Quand les retraites des fonctionnaires coûtent plus cher que l’école publique

Quand les retraites des fonctionnaires coûtent plus cher que l’école publique


Partager cet article

Les retraites des fonctionnaires (de l’État) sont un sujet mal connu des Français et, le moins que l’on puisse dire, c’est que les pouvoirs publics, et les fonctionnaires eux-mêmes, ne font rien pour qu’on y comprenne quelque chose. Et pour cause ! Les fonctionnaires à la retraite puisent directement dans les poches du contribuable pour équilibrer leurs régimes. L’addition s’élève tout de même à plus de 60 milliards annuels. Une somme supérieure au budget de l’Éducation Nationale… Tout un symbole. Encore ce sujet laisse-t-il de côté les retraites des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers…

Les retraites des fonctionnaires de l’État forment un véritable labyrinthe dont l’opacité est astucieusement nourrie par les services de l’État lui-même. Il est à peu près impossible de se repérer dans ce dédale de prestations servies dans des conditions beaucoup plus favorables que les retraites du privé. Quoiqu’en disent les syndicats de la fonction publique, les retraites des fonctionnaires sont en effet délivrées selon des calculs beaucoup plus favorables que le régime général de la sécurité sociale (ce qui permet à de nombreux fonctionnaires de vanter les mérites de la sécurité sociale, pourvu qu’ils n’y soient pas soumis). Petite plongée dans l’un des privilèges les mieux défendus par les pouvoirs publics.

Les retraites des fonctionnaires et l’impôt

Petit rappel : les retraites du secteur privé ne sont financées que par les cotisations des employeurs et des salariés. Si les mêmes taux de cotisations étaient appliqués au public, il faudrait amputer les retraites des fonctionnaires dans des proportions colossales. L’équilibre des retraites des fonctionnaires est obtenu en puisant largement dans l’impôt des Français. L’ensemble est piloté à partir du « compte d’affectation spéciale » Pensions, aussi appelé CAS Pensions, en principe discuté en loi de finances (dans la pratique, le CAS Pensions est bien inscrit dans la loi de finances, mais peu de gens souhaitent en débattre…).

Ce compte assure l’équilibre des régimes de retraites de l’État en piochant dans l’impôt les sommes que les cotisations ne suffisent pas à apporter (les pensions des fonctionnaires sont financées grâce à un taux de cotisations de 75%…). Cette discrète prédation revient à faire payer les salariés du privé pour les retraites des fonctionnaires. Mais cette réalité politiquement incorrecte est rarement rappelée dans les discours politiques… et syndicaux. Curieusement !

Le CAS Pensions, une invention récente

L’idée de « regrouper » toutes les dépenses de retraites engagées pour les fonctionnaires dans un compte spécial discuté en loi de finances date de la LOLF, qui a réformé l’exercice budgétaire en France. Ce système donne une meilleure lisibilité sur les dépenses de retraites dans la fonction publique. Mais nous sommes encore loin d’une parfaite transparence…

Une dépense annuelle de plus de 60 milliards €

Comme on le voit sur le tableau ci-dessus, les dépenses pour les retraites des fonctionnaires sont colossales. Les pensions civiles et militaires de l’État dépassent la somme de 56,7 milliards €. Les retraites des ouvriers de l’État atteignent pour leur part la somme de 1,9 milliard €. Au total, pour les seules pensions civiles, militaires et ouvrières, la dépense s’élève donc à 58,7 milliards € en tenant compte des arrondis.

À cette somme, on peut ajouter les 1,5 milliards de pensions militaires versées aux victimes de guerre. Le total dépasse dès lors les 60 milliards €.

Une dépense supérieure au budget de l’Éducation Nationale

On rappellera, comme le montre le tableau ci-dessous, que les retraites des fonctionnaires constituent la première dépense de l’État. La mission de l’État la plus coûteuse est en effet l’enseignement scolaire, qui coûte un peu moins de 55 milliards. L’État dépense donc plus pour les retraites de ses fonctionnaires que pour l’éducation des enfants.

En soi, ce petit rappel en dit long sur les priorités du service public dans ce pays.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Qui est Bally Bagayoko, candidat LFI élu au premier tour à Saint-Denis, par Elise Rochefort

Qui est Bally Bagayoko, candidat LFI élu au premier tour à Saint-Denis, par Elise Rochefort

Grâce à une intense campagne de dénigrement sur le mode de l'antisémitisme, LFI a réalisé une percée significative dans les villes de plus de 100.000 habitants. Bally Bagayoko, élu au premier tour dans la ville des rois, Saint-Denis, face au maire sortant, en est une figure emblématique. Bally Bagayoko est une figure centrale de La France Insoumise en Seine-Saint-Denis, dont le parcours et la stratégie expliquent la victoire historique dès le premier tour à Saint-Denis. Parcours et profil pol


Rédaction

Rédaction

Inventaire avant fermeture : LFI confirme la fin de la France des petits blancs...

Inventaire avant fermeture : LFI confirme la fin de la France des petits blancs...

On les disait battus d'avance, pour fait d'antisémitisme. Et finalement, les LFI effectuent une percée contre la pensée mainstream ! Leur secret ? Avoir parié sur cette France nouvelle, celles des enfants d'immigrés, des banlieues, des invisibles que la droite et la caste méprisent ostensiblement. Jusqu'où iront-ils ? (première chronique de la lucidité mélancolique que je rédige sur le Courrier) Rochebin : « Saint Denis c’est la ville des rois » Bagayoko : « des noirs la ville des noirs »pic.


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

L'humeur de Veerle Daens : la dynastie des Duhamel, ou quand l'info mainstream est une affaire de famille

L'humeur de Veerle Daens : la dynastie des Duhamel, ou quand l'info mainstream est une affaire de famille

Veerle Daens revient pour nous sur l'entre-soi hallucinant, tellement Ancien Régime, de l'information télévisée française, structurée autour de la famille Duhamel. Mais ! chut ! nous sommes dans une grande démocratie où l'égalité des chances et la méritocratie triomphent... 🇫🇷📺 La dynastie Duhamel est présente sur quasiment tous les plateaux des chaînes d’infos en continu ce soir : - Le fils, Benjamin Duhamel, sur France 2 - Le père, Patrice Duhamel, sur LCI - La mère, Nathalie Saint-Cricq,


CDS

CDS

De Guaino à Zemmour: comment Sarah Knafo s’est imposée dans une droite en crise

De Guaino à Zemmour: comment Sarah Knafo s’est imposée dans une droite en crise

Avant de devenir l’une des architectes de la campagne présidentielle d’Éric Zemmour en 2022, Sarah Knafo avait déjà attiré l’attention d’un poids lourd de la droite française : Henri Guaino. Ce passage peu connu éclaire les réseaux intellectuels et politiques dans lesquels s’est forgée l’une des stratèges de la nouvelle droite française. Jeune diplômée de Sciences Po, Sarah Knafo a vite grimpé les échelons. A seulement 32 ans, elle fait partie des plus grandes figures de l’extrême droite en Fra


Rédaction

Rédaction