Il y a six ans, sous prétexte de « guerre » sanitaire, la bureaucratie française accouchait de son chef-d’œuvre : l’attestation de déplacement dérogatoire. Retour sur les attestations, les sanctions massives et le pass sanitaire, la vaccination obligatoire qui ont profondément transformé la relation entre l’État français et les libertés publiques.Le covid a brutalement réveillé les consciences, transformant une crise sanitaire en catastrophe globale.

Le 17 mars 2020 à midi, la France entrait dans son premier confinement national pour freiner la pandémie de Covid-19. Pendant 55 jours, jusqu’au 11 mai 2020, 67 millions de citoyens furent soumis à un dispositif inédit en temps de paix : sortir de chez soi exigeait une attestation de déplacement dérogatoire. Six ans plus tard, cet épisode reste un cas d’école de la capacité administrative de l’État à suspendre, au nom de l’urgence, des libertés fondamentales.
Le mirage de la science et l’infaillibilité du prophète
Souvenez-vous. Le mot d’ordre était clair : "deux semaines pour casser la courbe". Nous en avons eu cinquante-cinq. Puis sont venus les masques, d’abord "inutiles", puis obligatoires. Puis la hydroxychloroquine, promue puis diabolisée. La propagande totalitaire a mis l’accent sur la prophétie scientifique, avec l’atteinte des buts dans un futur toujours lointain". Le "zéro Covid" était ce mirage, toujours reculé, qui justifiait toutes les entorses.

Le problème du prophète, c’est qu’il ne peut jamais admettre l’erreur. Aucun média, aucun responsable n’est venu reprocher à Emmanuel Macron ou à Olivier Véran leurs prédictions hasardeuses. Car comme dans tout système qui flirte avec le contrôle absolu, "les faits dépendent entièrement du pouvoir de celui qui les fabrique".

Le pass sanitaire ne devait "jamais" servir pour la vie quotidienne. Puis, il est devenu pass vaccinal. On ne force pas, on rend la liberté si inconfortable que l’obéissance devient un soulagement.
La dissolution du lien social pour mieux régner
Le but premier du confinement n’était pas seulement biologique. En limitant les rassemblements, en interdisant les liens familiaux et culturels communs, on a divisé la société.
Il y a exactement six ans, la bureaucratie française sortait son chef-d'œuvre absolu. pic.twitter.com/E3H173TaTy
— Mathieu Zagrodzki (@MatZagrodzki) March 16, 2026
"Ce qui caractérise les masses, c’est l’isolement", nous rappelle la théorie. En Belgique, en Angleterre, la "bulle" vous interdisait d’inviter plus d’une personne chez vous. En France, ce fut plus soft, mais le résultat est identique : un peuple fragmenté est un peuple qui ne fait plus masse contre le diktat.

Le macronisme, avec son "en même temps", a parfaitement incarné cette sortie du clivage classique pour s’adresser à cette masse informe et isolée. Dépourvue de corps intermédiaires, de syndicats forts ou de contre-pouvoirs médiatiques, elle n’a pu que subir.

Aujourd’hui, le même personnel politique qui justifiait des gardes à vue pour absence de pass sanitaire (avec un zèle qu’on n’a jamais vu pour les vrais délinquants) se tourne vers le prochain combat : le contrôle numérique.
Du confinement au pass sanitaire : la normalisation du contrôle numérique
En 2021, la stratégie évolue avec la création du pass sanitaire, basé sur un QR code attestant vaccination, test négatif ou guérison. L’accès à une partie de la vie sociale — restaurants, trains, événements — dépend désormais d’une preuve sanitaire numérique.
Ce dispositif constitue une innovation administrative majeure : pour la première fois, un outil numérique conditionne l’accès à des activités quotidiennes.
Six ans plus tard, la logique de vérification numérique se retrouve dans d’autres débats publics : identité numérique européenne, contrôle d’âge sur les plateformes en ligne ou régulation des services numériques.

Le confinement du 17 mars 2020 restera comme une expérience politique majeure de la Ve République. En quelques semaines, la France a basculé dans un régime d’exception où circuler, travailler ou se réunir dépendaient d’une autorisation administrative. La pandémie a disparu de l’actualité.
Six ans après le premier confinement, l’élite n’a pas eu à dire qu’elle avait eu tort. Elle n’en avait pas besoin : elle a changé le sujet. L’attestation de sortie est morte, vive la vérification d’âge. Le peuple, lui, se réveille. Mais dans un monde où l’on a soigneusement détruit les rapports sociaux normaux. La question reste posée : saura-t-il, un jour, refaire masse face à ceux qui ne lui promettent que la liberté sous surveillance ?







