Deux semaines après les vœux présidentiels sur la base aérienne d’Istres, Renault officialise son entrée dans la défense avec le drone Chorus. Renault s’apprête à produire en série des drones kamikazes longue portée dans ses usines du Mans et de Cléon, via une coentreprise avec Turgis & Gaillard. Ce contrat piloté par la Direction générale de l’armement (DGA) estimé à 1 milliard d’euros sur dix ans illustre la militarisation croissante de l’industrie civile.

Le projet Chorus de Renault s’inscrit directement dans le discours d’Emmanuel Macron du 15 janvier 2026 aux armées. Le président a déploré que la France ne soit « pas en économie de guerre à proprement parler », pressant les industriels de produire plus vite et en masse face à un conflit potentiel dans trois à quatre ans. À la demande pressante de la Direction générale de l’armement (DGA), le groupe s’associe à la PME Turgis & Gaillard pour fabriquer le drone multi-usages « Chorus ». Ce loitering munition longue portée, comparable au Shahed iranien, servira à la fois au renseignement et aux frappes. L’information, révélée par L’Usine Nouvelle et confirmée par Renault fin janvier 2026, marque une reconversion industrielle pilotée par le ministère des Armées.
Un « partenariat » sous tutelle étatique
Présentée comme un partenariat avec la PME Turgis & Gaillard, cette coentreprise « Chorus » est avant tout née d’une sollicitation du ministère des Armées. Le client est unique : l’État, via la DGA. L'objectif affiché : 600 drones par mois une fois la cadence atteinte. Les sites du Mans (assemblage châssis) et de Cléon (moteurs adaptés) seront mobilisés, recyclant des lignes automobiles existantes.

Un premier lot d’une dizaine d’exemplaires est attendu pour l’été 2026 en vue de tests DGA. Le contrat initial s’élève à 35 millions d’euros, avec un potentiel total d’un milliard sur dix ans, une manne conditionnée à la satisfaction de la DGA. Face à Thales, MBDA, KNDS et de nouveaux entrants agiles, rien n’est acquis.
Marché concurrentiel et hausse boursière
Le secteur reste dominé par Thales, MBDA ou KNDS. Chorus mise sur le volume et le prix bas pour s’imposer. L’annonce a pourtant dopé le cours Renault en Bourse, les investisseurs saluant ce nouveau flux de revenus garanti par l’État. Une ironie pour un libéral : le capitalisme de connivence prospère quand l’État devient client captif.

Les marchés saluent la diversification. Reste un point aveugle : la dépendance à la commande publique. Quand l’État oriente, finance et garantit les débouchés, le risque est celui d’une industrie sous perfusion, moins incitée à innover hors cahier des charges administratif.
Par ailleurs, les syndicats s’inquiètent du volontariat des salariés et des implications éthiques. La CGT exprime des réserves sur le volontariat des salariés et la production d’« engins meurtriers ».

Ce projet Chorus symbolise la « souveraineté » française en marche forcée : l’État mobilise l’industrie privée pour ses besoins militaires, au nom de l’urgence stratégique. Les libertariens y voient un dangereux empiétement sur la liberté d’entreprendre et un gaspillage de ressources productives.



