Progrès du recyclage : OPA du CAC40 sur les grandes écoles, par Modeste Schwartz

D’après Hegel, Napoléon 1er était censé avoir mis fin à l’histoire (à proprement parler) humaine, en créant, sur les bases posées par la Révolution française, le premier Etat « homogène et universel ». Au service de cet État, il avait notamment prévu de placer une nouvelle élite technocratique formée par les grandes écoles militarisées qu’il venait aussi de créer.

Entre temps, on s’est déjà habitué à entendre parler de la problématique du « pantouflage » : au terme d’une scolarité chère aux frais de l’Etat, les élèves de ces écoles, au mépris de leurs engagements contractuels, partent aussi sec dans le privé. D’autres élèves, persistant à servir le secteur public, en sont (comme le soussigné) expulsés pour des raisons idéologiques. Deux siècles après la fin de l’histoire, et cinq républiques plus tard, ce qui, de cet ambitieux projet, s’est admirablement conservé, c’est le caractère public du financement desdites écoles. Qu’on sache ou pas à quoi elles servent encore, une chose est sûre : elles vivent de nos impôts.
De Waterloo à Vuitton
C’est à propos de la plus prestigieuse de ces écoles que l’Express de ce mardi nous apprend que « le projet d’implantation d’un centre de recherche LVMH à proximité de l’Ecole polytechnique soulève des débats autour de la vocation du prestigieux établissement. » Certains se demandaient peut-être comment l’innovation allait se manifester dans le cadre de ces « partenariats public-privé » tant vantés à Davos par les chantres du « capitalisme des parties prenantes ». Cette nouvelle semble leur apporter un début de réponse : maintenant que le rapport de force entre Chine et Occident s’est inversé dans le domaine des dépôts de brevets, les petits génies de l’X vont pouvoir, pour le plus grand bonheur du touriste chinois, devenir des petits génies du luxe, en concevant des sacs Vuitton absolument révolutionnaires.
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