Si l’histoire retient une date pour marquer le début véritable du second mandat de Donald Trump, ce sera probablement ce 8 janvier 2026. Pendant près de deux heures, assis derrière le bureau Resolute, jonglant entre son bouton à soda et des dossiers classés défense, le 47e président des États-Unis n’a pas seulement accordé une interview au New York Times. Il a posé les fondations d’une nouvelle constitution non-écrite, où le droit international, les frontières souveraines et même la vérité factuelle s’effacent devant une seule et unique instance de légitimité : sa volonté personnelle.

Pour comprendre la gravité du moment, il faut dépasser le folklore habituel du personnage — décrit par les journalistes présents comme alternant entre « figure paternelle », « plaignant » et « hôte gracieux ». Il faut écouter ce qu'il dit de l'exercice du pouvoir. Interrogé sur les limites de son autorité pour ordonner des interventions militaires comme celle qui vient de frapper le Venezuela, Donald Trump a offert une réponse qui fera date dans les manuels de science politique : « Il y a une chose. Ma propre moralité. Mon propre esprit. C'est la seule chose qui peut m'arrêter ».

Cette chronique se propose de décrypter les quatre piliers de cette nouvelle doctrine du « Moi-Roi », telle qu'elle ressort de cet entretien fleuve.
1. La géopolitique du propriétaire : le cas du Venezuela
L'opération « Absolute Resolve », qui a conduit à l'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro en moins de trois heures le 3 janvier dernier, n'est pas une simple intervention militaire. C'est l'inauguration d'un modèle économique néo-mercantiliste.

Dans l'interview, Donald Trump et son vice-président J.D. Vance ne parlent pas de « nation-building » ou de démocratie. Ils parlent de retour sur investissement. Le plan exposé est d'un cynisme assumé : les États-Unis vont superviser la vente de 30 à 50 millions de barils de pétrole vénézuélien. L'argent généré ne sera pas remis au gouvernement intérimaire de Caracas, mais bloqué sur des comptes sous contrôle américain. Ces fonds ne pourront être débloqués que pour acheter des produits « Made in USA » (machines agricoles, équipements médicaux, énergie).

C'est une boucle économique fermée où le Venezuela devient un marché captif pour l'industrie américaine. Comme l'a résumé J.D. Vance, Washington tient désormais « les cordons de la bourse ». Quant à l'autonomie politique de la nouvelle dirigeante par intérim, Delcy Rodríguez, elle est inexistante. La Maison-Blanche a été claire : ses décisions seront « dictées par les États-Unis », et si elle dévie de la ligne, elle paiera « un prix très élevé ». Nous ne sommes plus dans la diplomatie, mais dans la gestion de filiale.
2. L’obsession foncière : le Groenland et la psychologie du succès
Si le Venezuela est la filiale, le Groenland est l'acquisition immobilière tant convoitée. Loin d'être une boutade, l'intérêt de Trump pour le territoire danois relève d'une obsession stratégique et psychologique.

Lors de l'entretien, le Président a écarté d'un revers de main l'idée de traités ou de baux, jugés insuffisants. « La propriété est très importante... Parce que c'est ce que je ressens comme psychologiquement nécessaire au succès », a-t-il déclaré. Pour Trump, signer un document ne vaut rien comparé à la possession physique du titre de propriété.

Il justifie cette ambition par la présence de navires russes et chinois le long des côtes arctiques, affirmant que le Danemark est incapable de gérer cette menace sécuritaire. Cette approche transactionnelle du territoire souverain d'un allié de l'OTAN a provoqué une crise diplomatique majeure, Copenhague ayant averti qu'elle tirerait avant de poser des questions en cas d'intrusion. Mais pour Trump, l'alliance atlantique semble peser peu face à ce qu'il considère comme une nécessité immobilière nationale.

3. La vérité alternative comme politique intérieure
Le moment le plus glaçant de l'interview concerne peut-être la gestion de la crise de Minneapolis. La ville est en ébullition après la mort de Renee Good, une citoyenne américaine abattue par un agent de l'ICE (Immigration and Customs Enforcement) lors d'un raid.
Les vidéos des témoins montrent clairement la victime faisant marche arrière pour laisser passer un véhicule de l'ICE avant de tenter de s'enfuir, sans chercher à renverser l'agent. Pourtant, après avoir visionné ces mêmes images devant les journalistes du Times, Donald Trump a imposé sa propre narration : « Elle n'a pas essayé de le renverser, elle l'a renversé ». Il l'a qualifiée d'« agitatrice professionnelle » qui s'est « comportée horriblement ».
Ce déni de la réalité visuelle marque une étape supplémentaire dans l'ère de la « post-vérité ». Le pouvoir fédéral ne se contente plus d'interpréter les faits, il ordonne de ne pas croire ce que l'on voit. Face à la résistance locale — le maire de Minneapolis et le gouverneur Walz exigeant le départ de l'ICE — la réponse de Washington a été l'escalade : l'envoi de 2 000 agents fédéraux supplémentaires et des menaces de couper les financements fédéraux. C'est l'affirmation d'un pouvoir policier fédéral qui se place au-dessus des autorités locales élues.

4. L’architecture de l’impunité
Enfin, cette doctrine s'incarne physiquement et institutionnellement. Sur le plan économique, Trump a confirmé avoir choisi son candidat pour la présidence de la Réserve Fédérale, signalant la fin probable de l'indépendance de la banque centrale. L'objectif est clair : soumettre la politique monétaire aux besoins de sa guerre commerciale et de ses tarifs douaniers agressifs.
Symboliquement, le projet de construction d'une immense salle de bal de près de 8 500 mètres carrés sur le site de l'aile Est de la Maison-Blanche (presque le double de la résidence actuelle) témoigne de cette dérive monarchique. Trump veut laisser une trace physique, un « monument » comparable, selon ses propres termes, aux statues des généraux confédérés, pour s'assurer qu'il « ne puisse pas être oublié ».
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Conclusion
Ce qu'il faut retenir de cette interview du 8 janvier 2026, c'est la cohérence effrayante du projet. Qu'il s'agisse d'ignorer le droit international (« Je n'ai pas besoin du droit international »), de nier la réalité d'une bavure policière, ou de traiter des nations souveraines comme des actifs en perdition, tout ramène à la centralité de l'ego présidentiel.
Le monde doit désormais composer avec une Amérique qui ne se voit plus comme le « gendarme du monde » ou le leader du monde libre, mais comme une entité prédatrice guidée par la seule « moralité » d'un homme qui a fait taire une salle entière pour prendre un appel du président colombien, un doigt posé sur les lèvres, dans une mise en scène théâtrale de sa propre domination. L'Amérique de 2026 n'a plus d'alliés, elle n'a que des intérêts et des locataires.
Le Courrier en profite une nouvelle fois pour présenter ses excuses à ses lecteurs : ses chroniqueurs Edouard Husson et Thierry Meyssan ont plusieurs fois répété, avec une légèreté aujourd'hui gênante, que Donald Trump serait un vecteur de paix soucieux des intérêts de son peuple. Eric Verhaeghe, souvent sous la pression de lecteurs haineux, ne leur a, à l'époque, pas assez porté la contradiction. Pan sur le bec, comme on dit au Canard.






