USA : des faillites soudaines sèment le doute sur la solidité du marché du crédit

USA : des faillites soudaines sèment le doute sur la solidité du marché du crédit


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Des investisseurs sur le marché de la dette américain tirent la sonnette d'alarme concernant des normes de prêt laxistes, suite à l'effondrement soudain de deux entreprises considérées comme financièrement saines il y a quelques semaines à peine.

Le Financial Times pointe ce signal faible que tout le monde devrait prendre au sérieux, car la crise de 2008 a commencé ainsi.

Les défaillances quasi simultanées de Tricolor Holdings, un prêteur automobile spécialisé dans le "subprime", et de First Brands Group, un fournisseur de pièces automobiles qui envisage désormais une procédure de faillite, ont pris les marchés par surprise. Ces deux cas, bien que distincts, révèlent des fissures potentielles dans le marché du crédit privé et des titres adossés à des actifs (ABS), une source de financement devenue essentielle pour les entreprises et les consommateurs depuis que les banques traditionnelles se sont retirées de certains segments après la crise de 2008.

Deux cas qui interrogent les régulateurs et les investisseurs

Le cas de Tricolor est particulièrement frappant. L'entreprise avait réussi à obtenir des notes de crédit "triple A", la meilleure possible, pour ses obligations issues de prêts automobiles à risque. Aujourd'hui, elle fait l'objet d'une enquête pour fraude de la part du Département de la Justice américain. Sa chute a pris de court de grands noms de la finance, comme JPMorgan Chase, qui se retrouvent exposés à des pertes potentielles de plusieurs centaines de millions de dollars. Un investisseur a qualifié l'effondrement de Tricolor de "l'une des pires choses que j'aie jamais vues sur le marché des titres adossés à des actifs".

De son côté, First Brands Group aurait accumulé près de 10 milliards de dollars de dettes, en grande partie via des financements hors bilan opaques, notamment par l'affacturage de factures. Les prêteurs s'inquiètent aujourd'hui de leur manque de visibilité sur l'ampleur réelle de l'endettement de l'entreprise. La valeur de ses prêts s'est effondrée en quelques jours, secouant la confiance sur le marché des prêts à effet de levier.

Un avertissement pour un secteur en pleine expansion

Ces deux incidents menacent de ternir l'image d'un des secteurs les plus en vogue de la finance. Le crédit adossé à des actifs, qui consiste à prêter de l'argent en prenant comme garantie des actifs spécifiques (des prêts automobiles, des factures, mais aussi des baux de wagons ou des redevances musicales), a connu une croissance rapide, les géants de Wall Street comme Apollo et KKR développant sans cesse de nouvelles manières de prêter en dehors du système bancaire traditionnel.

La réaction des investisseurs ne s'est pas fait attendre. Plusieurs ont indiqué avoir passé au peigne fin leurs portefeuilles pour s'assurer qu'aucune autre entreprise ne présentait des risques similaires. Ils posent désormais des questions beaucoup plus détaillées avant de souscrire à de nouvelles opérations.

Malgré cette inquiétude, le marché continue de fonctionner. Goldman Sachs prépare actuellement la vente d'un portefeuille de 300 millions de dollars de créances de cartes de crédit "subprime". Certains experts, comme Dylan Ross de TCW, estiment que ces défaillances ne remettent pas en cause le modèle de la titrisation lui-même, mais soulignent plutôt des cas isolés de mauvaise gestion ou de fraude.

Néanmoins, ces événements servent d'avertissement : dans un marché du crédit de plus en plus complexe et moins régulé, des risques importants peuvent rester cachés sous une apparence de solidité, jusqu'à ce qu'il soit trop tard.


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