Semaine Sainte: le Christ a souffert et est mort pour que notre liberté soit absolue!

Semaine Sainte: le Christ a souffert et est mort pour que notre liberté soit absolue!


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Le Vendredi Saint, nous écoutons le récit de la Passion et de la mort du Christ. Essayons de saisir ce qui s’est humainement passé: pourquoi Jésus a-t-il été arrêté et condamné à mort? Mais on peut aussi formuler la question autrement: pourquoi, lui le Fils de Dieu, s’est-il laissé arrêter et crucifier? En répondant à cette double question, nous allons découvrir comment, par sa crucifixion, le Christ a définitivement rendu possible la liberté humaine.

Le Christ a été menacé dès le début de son enseignement par les autorités de Jérusalem, pour différents motifs:

+ Les chefs du parti sadducéen et du parti pharisien étaient jaloux de son succès. Jésus drainait des foules immenses.

+ Jésus contestait l’enseignement établi. C’est dit plusieurs fois dans l’Evangile: le Christ attirait les foules parce qu’il « parlait avec autorité ». Il proposait une pratique simple et accessible à tous de la Loi de Dieu – en revenant à la simplicité des commandements transmis par Moïse  au lieu de l’inflation de prescriptions proposées par certain docteurs de la Loi.

+ Jésus guérissait les malades, chassait les mauvais esprits.

+ Les autorités de Jérusalem soupçonnaient Jésus, de descendance royale, de vouloir rétablir un royaume d’Israël indépendant.

+ Le plus grave, cependant, aux yeux des autorités religieuses de Jérusalem, c’était le fait que Jésus se présente comme « Fils de Dieu ». En hébreu ou en araméen, « fils de » renvoie à l’essence. Jésus se faisait l’égal de Dieu, il blasphémait: c’est, lors de sa comparution devant Caïphe, le motif invoqué pour le condamner à mort.

Comment Jésus a-t-il été arrêté?

Lisez le livre de Jacqueline Genot-Bismuth, Un homme nommé Salut: l’analyse que proposait il y a une trentaine d’années cette très savante hébraïsante, à propos du calendrier de l’Evangile de Jean permet de découvrir un véritable roman policier.

Jésus est monté à Jérusalem, durant les presque trois ans de son enseignement, pour les grandes fêtes du calendrier hébraïque. Plus le temps passait,  plus les autorités religieuses de Jérusalem souhaitaient l’arrêter. Mais, nous dit-on à plusieurs reprises, « ils n’osaient pas à cause du peuple ». Jésus n’avait pas d’armée  – « Ma royauté n’est pas de ce monde » dit-il au représentant de Rome Ponce-Pilate lorsqu’il comparait devant lui. Mais il était adulé par la foule, qui formait un rempart entre lui et les hommes de main du grand-prêtre.

Et puis, les historiens le savent toujours mieux, le Christ avait des disciples jusque dans les plus hautes sphères de la société. Nicodème, qui vient voir Jésus au début de l’évangile de Jean; Joseph d’Arimathie, dans le tombeau duquel on dépose le corps de Jésus descendu de croix – aujourd’hui l’église du Saint-Sépulcre. Pensons aussi au riche propriétaire terrien Lazare, que Jésus ressuscite dans les derniers mois de sa vie publique.

Si j’en crois les recherches de Jacqueline Genot-Bismuth et de mon maître Claude Tresmontant, Jean, l’auteur du 4ème évangile, de trois épitres et de l’Apocalypse, était un membre du haut sacerdoce. Tresmontant pense même qu’il était l’un des fils de Hanan, frère de Caïphe donc! L’idée se répand que le Théophile destinataire de l’Evangile de Luc et des Actes des Apôtres, est un autre des fils de Hanan, frère de Caïphe, donc, lui aussi,

Les Actes des Apôtres nous disent que de nombreux prêtres se sont convertis au christianisme dans les premières années d’évangélisation par les apôtres. La situation de la Jérusalem du Christ était donc complexe. Jésus y avait certainement de nombreux sympathisants, même s’ils restaient discrets car Hanan, son fils Caïphe et un certain nombre d’autres dirigeants de Jérusalem, faisaient régner, en accord avec Hérode, une véritable terreur.

Voilà ce qui explique cependant que Caïphe n’ait pas pu faire arrêter Jésus sans la trahison de Judas. Même pourchassé par les autorités religieuses, il dispose de complicités jusqu’au cœur de Jérusalem et seul un de ses apôtres pouvait savoir que Jésus allait souvent avec ses proches dans le jardin de Gethsémani où se trouvaient les oliviers à partir desquels on produisait l’huile sacerdotale.

Pourquoi Jésus s’est-il laissé arrêter?

Même quand on connaît toute cette histoire, il reste un mystère. L’Evangile dit à plusieurs reprises que Jésus savait qu’il serait arrêté. Nous avons vu que lors de la Cène, il déclare même à Judas, seul à comprendre: « Va faire ce que tu dois! »

Le Christ n’aurait-il pas pu faire autrement? Pourquoi ne tente-t-il plus d’échapper à ceux qui veulent l’arrêter et le tuer? On dit souvent que c’est la même foule qui a fêté Jésus lors du dimanche des Rameaux et le conspue dans le prétoire de Pilate. Je n’en suis pas si sûr. Je crois que le peuple de Jérusalem n’a jamais cessé d’aimer Jésus; mais, après son arrestation, elle est impuissante et intimidée, aussi bien par les sbires de Caïphe que par les légionnaires de Ponce-Pilate. Non, le Christ avait perdu, quand il est arrêté de nuit puis placé dans les geôles, d’abord de Caïphe puis de Pilate, son soutien le plus précieux, le petit peuple de Jérusalem, qui, sans aucun doute, s’est massivement rallié au Messie ressuscité et à ses disciples par la suite.

Mais il faut comprendre que Jésus a accepté (il ne l’a pas cherché: dans le jardin de Gethsémani, il prie Dieu son père d’éloigner de lui l’épreuve si c’est possible) de se retrouver seul, privé du soutien populaire, abandonné par ses apôtres, à la merci des chefs religieux qui le haïssaient tant mais qui ne pouvaient le faire tuer sans l’assentiment voire l’intervention directe des autorités romaines.

« La vérité vous rendra libre » (Jean VIII, 32)

Cela nous met sur la voie de l’élément peut-être le plus important de la Révélation christique: Jésus, qui se désigne lui-même comme Fils de Dieu, donc Dieu – et unique chemin vers le Père – n’a plus qu’un pouvoir, pendant sa Passion: celui de parler ou de ne pas parler. Il ne répond qu’un minimum à Caïphe – assez pour se faire accuser de blasphème; il reste muet devant Hérode; il dialogue avec Pilate. Puis, en proie à la souffrance atroce des supplices accumulés, il ne prononce plus que quelques paroles: pour plaindre les filles de Jérusalem, sur le Chemin de Croix, puis ce qu’on appelle ses « sept dernières paroles »:

Trois adresses à Dieu son Père. Un mot pour remercier Dilmas, le « Bon Larron » et lui promettre le paradis. Un mot pour confier sa mère, Marie, à la garde de Jean, le disciple bien-aimé. Les paroles ultimes d’un supplicié….

Le Christ n’avait plus que les mots – à Pilate, il dit que sa royauté consiste à venir annoncer la vérité. Et les mots ont été couverts par les clameurs de la foule. Le prophète a été enchaîné, molesté, flagellé, couronné d’épines. Mais iul est plus qu’un prophète: il est condamné à mort parce qu’il parle comme « le Fils de Dieu ».

Nous voilà devant la vérité ultime: abandonnés à l’emballement du mimétisme violent, pour parler comme René Girard, les hommes sont prêts à tuer Dieu lui-même. Nietzsche n’a rien découvert; il reformule de manière pédante les cris de ceux qui réclament la mort de Jésus. Il est fasciné par la question de Pilate à Jésus « Qu’est-ce que la vérité? » (sans doute une simple question de traduction, Pilate ne parle pas l’araméen ou l’hébreu aussi bien que Jésus). Et Nietzsche ne voit pas que l’affrontement entre la vérité désarmée et le pouvoir humain est la manifestation de l’amour suprême de Dieu pour l’être humain.

Ce que Jésus est venu nous révéler, c’est que Dieu ne veut rien forcer. Pour que sa créature puisse participer à la vie divine, être divinisée – tel est le but de la Création, explicité par les Pères de l’Eglise – il est nécessaire qu’elle soit entièrement libre; qu’aucune contrainte venue de Dieu ne s’exerce sur elle.

Dieu est tout puissant – comme le dit Jésus à Pierre, lors de son arrestation, « Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père ? Il mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d’anges! » (Matthieu XXVI, 53). Mais rien de doit contraindre l’homme à l’aimer. Pour être divinisable, l’homme doit disposer d’une liberté sans limites. Le Christ a souffert, a été crucifié, est mort, comme homme, lui en qui habite la plénitude de Dieu, lui qui est Dieu uni à l’homme, pour cette raison ultime: que ses frères humains soient totalement libres d’aller vers Dieu – ou non.

Au chapitre VIII de l’Evangile de Jean, Jésus l’avait annoncé: « La vérité vous rendra libre ». Lui qui est le Parler de Dieu, qui est venu annoncer un royaume fondé sur la vérité, dévoile définitivement par sa Passion, le sens de cette courte phrase: le Fils de Dieu a préféré souffrir plutôt que d’empiéter sur la liberté de l’homme d’adhérer ou non à la vérité.


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