Remaniement : Macron recrute des comédiens pour divertir pendant la crise


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Avec ce remaniement qui n’en est pas vraiment un, Macron parvient à occuper le terrain et l’attention, ce qui est un beau coup. La nomination de Dupont-Moretti en remplacement de la très rigide Belloubet fait couler beaucoup d’encre. Pendant ce temps, le maintien du germaniste Le Maire permet de continuer en douceur et sans que personne ne s’en aperçoive la politique de dépenses à tout-va qui ruineront le pays. Une belle opération de communication, donc.

Le remaniement a moins traîné que d’habitude. On y verra peut-être la main ferme de Jean Castex, bien décidé à tenir son petit monde. Mais on y verra aussi un autre signe : la modestie de l’opération, qui ressemble plus à un rafistolage, une sorte de homestaging gouvernemental. Macron a sorti les bêtes noires de l’opinion publique (Castaner et Belloubet). Il a fait venir deux vedettes du petit écran : Dupond-Moretti et Bachelot. L’affaire est plutôt astucieuse.

Dans le remaniement, Dupont-Moretti attire la lumière

Immédiatement après l’annonce de la « surprise » Dupond-Moretti, l’opinion mordait à l’hameçon. Marine Le Pen dénonçait ce choix, et les réseaux sociaux n’en finissaient plus de commenter cette arrivée imprévue, consacrant la carrière d’un avocat haut en couleur, qui avait défendu le terroriste Merah.

Avec ce choix, Macron fait mouche, et c’est plutôt intelligent. Il parvient à cliver comme s’il était de gauche et à concentrer la lumière sur une personnalité qui ne le met pas en danger. Par les temps qui courent, cette opération est une réussite en soi : elle reconstitue un front qui divertit et occupe les esprits pendant que les affaires se font ailleurs.

Il est d’ailleurs très peu probable que Dupond-Moretti ne parvienne à réformer la justice ni à contre-carrer le pouvoir des juges. Comme il est directement impliqué (comme victime) dans une affaire d’écoutes illégales ordonnées par le Parquet financier… le casse-tête promet de réserver quelques choux gras pour toute la presse. On devrait apprendre prochainement que les obligations de réserve incombant à un ministre ont obligé Dupond-Moretti à mettre ses revendications en sourdine sur les sujets qu’il affectionne, notamment sur l’indépendance du parquet. Wait and see… mais la suite des événements ne manquera sans doute pas de piquant.

Pendant ce temps, les affaires continuent

Si quelques têtes ont changé (celle de Riester à la Culture, par exemple, qui ripe finalement au Commerce Extérieur), si d’autres sont tombées (Castaner et Belloubet, en particulier, mais aussi Sibeth Ndiaye), l’essentiel est resté en place. Bruno Le Maire s’enracine à Bercy où il multiplie les dégâts consciencieusement et dans l’indifférence générale depuis qu’il est nommé. Après avoir fait pire que Moscovici en termes de dégradation des comptes publics (ce qui n’est pas rien), Le Maire est prié d’accélérer le mouvement avec un plan de relance qui permettra de ruiner définitivement le pays. Tout le monde a bien entendu compris que le plan de relance est d’abord un plan de distribution d’argent au plus grand nombre pour assurer la réélection du président.

Pour aider à cette capilotade, Darmanin est parti à l’Intérieur et c’est le pâle et insipide Dussopt qui le remplace. On n’est pas prêt d’avoir des comptes publics bien tenus.

Le Maire en phase avec l’Allemagne

La lecture des interventions et discours de Bruno Le Maire permet de consolider chaque jour un peu plus la conviction qu’on a qu’il ne comprend rien à l’économie ni aux entreprises. Alors pourquoi le conserver ? Parce qu’il parle allemand et qu’il est l’un des seuls à pouvoir rassurer les Allemands sur une forme de sincérité française, même si nous savons bien que cette sincérité est totalement usurpée. La seule chose à laquelle nous croyons, c’est que l’Allemagne paiera sans fin pour préserver nos acquis sociaux, c’est-à-dire notre droit à dépenser plus que nous ne gagnons.

Dans les deux ans qui s’annoncent, Le Maire devra donc aller au charbon pour convaincre les peuples germaniques de se sacrifier pour préserver notre confort, et surtout assurer la réélection d’Emmanuel Macron. Voilà la raison de son maintien.

La ruine commence hier

Dans cette stratégie de politique économique avancée et complexe, Macron a déjà fait très fort. Il a enchaîné deux lois de finances rectificatives pour couvrir le déficit abyssal qui se précise. Un troisième projet de loi est en préparation, qui accroîtra un peu plus la béance des comptes publics.

Depuis le mois de mars, le trou est chaque jour un peu plus creusé dans les comptes publics. On apprenait aujourd’hui que le Trésor a emprunté… 205 milliards € au premier semestre 2020. C’est un record historique. Mais on est loin du compte, et le Trésor prévoit encore 55 milliards € d’emprunts d’ici à la fin de l’année, si tout va bien et dans le meilleur des cas.

Nous avons évoqué les mises en garde de la Cour des Comptes sur cette implosion de nos finances publiques. Il est de plus en plus évident qu’Emmanuel Macron va lessiver les comptes du pays pour assurer sa réélection au nom du « quoiqu’il en coûte » annoncé au début du confinement. Il pense disposer d’un autre quinquennat pour réparer les dégâts qu’il cause aujourd’hui.

En attendant cette échéance, il devrait effectivement siphonner les voix de la gauche modérée et des fonctionnaires en garantissant une augmentation des moyens publics.

Cette politique suppose évidemment un consentement de l’Allemagne, d’où le maintien de Bruno Le Maire.

La liberté d’entreprendre probablement restreinte

Si les comptes publics sont appelés à sortir de ces deux années qui restent à courir avant la fin du quinquennat, la liberté d’entreprendre risque également de souffrir. L’arrivée d’Alain Griset au ministère délégué aux PME se traduira probablement par des mesures de restriction, tant ce chauffeur de taxi lillois est attaché aux « protections économiques », c’est-à-dire aux réglementations qui favorisent certains acteurs et en pénalisent d’autres. C’est ce qu’on appelle lutter contre la concurrence déloyale, formule pittoresque qui signifie en réalité organiser la concurrence déloyale, comme le proposait le livre blanc de son syndicat en 2017.

On restera donc vigilant à ce que l’U2P n’utilise pas Bercy pour renforcer le corporatisme et réduire les marges de manoeuvre des entrepreneurs.


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