Sortir de la dette par la croissance ? Une étude du FMI invalide le mythe keynésien

Sortir de la dette par la croissance ? Une étude du FMI invalide le mythe keynésien


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Une idée largement répandue, et souvent propagée par les sphères politiques, prétend qu’un État peut se sortir d’une situation de surendettement à l’aide d’une forte croissance économique. Olivier Blanchard, l'ancien chef économiste du FMI, avançait par exemple en 2019 que la dette n’était pas un fardeau, tant que le taux d’intérêt restait inférieur à la croissance. Pourtant, la réalité historique est loin de corroborer cette idée, si l’on en croit une étude fort instructive du FMI lui-même.

La doxa économique voudrait qu’un État puisse croître pour s’extraire de son fardeau debtuaire. Mais dans l’étude intitulée « Did the US really grow out of its World War II Debt », Julien Acalin et Laurence Ball ont prouvé que cette idée n’est pas fondée. Ils ont déclaré que « la croissance ne joue qu’un rôle mineur dans la diminution du taux d’endettement par rapport au PIB de 1946 à 1974 » aux Etats-Unis. La dette américaine est passée de 106% du PIB en 1946 à seulement 23% en 1974, cette étude du FMI révèle que la croissance économique n’a joué qu’un rôle marginal dans cette spectaculaire réduction.

Le mythe keynésien remis en cause

En 2019, Olivier Blanchard, ancien chef économiste du FMI, affirmait encore que la dette ne constituait pas un poids pour les générations futures puisque le taux de croissance dépasserait le coût de l’endettement.

Mais une étude récente du FMI, signée Julien Acalin et Laurence Ball, vient briser cette croyance : aux États-Unis, entre 1946 et 1974.

Dans l’étude pour le FMI intitulée « Dit the US really grow out of its World War II Debt », Julien Acalin et Laurence Ball ont démontré qu’il s’agit d’un mythe, une idée reçue. La réalité historique a tendance à affirmer que:

« la croissance ne joue qu’un rôle mineur dans la diminution du taux d’endettement par rapport au PIB ».

Notons que étude se basait sur la baisse du taux d’endettement constatée aux Etats-Unis entre 1946 et 1974. Il était passé de 106% à 23%.  Mais selon les auteurs de l’étude, si le résultat dépendait uniquement de la croissance économique, le ratio d’endettement réel des Etats-Unis en 1974 devait être de 74% et non de 23%.

Les causes de la baisse de l’endettement

Depuis 1974, la dette publique aux Etats-Unis a commencé à grimper en raison du passage des excédents primaires en déficits primaires.  Les dépenses courantes ont largement dépassé les recettes. Le taux d’intérêt est aussi plus élevé que la croissance économique.

Trouver un moyen de réduire le surendettement est devenu une nécessité absolue, ce qui a sans doute poussé Elon Musk et son DOGE à prendre des décisions aussi radicales dans le but de réduire les dépenses de l’Etat.

Si la croissance économie n’a joué qu’un rôle mineur dans la baisse de l’endettement américain entre 1946 et 1974, quels étaient alors les facteurs décisifs ? Acalin et Ball ont avant tout évoqué les surplus primaires.

Autrement dit, l’Etat américain a enregistré un solde budgétaire positif pendant cette période, mais les intérêts générés par la dette passée n’ont pas été pris en compte. Grâce à ce solde positif, l’administration disposait de plus de ressources. 

La discipline budgétaire, une leçon pour l’Europe et la France

L’histoire américaine illustre une vérité simple : la croissance seule ne résout rien. En France, le keynésianisme officiel continue pourtant de promettre un « multiplicateur » magique par la dépense publique.

Le «multiplicateur keynésien», censé justifier l'endettement pour stimuler la croissance, s’est transformé en un «diviseur keynésien», comme l'observe Charles Gave de l’Institut des libertés. Les interactions entre dette et croissance sont en train de changer.

Avec l’impact de plus en plus modeste des politiques de relance, il est temps d’abandonner les illusions. La réduction du surendettement ne viendra pas d’une croissance hypothétique, mais d’une discipline budgétaire retrouvée et d’un respect de la valeur de l’argent.


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