Je souhaite à tous une bonne année : celle d'une remise en selle pour sortir de notre avachissement. Pour cette occasion, je publie ma réponse à la question posée par QuestionR, sur la différence entre la théorie de J.D. Vance sur l'affaiblissement moral aux USA et mon concept d'avachissement. Meilleurs voeux au terme de cette lecture !

Je tiens tout d’abord à remercier chaleureusement QuestionR pour cette interpellation qui, loin d'être anecdotique, touche au cœur même du réacteur nucléaire de notre effondrement civilisationnel. Votre question a le mérite immense de mettre les pieds dans le plat : l'ensemble de l'Occident est aujourd'hui marqué par une déresponsabilisation massive des individus, une pathologie de la volonté qui tranche singulièrement avec son histoire séculaire de conquête et de liberté. Nous vivons, en direct, le triomphe d'une aversion maladive pour le risque et d'une préférence pour la servitude, pourvu qu’elle soit confortable et subventionnée.
Ce n'est pas un hasard si ce sujet émerge maintenant. Il est la clé de voûte pour comprendre pourquoi, face à la tyrannie sanitaire hier ou à la tyrannie climatique demain, les peuples ne se révoltent plus : ils sont trop fatigués, trop "avachis" pour se tenir debout.

Le Courrier des Stratèges brise l'omerta sur ce que beaucoup considèrent comme l'une des plus grandes opérations de kompromat (chantage par le dossier) du siècle.
Pourquoi Jeffrey Epstein, "actif stratégique" protégé par une impunité quasi-magique, recevait-il l'élite mondiale dans des résidences truffées de caméras espionnes? Entre l'ombre de Robert Maxwell, le détournement du logiciel PROMIS et les réseaux de renseignement, nous avons réuni les faits pour vous offrir une grille de lecture sans concession.
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1. Le tabou français de l'avachissement
En France, oser dresser ce constat d'avachissement relève du suicide médiatique. Depuis que j'ai commencé à théoriser ce phénomène dans les colonnes du Courrier des Stratèges et dans mes différents ouvrages, j'ai pu mesurer l'hystérie qu'il suscite parfois. Dire que le corps social s'est laissé endormir, dire que les Français ont troqué leur liberté contre la sécurité de l'État-nounou, c'est s'exposer immédiatement aux foudres des "belles âmes" et des syndicats du statu quo, mais aussi à la colère de ceux qui savent avec quelle gourmandise et quelle jouissance ils se fondent dans le moule confortable creusé par la caste, où ils peuvent geindre sur l'injustice de ce bas monde en se gavant d'allocations et de protection sociale à tire-larigot.

On (entendez par là ceux qui ont théorisé le peuple : la caste pour mieux le dominer, et ceux du peuple qui jouissent de ramper au lieu de risquer être debout) vous accuse de "mépris de classe", on vous explique que le peuple est une éternelle victime, pure et innocente, écrasée par des forces qu'il ne maîtrise pas.
Cette rhétorique de la victimisation est le premier verrou qu'il faut faire sauter. Car si nous refusons de voir que le consentement à la servitude est partagé, nous ne pourrons jamais en sortir.
C'est ici que l'exemple américain devient capital. Le fait que J.D. Vance, de l'autre côté de l'Atlantique, dresse un constat rigoureusement identique dans son ouvrage Hillbilly Elegy montre la persistance et l'étendue "territoriale", pour ne pas dire ethnique, du phénomène.

Ce n'est pas une "maladie française" liée à notre monarchie républicaine ; c'est une maladie occidentale. En soi, ce constat d'un affaiblissement moral, d'une perte de substance vitale, devrait inspirer et électriser les mouvements populistes européens. Trop souvent, le Rassemblement National ou d'autres souverainistes tombent dans le piège de la démagogie sociale, promettant eux aussi plus d'État, plus de protection, plus de "couette" à un peuple qui a besoin d'un réveil à l'eau glacée. Refuser de dresser le constat de l'avachissement, c'est se condamner à gérer le déclin plutôt qu'à l'inverser.
2. "Hillbilly" et français moyen : la même démission
D’une certaine façon, J.D. Vance regarde le peuple américain de la Rust Belt (la ceinture de la rouille) exactement comme je regarde le Français ordinaire des zones périurbaines ou de la diagonale du vide. Au-delà des différences culturelles évidentes — le hillbilly a ses armes à feu, le Français a sa carte Vitale —, le constat anthropologique est le même : une perte de la volonté d'être, un renoncement à la liberté, et une aversion profonde à l'effort.
Vance utilise un terme clinique redoutable sur lequel je reviendrai dans le Courrier dans les jours à venir : la "learned helplessness", l'impuissance apprise.

C'est l'état psychologique d'un mammifère qui, à force de recevoir des chocs électriques quoi qu'il fasse, finit par se coucher et attendre la mort, même quand la porte de la cage est ouverte. Vance décrit des hommes et des femmes qui ont intériorisé l'idée que leurs choix ne comptent plus, que le destin est écrit par d'autres. C'est exactement ce que je décris quand je parle d'avachissement : l'homme moderne ne sait plus "se tenir" debout. Il est devenu un gisant.
Ce renoncement à la liberté se traduit par une servitude volontaire effrayante. On ne veut plus être entrepreneur de sa vie, on veut être "pris en charge". On ne veut plus l'aventure, on veut le "care".
3. Deux poisons, une seule mort : l'État-Providence et les opioïdes
L'identité du constat pose question, car les conditions de départ semblent radicalement différentes.
En France, le vecteur de l'avachissement est institutionnel. C'est l'excès d'État-Providence, cette machine devenue folle qui a pour but inavoué de "rendre le chômage et le déclassement supportables". Le pouvoir achète la paix sociale à coup de chèques — chèque énergie, chèque rentrée, chèque inflation. C'est une sédation administrative. L'État vous prend 100 dans votre poche droite par l'impôt et l'inflation, et vous rend 10 dans votre poche gauche sous forme d'aide, et vous l'applaudissez.

Aux États-Unis, dans les Appalaches décrites par Vance, il n'y a pas ce filet de sécurité. Le vecteur de la sédation est chimique : ce sont les opioïdes, le Fentanyl, l'OxyContin.
Mais au fond, ne vous y trompez pas : les deux phénomènes sont gémellaires. L'aide sociale en France agit comme une drogue dure : elle crée une dépendance physique et psychologique, elle atrophie les muscles de la débrouillardise et de la solidarité familiale. Les opioïdes aux USA agissent comme une aide sociale chimique : ils permettent d'oublier la douleur du déclassement, ils "managent" la misère sans la résoudre.
Dans les deux cas, le résultat est une coupure avec la réalité. Ces drogues (fiscale ou pharmaceutique) organisent la déconnexion avec cette loi fondamentale, biologique, de l'espèce humaine : la nécessité de s'adapter pour survivre. Une population qui ne ressent plus la douleur de sa propre inadaptation est une population condamnée à mort. Elle est sortie de l'histoire.

4. L'erreur de diagnostic de Vance : l'avachissement est systémique
Cependant, c'est ici que mon analyse diverge de celle de Vance, ou plutôt qu'elle la dépasse. L'erreur fondamentale de J.D. Vance est de limiter son constat au seul prolétariat de la Rust Belt. À le lire, on pourrait croire que l'avachissement est une tare culturelle des pauvres, une sorte de manque de vertu inhérent aux "ploucs".
Or, l'avachissement est un phénomène qui concerne l'ensemble de la société, y compris et surtout les classes moyennes et supérieures. Regardez la bourgeoisie des métropoles françaises : n'est-elle pas la première à réclamer le passeport sanitaire, à exiger la censure sur les réseaux sociaux pour se sentir "en sécurité", à se soumettre à toutes les injonctions du politiquement correct?

L'avachissement n'est pas une fatalité, c'est un projet. Il est le produit d'une culture mondialisée où une Caste conserve le pouvoir en "sédatant" la population. Cette Caste (terme générique qui regroupe plusieurs castes ou sous-castes en réalité), que je dénonce inlassablement, a compris que pour se maintenir, elle devait neutraliser la vitalité des peuples.
La culture mainstream, celle de Netflix et de la publicité, est essentiellement fondée sur la promotion du "bien-être" par la servitude. Le message permanent est: "Ne réfléchissez pas, ne résistez pas, consommez et obéissez". Toute forme de résistance ou de dissidence, qu'elle soit sanitaire, politique ou intellectuelle, est immédiatement pathologisée et stigmatisée ("complotiste", "extrémiste", "populiste", "antisémite", etc.). Vance voit les symptômes chez les ouvriers, mais il feint d'ignorer que le virus a été conçu dans les laboratoires idéologiques des élites qu'il côtoie désormais.

5. Vance, l'idiot utile (ou le complice cynique) de la Caste
C'est là que le personnage de J.D. Vance devient trouble. Il se présente comme le tribun de la plèbe, le porte-voix des oubliés. Mais grattez le vernis populiste, et vous trouvez l'architecture même de la Caste.
De ce point de vue, Vance est un parfait acteur du système qu'il prétend combattre. Il occulte totalement le rôle de la Caste dans la mondialisation financière qui a causé la désindustrialisation des USA. Il dénonce les fermetures d'usines, mais il ne remet jamais en cause la logique profonde du capitalisme de connivence qui les a provoquées.

Pire encore, comment ne pas voir l'éléphant dans la pièce? Vance est la créature de Peter Thiel, le fondateur de Palantir. Palantir, c'est l'entreprise qui vend les technologies de surveillance de masse à la CIA, au Pentagone et aux services secrets du monde entier. C'est l'incarnation même du contrôle technocratique et vertical sur les populations. Thiel a financé la campagne de Vance à hauteur de millions de dollars. Peut-on sérieusement croire qu'un homme financé par le roi de la surveillance numérique va libérer le peuple de l'emprise technologique? Vance occulte totalement cette question géopolitique du rôle de son mécène dans l'appauvrissement de la liberté des ouvriers américains. Il critique les GAFAM "Woke", mais il roule pour la Tech "Militaire".
Sur la crise des opioïdes, son silence sur les causes structurelles est tout aussi assourdissant. Il pleure sur les overdoses de ses voisins, mais où est sa critique radicale de Big Pharma et de cabinets comme McKinsey? Rappelons que McKinsey a payé des centaines de millions de dollars pour avoir conseillé à Purdue Pharma comment "turbo-booster" les ventes d'OxyContin en manipulant les médecins. Ces firmes ont créé le phénomène de toutes pièces. Vance, le sénateur, tape sur les cartels mexicains (les sous-traitants), mais il est bien timide face aux donneurs d'ordre en col blanc qui dînent dans les mêmes cercles que lui. Il blâme l'addict, mais protège le dealer en costume.
6. Le piège de la verticalité : soigner le Mal par le Mal
L'analyse des solutions proposées par Vance révèle l'arnaque intellectuelle du "National-Conservatisme" ou du "Post-Libéralisme" dont il se réclame.

Vance affirme que la société liquide, horizontale, libérale, a détruit les structures sociales. Son remède? Revenir à une société de fer, verticale, autoritaire. Il propose aux ouvriers américains de revenir à leurs vieilles valeurs d'obéissance et de soumission à l'ordre social (la religion, l'armée, le chef) comme solution pour s'en sortir.
Au fond, Vance propose à ces victimes d'une société de plus en plus verticale (celle de la Caste et des monopoles), d'accepter une surdose de leur mal en rentrant dans la soumission à un nouvel ordre vertical, celui de l'État nationaliste. Il veut utiliser l'État pour "réarmer moralement" le peuple. C'est une vision césariste. Il ne veut pas rendre le pouvoir aux gens ; il veut prendre le pouvoir pour les forcer à être vertueux selon ses propres critères.

En ce sens, Vance est bien un "agent double". Il capte la colère légitime du peuple contre les élites progressistes pour la canaliser vers une nouvelle forme de servitude, nationaliste et industrielle. Il ne libère pas l'énergie, il la caporalise.
7. Ma cohérence : l'ordre spontané contre tous les constructivismes
Face à cette impasse, je revendique pour ma part une cohérence absolue, tant dans le diagnostic que dans les solutions. Je ne cherche pas à remplacer un maître de gauche par un maître de droite. Je cherche à supprimer le maître.
Si les Français s'avachissent, c'est par manque d'esprit libre et critique, par manque de volonté d'agir. Ce sont les deux premières étapes d'une reprise en main de son destin. Nul ne peut vous libérer à votre place, surtout pas un politicien. La sortie de l'avachissement est un processus individuel, intime, exigeant.

Heureusement, nous ne sommes pas démunis. Ces étapes sont facilitées par la révolution numérique, si nous savons l'utiliser non pour nous distraire (Netflix), mais pour nous instruire et nous organiser. La Blockchain, les réseaux décentralisés, l'information libre : voilà les armes d'une véritable sécession avec le système. La révolution numérique est d'abord une formidable révolution dans la mise à disposition du savoir auprès de chacun, et dans la capacité à exprimer son opinion sans passer par le filtre des médias subventionnés.
Ce chemin doit mener à ce que Friedrich Hayek appelait la catallaxie. Ce terme barbare désigne une réalité magnifique : l'ordre spontané du marché et des échanges libres.

Contrairement à Vance qui veut un "plan" industriel décidé à Washington, ou à Macron qui veut un "plan" de résilience décidé à Paris, je crois en l'intelligence distribuée. Je crois en un ordre où l'autorité verticale est réduite à son strict minimum (le régalien pur), et où l'essentiel de la vie collective est organisé spontanément par les individus eux-mêmes.
Hayek utilisait une image puissante : celle de la limaille de fer. Jetez de la limaille de fer sur une table, c'est le chaos. Placez un aimant en dessous, et soudain, chaque particule trouve sa place, créant une forme géométrique parfaite. Dans la société humaine, cet aimant, c'est l'affectio societatis, c'est la volonté de vivre ensemble, c'est le contrat libre, c'est le prix qui transmet l'information. Il n'y a pas besoin d'une main géante (l'État) pour placer chaque grain de limaille à sa place. L'ordre émerge de la liberté.

8. Vœu pour 2026 : le retour au droit naturel
Tel est le vœu que je forme pour 2026 et les années qui viennent : que l'ordre spontané progresse face au constructivisme délirant de nos dirigeants.
Nous devons opérer un retour radical à notre tradition européenne. Non pas la tradition caricaturale de la soumission au trône et à l'autel que vendent certains conservateurs, mais la vraie tradition occidentale : celle des droits naturels accordés par Dieu (ou la Nature) à chaque individu, tels que John Locke les avait décrits. La liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression.
Comme l'avait souligné Hayek, une société libre ne se construit qu'à partir de ses traditions. On ne bâtit pas sur du sable. Et nos traditions, celles qui ont fait la grandeur de l'Europe et de l'Amérique avant leur avachissement, sont celles d'un respect sacré pour les droits fondamentaux.

L'avachissement n'est rien d'autre que l'oubli de notre dignité. J.D. Vance propose de nous rendre notre dignité en nous mettant au garde-à-vous. Je propose de la retrouver en nous remettant en selle. La route est plus dure, plus incertaine, mais c'est la seule qui soit digne d'hommes libres.
Refusons la sédation, qu'elle vienne de la seringue ou du guichet social. Refusons la verticalité, qu'elle vienne de Davos ou du national-populisme. Et reconstruisons, à l'horizontal, maille après maille, le tissu déchiré de notre civilisation.














