

Cet axe qui se dessine, conduit par l’Allemagne, constitué des « pingres », avec les Pays-Bas, le Danemark, la Suède et l’Autriche, dispose des moyens politiques d’imposer sa ligne. Sans leur accord, il est en effet impossible d’adopter le plan franco-allemand. Les ordo-libéraux sont donc en position de force pour imposer leur conception de la solidarité. Et on sait qu’elle passera par des réformes de structure.

En France, la question des retraites est dans le collimateur. Avec 14% de PIB consacrés aux retraités, la sécurité sociale française bat des records européens qui agacent les pays du Nord. Ceux-ci ont donc déjà annoncé la couleur à Macron : il va falloir reprendre le dossier du régime universel pour baisser la dépense, comme l’avait exigé Edouard Philippe en son temps, propulsant les salariés dans les rues pour de nombreuses semaines. Comme nous l’annoncions, il n’y a rien d’étonnant à ce que Jean Castex en fasse à son tour une priorité. On sait clairement quel sera l’objectif de la négociation désormais.

Panique entre l’Elysée et Matignon

Face à cette contrainte communautaire qui n’a rien d’imprévisible, au contraire ! l’équipe Macron semble singulièrement dépourvue de stratégie et de vision. Il suffit de lire le projet de loi intitulé « dette sociale et autonomie » pour comprendre l’absurdité de la situation. Ce projet de loi prévoit la création d’une cinquième branche de la sécurité sociale (donc des dépenses nouvelles…) et le transfert de 136 milliards de « découvert » de la sécurité sociale à la CADES. Autrement dit, les comptes sociaux sont dans une situation abyssale, mais le gouvernement continue l’expansion de la sphère sociale, incapable d’expliquer aux Français que le temps des vaches maigres est venu.

Castex devrait donc rencontrer les partenaires sociaux cet été pour juguler les déficits, mais il prépare leur aggravation avec cette fameuse branche « dépendance » qui doit prendre en charge les EHPAD sans le moindre fifrelin à ce stade. C’est à se demander quelle vodka a bu le pilote de l’avion avant de lancer cette opération.

Afin d'apporter une solution, le Sénat a voté l'introduction d'une règle d'or pour les comptes de la sécurité sociale, qui s'appuiera sur les éléments de pluriannualité qui existent déjà dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS). En vertu de cette règle, le solde cumulé des régimes obligatoires de base et du Fonds de solidarité vieillesse (FSV) sur les années n à n+4 devrait être positif ou nul.   

Jean-Marie Vanlerenberghe, Sénat

Vers une règle d’or sociale ?

Avec un bon sens qu’on ne peut guère condamner, la majorité de droite au Sénat a donc revu ce texte hasardeux du gouvernement en tentant d’imposer une « règle d’or sociale » qui obligerait, par périodes de cinq ans, à garantir l’équilibre des comptes de la sécurité sociale. Autrement dit, avec ce texte, les comptes de la sécurité sociale devraient être équilibrés sur une période de cinq ans. Ce dispositif permet donc des déficits ponctuels, mais oblige à « rattraper » le malus les années suivantes.

Assez curieusement, les députés LREM livrent une bataille d’arrière-garde contre ce dispositif qui est pourtant de nature à rassurer nos partenaires européens. En commission mixte paritaire, l’amusante Cendra Motin a d’ailleurs expliqué : « S’agissant de la règle d’or, bien qu’y étant sensible et en comprenant la finalité, je crois davantage à la souplesse de l’objectif national de dépenses d’assurance maladie (ONDAM) pour nous permettre de donner tous les moyens à la politique de santé. En matière de retraite, la règle d’or répondait au contraire à l’objectif d’un rétablissement de l’équilibre des régimes sur plusieurs années. » Cette phrase probablement lue sur une petite fiche préparée par un collaborateur, illustre le rôle des députés de la majorité : commenter l’actualité et les propositions des autres sans y apporter le moindre avis pertinent ni la moindre vision.

En l’état, le gouvernement devrait donc bloquer cette règle d’or, pourtant frappée au coin du bon sens.

Les Allemands ont-ils compris la réforme des retraites selon Macron ?

Reste une question majeure : la réforme des retraites voulue par Macron permet-elle vraiment de baisser les dépenses ? On se souvient que le Conseil d’Etat avait reproché au président de préparer la coexistence de plusieurs régimes différents, dont un système spécial pour les fonctionnaires, comme aujourd’hui. Faute d’études d’impact suffisantes, personne ne sait en réalité si la réforme Macron permettra d’économiser ou coûtera plus cher. C’est particulièrement vrai au vu des revalorisations salariales concédées dans la fonction publique pour compenser par avance les effets de la réforme.

Tout porte donc à croire qu’un combat absurde se prépare : les Européens vont exiger des concessions de Macron, dont les résultats seront une augmentation de la dépense et des déficits au lieu d’une diminution. Mais il est vrai que ces détails sont bien vulgaires rapportés à l’enjeu du débat : la réélection triomphale du Président.


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