Que faisait feu Dick Cheney le 11 septembre 2001 ? par Elise Rochefort

Que faisait feu Dick Cheney le 11 septembre 2001 ? par Elise Rochefort


Partager cet article

Le 11 septembre 2001, le vice-Président de George W. Bush, Dick Cheney, décédé cette semaine, fait face seul ou presque au traumatisme du polyterrorisme qui frappe les USA. Mais qu'a-t-il fait au juste ? Près de vingt-cinq plus tard, voici le point des zones d'ombre et de controverse.

L'analyse du rôle joué par le vice-président Richard "Dick" Cheney le 11 septembre 2001 est essentielle pour comprendre la réponse du gouvernement américain à la crise et l'évolution ultérieure de l'autorité exécutive. Avant même cette journée, Cheney avait redéfini la vice-présidence, s'assurant un niveau d'influence et d'implication politique sans précédent dans l'histoire américaine moderne. Il était largement considéré comme un co-président de facto sur de nombreuses questions de politique intérieure et étrangère, une perception qui allait se cristalliser en réalité opérationnelle sous la contrainte des attaques terroristes.

La problématique centrale du 11 septembre réside dans l'absence physique du président George W. Bush du centre névralgique du commandement. Alors que les attaques se déroulaient, le président se trouvait en Floride, puis à bord d'Air Force One, en grande partie coupé des flux d'information directs. Pendant ce temps, Dick Cheney se trouvait à la Maison Blanche. Cette divergence géographique a propulsé Cheney dans le rôle de principal gestionnaire de la crise nationale, particulièrement depuis le Centre Présidentiel des Opérations d'Urgence (PEOC), un bunker sécurisé sous la Maison Blanche.

L'examen du rôle de Cheney ne peut se limiter à une simple chronologie ; il doit disséquer la nature de l'autorité qu'il a exercée. Cet examen révèle deux controverses fondamentales qui persistent dans les archives historiques. La première concerne la nature et l'autorité de l'ordre d'abattre (le "shoot-down order") des avions de ligne civils, un ordre que Cheney a donné dans le courant de la matinée. La seconde, plus complexe, concerne une divergence chronologique fondamentale entre le témoignage sous serment du secrétaire aux Transports, Norman Mineta, et la chronologie officielle établie par le Rapport de la Commission sur le 11 septembre.

9/11 : quand un prof de Berkeley contestait le rôle de Cheney, par Thibault de Varenne
Elise Rochefort évoque pour nous les controverses officielles sur l’emploi du temps de Dick Cheney le 11 septembre 2001. Peter Dale Scott, diplomate canadien devenu professeur à l’Université Berkeley, en Californie, a prétendu documenter le contexte de cette affaire explosive. Et voici les thèses qu’il a défendues, accompagnées de leurs

Ce rapport analysera chronologiquement les actions de Dick Cheney le 11 septembre 2001, en se concentrant sur son évacuation vers le PEOC, sa gestion de la crise, et une analyse critique de ces deux controverses majeures. L'objectif est de déterminer non seulement ce que le vice-président a fait, mais aussi comment ses actions ont défini la réponse immédiate de l'Amérique et préfiguré l'expansion du pouvoir exécutif qui allait caractériser la "guerre contre le terrorisme".

 

La matinée du 11 septembre : de la prise de conscience à l'évacuation vers le PEOC

 

 8h46 – Premières réactions

 

Au moment où le vol American Airlines 11 a percuté la Tour Nord du World Trade Center à 8h46 (EST), le vice-président Cheney se trouvait à la Maison Blanche. Il a été informé de l'incident peu de temps après. Selon le Rapport de la Commission sur le 11 septembre (ci-après "le Rapport"), Cheney était assis dans son bureau lorsque son assistante lui a dit d'allumer la télévision, car un avion avait frappé le World Trade Center. Initialement, comme beaucoup d'autres, il a supposé qu'il s'agissait d'un "terrible accident", impliquant peut-être un petit avion.

 

9h03 – La confirmation d'une attaque

 

La nature de l'événement a changé radicalement à 9h03 (EST), lorsque le vol United Airlines 175 a frappé la Tour Sud. Cheney a observé cet impact en direct à la télévision depuis son bureau. Ce second impact a immédiatement levé toute ambiguïté : il ne s'agissait pas d'un accident, mais d'une attaque coordonnée contre les États-Unis. Des photographies déclassifiées prises ce matin-là par le photographe du vice-président, David Bohrer, montrent Cheney et d'autres hauts responsables, dont la conseillère à la Sécurité Nationale Condoleezza Rice, observant avec gravité les images télévisées.

 

9h34 - 9h37 – L'évacuation vers le PEOC

 

La crise s'est intensifiée et s'est rapprochée de Washington. Les minutes qui ont suivi le second impact ont été marquées par une confusion croissante et la réception de renseignements alarmants. À 9h34 (EST), les contrôleurs aériens ont identifié le vol American Airlines 77 (AA77) qui, après avoir coupé son transpondeur, avait fait demi-tour et se dirigeait désormais vers Washington D.C..

Selon la chronologie détaillée établie par le Rapport, cette nouvelle a déclenché une alerte maximale à la Maison Blanche. Le Secret Service a reçu l'information qu'un avion non identifié se dirigeait vers la Maison Blanche. Peu avant 9h36, les agents ont pris la décision d'évacuer le vice-président.

Cette évacuation n'a pas été une suggestion polie. Des témoignages, y compris celui de Cheney lui-même, décrivent les agents du Secret Service entrant en trombe dans son bureau. Un agent "l'a attrapé par la ceinture et l'épaule" et l'a physiquement "propulsé hors de sa chaise". Cheney a décrit avoir été transporté de force ("frog-marched") vers l'ascenseur du sous-sol menant au tunnel sécurisé du PEOC.

À 9h37 (EST), alors que Cheney entrait dans ce tunnel souterrain, le vol AA77 s'écrasait sur le Pentagone. Le Rapport est explicite sur ce point : le vice-président a appris l'attaque du Pentagone alors qu'il se trouvait dans ce tunnel, où il s'est arrêté pour utiliser un téléphone sécurisé et tenter de joindre le président.

 

Arrivée et prise de commandement dans le PEOC

 

Le PEOC (Presidential Emergency Operations Center) est un bunker datant de l'époque de la guerre froide, conçu pour résister à une attaque nucléaire, situé sous l'aile Est de la Maison Blanche. Une fois à l'intérieur, Cheney a commencé à coordonner la réponse gouvernementale. Il a été rapidement rejoint par d'autres hauts responsables, dont Condoleezza Rice, son chef de cabinet I. Lewis "Scooter" Libby, et son épouse, Lynne Cheney.

Les photographies déclassifiées des Archives Nationales montrent Cheney dans la salle de conférence du PEOC, passant des appels téléphoniques, s'entretenant intensément avec Rice, et observant les écrans de télévision qui diffusaient les images de New York et du Pentagone en feu.

L'importance de ce moment ne peut être sous-estimée. L'absence physique du président Bush, qui était en déplacement et difficile à joindre, combinée à la présence physique de Cheney au centre névralgique du commandement et du renseignement (le PEOC), a créé une situation de commandement de facto. Les responsables militaires et civils, en quête de directives face à une attaque sans précédent, se sont naturellement tournés vers le PEOC, où se trouvait la plus haute autorité exécutive disponible et opérationnelle.

Cette chronologie des événements, méticuleusement établie par la Commission sur le 11 septembre et basée sur les journaux du Secret Service, est devenue le récit officiel. Cependant, elle est fondamentale car elle sera directement et publiquement contestée par le témoignage sous serment d'un membre du cabinet présent dans le bunker ce jour-là, créant l'une des controverses les plus durables du 11 septembre.

 

La gestion de crise depuis le PEOC et "l'ordre d'abattre" (The Shoot-Down Order)

 

Une fois installé dans le PEOC, Dick Cheney est devenu l'axe central de la réponse du gouvernement américain. Avec le président Bush en vol à bord d'Air Force One, c'est Cheney qui "gère la crise depuis le bunker présidentiel", "guide la réponse initiale du gouvernement" et, selon l'analyse de l'historien Garrett Graff, "prend les décisions les plus conséquentes" dans ces premières heures critiques.

La situation à laquelle il était confronté était d'une confusion extrême. Après l'attaque du Pentagone à 9h37 et l'effondrement de la Tour Sud à 9h59, la perception était celle d'une attaque en cours, avec de multiples menaces persistantes. À 9h34, la FAA avait acquis la certitude que le vol United 93 (UA93) était également détourné, et ce dernier avait coupé son transpondeur à 9h41. La principale préoccupation était de savoir combien d'autres avions étaient détournés et quelles étaient leurs cibles.

 

L'exercice de l'autorité de commandement

 

C'est dans ce contexte de menace imminente et existentielle que Cheney a pris la décision la plus radicale de la journée : autoriser l'armée américaine à engager et abattre des avions de ligne civils américains identifiés comme étant sous le contrôle de terroristes.

Air Canada : le PDG viré pour n’avoir pas assez parlé français

Air Canada : le PDG viré pour n’avoir pas assez parlé français

Après « près de deux décennies de leadership solide et dévoué qui a renforcé la position d’Air Canada en tant que chef de file de l’industrie du transport aérien au pays et à l’échelle mondiale », Michael Rousseau le PDG d’Air Canada a été chassé pour n’avoir pas assez parlé français. Mais derrière la démission, une démonstration de force politique québécoise. Michael Rousseau, patron d’Air Canada depuis près de vingt ans, quitte son poste à la fin du troisième trimestre. L’annonce officielle,


Rédaction

Rédaction

2026 : le Grand Désordre et la fin de la gestion de patrimoine "Papa", par Vincent Clairmont

2026 : le Grand Désordre et la fin de la gestion de patrimoine "Papa", par Vincent Clairmont

L’heure n’est plus à la diversification prudente, mais à l’antifragilité. Alors que la zone euro s'enfonce dans une stagflation structurelle et que le château de cartes du crédit privé menace de s'effondrer, comment protéger et faire croître un capital de 100 000 € ? Découvrez la Stratégie Barbell 2026, notre nouveau guide opérationnel exclusivement réservé à nos abonnés, à télécharger en fin d'article. L'illusion de la sécurité est votre plus grand risque Le modèle classique de gestion de pa


Rédaction

Rédaction

De la paranoïa au crime: la loge Athanor devant les assises

De la paranoïa au crime: la loge Athanor devant les assises

L’affaire Athanor aurait pu prêter à sourire si elle ne débouchait pas sur des faits d’une gravité extrême. Au cœur du dossier : une loge maçonnique des Hauts-de-Seine, désormais dissoute, dont certains membres sont accusés d’avoir commandité une série d’opérations violentes, jusqu’à l’homicide. Le 30 mars 2026, la cour d’assises de Paris a ouvert le procèsde l’ex-loge maçonnique Athanor, basée à Puteaux dans les Hauts-de-Seine. Vingt-deux accusés, âgés de 30 à 73 ans, vont comparaître pendant


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Pourquoi les libertariens disent que l'encadrement des loyers est un poison lent, par Elise Rochefort

Pourquoi les libertariens disent que l'encadrement des loyers est un poison lent, par Elise Rochefort

À chaque crise du logement, la même vieille lune réapparaît sur le devant de la scène politique : l’encadrement des loyers. Sous couvert de "justice sociale" et de protection des plus démunis, l'État s'immisce dans la relation contractuelle entre deux individus pour dicter un prix. Pourtant, pour quiconque refuse de s'aveugler, cette mesure n'est pas un remède ; c'est un poison lent. Un poison qui, sous prétexte de calmer la douleur à court terme, finit par paralyser tout l'organisme urbain.


Rédaction

Rédaction