Sous les ors de la salle des fêtes de l'Élysée, ce 6 janvier 2026, la diplomatie française a célébré ce qu'elle appelle un « tournant historique ». La création de la « Coalition des volontaires », actée par la Déclaration de Paris, est présentée comme le triomphe de l'autonomie stratégique européenne et le sauvetage de l'Ukraine face à l'agression russe. Pourtant, à y regarder de plus près, derrière les sourires de façade d'Emmanuel Macron, de Keir Starmer et les acquiescements distants des envoyés de Donald Trump, se dessine une réalité beaucoup plus crue. Ce sommet ne marque pas l'avènement d'une Europe puissance, mais la ratification d'un contrat léonin où le Vieux Continent accepte de payer le prix du sang et de la dette, tandis que l'Amérique de Trump s'adjuge, avec un cynisme décomplexé, le monopole du profit et de l'arbitrage politique.

Il flottait un parfum d'étrangeté, ce mardi, au 55 rue du Faubourg Saint-Honoré. Jamais, sans doute, un sommet censé garantir la sécurité de l'Europe n'avait autant ressemblé à une liquidation d'actifs doublée d'une externalisation des risques. La présence de 35 nations, dont 27 chefs d'État et de gouvernement, devait projeter une image d'unité. Mais l'absence la plus criante — celle du Secrétaire d'État américain Marco Rubio, retenu par l'opération militaire au Venezuela — disait tout de la nouvelle hiérarchie des priorités de Washington.

À sa place, Donald Trump a dépêché un duo qui ne doit rien au hasard : Steve Witkoff, son envoyé spécial, et Jared Kushner, son gendre et architecte des « Deals » du Moyen-Orient. Le message est limpide : pour l'Amérique, l'Ukraine n'est plus un dossier de diplomatie classique, c'est un dossier de transaction immobilière et financière. Et dans cette transaction, Emmanuel Macron semble avoir accepté que l'Europe signe les chèques et fournisse les gardiens, pendant que l'Oncle Sam récupère les clés du coffre.
Le partage du fardeau : le sang pour les Européens, les drones pour les Américains
Le cœur de la « Déclaration de Paris » repose sur une architecture de sécurité en trois piliers censée s'activer au lendemain d'un cessez-le-feu. La répartition des rôles actée hier est, à cet égard, une caricature de la vassalisation volontaire.

D'un côté, nous avons les États-Unis. Fidèle à sa promesse électorale de ne plus engager de soldats américains dans des guerres lointaines (« No boots on the ground »), l'administration Trump a obtenu ce qu'elle voulait : zéro risque humain. Washington dirigera le « Mécanisme de surveillance et de vérification », une structure de haute technologie s'appuyant sur des satellites et des drones pour surveiller la ligne de front. C'est une position de confort absolu : les États-Unis conservent le rôle d'arbitre suprême — celui qui décide s'il y a violation ou non — sans exposer la vie d'un seul GI.

De l'autre, nous avons les Européens, et singulièrement les Français et les Britanniques. Pour combler le vide laissé par le retrait humain américain, Paris et Londres ont signé une déclaration d'intention engageant le déploiement de troupes au sol en Ukraine. Emmanuel Macron a évoqué le déploiement potentiel de « plusieurs milliers » de soldats français.

Il faut peser la gravité de cet engagement. Ce que l'OTAN s'est refusée à faire pendant quatre ans par crainte d'une guerre nucléaire, la « Coalition des volontaires » le fera dès le cessez-le-feu. Ces soldats européens ne seront pas là pour faire du maintien de la paix classique, mais pour constituer une force de dissuasion, un « fil de détente » (tripwire) face à l'armée russe. Si Moscou décide de tester la résolution occidentale, ce sont des soldats de l'Armée de Terre et de la British Army qui mourront les premiers, forçant une escalade que Washington pourra observer depuis ses écrans de contrôle.

C'est là la première partie du marché de dupes : l'européanisation totale du risque physique. L'Allemagne, fidèle à sa prudence, a ouvert la porte à un soutien logistique, mais c'est bien le couple franco-britannique qui assume la charge mentale et militaire de la « Forteresse Ukraine ».

Le « plan de prospérité » : le hold-up du siècle?
Si le volet militaire est inquiétant, le volet économique, dévoilé en coulisses par Jared Kushner, relève du chef-d'œuvre de cynisme. Le sommet a permis de discuter d'un « Plan de Prospérité » pour l'Ukraine, évalué à 800 milliards de dollars sur dix ans.








