Une étude publiée dans Nature en juin 2025 lève le voile sur l’émergence des inégalités filles-garçons en mathématiques en France. Le verdict est sans appel : ce n’est pas la nature, mais plutôt l’institution scolaire elle-même qui, dès les premiers mois du CP, creuse un fossé . Cette nouvelle étude soulève des questions sur la formation des enseignants et la mécanique profonde de notre système éducatif.

Une étude publiée en juin 2025 dans Nature met en évidence un phénomène troublant : l’écart de niveau en mathématiques entre filles et garçons apparaît dès les premiers mois du CP. Loin d’être inné, ce décrochage semble se construire au cœur même de l’institution scolaire, posant une question sensible sur le rôle réel de l’école dans la fabrique des inégalités.
Le verdict des chiffres : 2,65 millions d’élèves au crible
Loin des échantillonnages restreints, la recherche co-dirigée par le neuroscientifique Stanislas Dehaene et la docteure Pauline Martinot , également professeur au Collège de France,s’appuie sur un suivi exhaustif de l’intégralité des élèves de CP et CE1 en France entre 2018 et 2022.

Le constat est sans appel : à l’entrée en section de cours préparatoire, aucune distinction n'est mesurable dans la maîtrise des nombres ou de l’espace. Pourtant, dès la mi-CP, un décrochage systématique des filles apparaît.
A study in France shows a striking gender gap within the first months of school https://t.co/oOSdKUabRq
— The Economist (@TheEconomist) March 18, 2026
Ce basculement coïncide précisément avec l'introduction de l'enseignement formel. L’étude démontre que l'écart est paradoxalement plus marqué dans les écoles privées et les milieux socialement favorisés, où la pression des stéréotypes liés aux carrières STEM (science, technologie, ingénierie et mathématiques) semble s'exercer avec une vigueur accrue. Les faits invalident la thèse biologique : si le déterminisme génétique existait, les disparités seraient visibles dès la petite enfance, ce qui n'est pas le cas.
La mécanique invisible du biais pédagogique
L’institution scolaire, loin d’être un sanctuaire neutre, agit différemment. Les travaux pointent du doigt la "menace du stéréotype" véhiculée par le corps enseignant, composé à 85 % de femmes souvent issues de cursus littéraires et souffrant elles-mêmes d’une "anxiété mathématique" qu’elles transmettent inconsciemment.

La divergence s'alimente de nuances sémantiques et comportementales : là où les bulletins scolaires saluent le "sérieux" et le "travail" des filles, ils célèbrent le caractère "brillant" ou "inné" des garçons. En valorisant la prise de risque et la compétition chronométrée, le cadre scolaire favorise une culture de la performance masculine, reléguant les filles à une prudence académique délétère.
L’État, pompier pyromane ?
Les pouvoirs publics, par la voix du Conseil scientifique de l’Éducation nationale, ont tenté une réponse : une formation en ligne de six heures destinée aux professeurs de CP pour les sensibiliser aux biais. Le résultat est cinglant : « aucun effet détectable ».

Pour le chercheur Dehaene, la solution réside dans une refonte pédagogique radicale, inspirée de la méthode de Singapour : progressivité, enseignement explicite, refus de laisser l’élève « deviner ». Mais au-delà de la technique, c’est une question de modèles. La faible présence de figures féminines dans les sphères mathématiques et numériques (seulement 25 % d’étudiantes dans les filières d’ingénieurs) alimente un cycle vicieux dès le plus jeune âge. Un véritable manque à gagner critique pour une économie française en quête de souveraineté technologique.

Par ailleurs, cmme dans nombreux pays, en France, la crise du Covid-19 a eu des répercussions majeures sur l’enseignement. Les dommages causés par les confinements apparaissent petit à petit. Un rapport publié par le ministère de l’Éducation nationale en novembre 2024, avait révélé une baisse inquiétante du niveau des élèves de 4ème, que ce soit dans l’enseignement public ou privé. Les élèves peinent à remonter la pente sur nombreuses matières, même des années plus tard.
Au final, une question demeure : si l’école prétend corriger les inégalités, pourquoi semble-t-elle, dans nombreux cas, les produire , voire les aggraver ?




