Le Courrier intègre une nouvelle rédactrice, psychologue de formation, qui nous a proposé (sous pseudonyme compte tenu du risque de réputation si sensible de nos jours) des profilings politiques particulièrement instructifs. Nous commençons ces rendez-vous par l'anatomie psychologique d'Edouard Philippe et des philippistes : quel type de modernisation du pays leurs traits de personnalité nous annoncent-t-ils ?

L'émergence du parti Horizons dans le paysage politique français, fondé en octobre 2021 par Edouard Philippe, marque une tentative de structuration pérenne de ce que les analystes nomment le « bloc central » ou la « droite de gouvernement ». Au-delà des simples dynamiques électorales, l'adhésion à ce mouvement et à la figure de l'ancien Premier ministre répond à des logiques psychologiques profondes que le modèle des Big Five permet d'élucider avec une précision chirurgicale. Cette analyse explore les traits de personnalité dominants des soutiens d'Horizons, leurs attentes systémiques face aux mutations technologiques, et l'alignement caractériel de leur leader avec ces impératifs de modernisation.

Fondements théoriques : le modèle Big Five appliqué à la science politique française
Le modèle des Big Five, également connu sous l'acronyme OCEAN, constitue aujourd'hui le cadre de référence le plus robuste en psychologie de la personnalité pour étudier les comportements politiques. Il décompose l'identité individuelle en cinq dimensions fondamentales : l'Ouverture à l'expérience, la Conscienciosité, l'Extraversion, l'Agréabilité et le Névrosisme (ou stabilité émotionnelle). Dans le contexte français, ces traits ne sont pas seulement des descripteurs passifs ; ils agissent comme des filtres à travers lesquels les citoyens perçoivent les menaces sociétales, les promesses technologiques et la légitimité du leadership.

Cartographie des traits dominants chez les électeurs de centre-droit
L'électorat d'Edouard Philippe et d'Horizons s'inscrit dans une zone de confluence entre la droite libérale-conservatrice et le centre réformateur. Cette position se traduit par un profil psychologique spécifique où deux traits dominent particulièrement : une forte Conscienciosité et une Ouverture à l'expérience modérée à élevée, mais rigoureusement structurée par la rationalité. Ces individus ne votent pas par impulsion ou par ressentiment, mais par une recherche constante d'ordre et de prévisibilité.
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Trait Big
Five |
Manifestation
chez l'électeur Horizons |
Impact sur le
comportement politique |
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Ouverture |
Curiosité
pour l'innovation, pragmatisme technologique, mais méfiance envers les
ruptures sociales radicales. |
Soutien aux
réformes de modernisation (IA, transformation de l'État) tant qu'elles sont
ordonnées. |
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Conscienciosité |
Sens élevé du
devoir, respect des institutions, valorisation du travail et de l'effort
personnel. |
Attente de «
sérieux » budgétaire, rejet du populisme perçu comme désordonné. |
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Extraversion |
Recherche de
consensus social, forte implication dans la vie locale et municipale. |
Préférence
pour une politique de proximité et des leaders à la stature calme et assurée. |
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Agréabilité |
Orientation
prosociale, confiance envers les institutions républicaines et l'état de
droit. |
Rejet de la
polarisation affective et de l'agressivité partisane. |
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Stabilité
(Stabilité Ém.) |
Faible niveau
d'instabilité émotionnelle ou de névrosisme. |
Recherche de
stabilité, peur du chaos social et du déclassement économique. |
Le profil psychologique des soutiens d'Horizons : une quête d'ordre et de prévisibilité
Le trait de Conscienciosité est le pilier central de l'électorat d'Edouard Philippe. Ce trait se caractérise par une capacité à contrôler ses impulsions, à planifier et à poursuivre des objectifs à long terme de manière organisée. Pour les sympathisants d'Horizons, la politique n'est pas un espace d'expression émotionnelle ou de révolte, mais un domaine de gestion rigoureuse. Ils sont ce que les politologues appellent les « électeurs raisonnants », utilisant des heuristiques de compétence plutôt que des affects de colère.

La valorisation de la rigueur institutionnelle et budgétaire
L'électorat de Philippe manifeste une horreur psychologique du désordre et de l'instabilité. Cela explique son attachement viscéral aux figures ayant exercé des responsabilités d'État significatives (Premier ministre, maires de grandes métropoles). La Conscienciosité élevée corrèle historiquement avec un respect de l'autorité légitime et des normes sociales établies. Ces électeurs perçoivent la dette publique (qui angoisse plus de 8 Français sur 10), le déficit budgétaire et le « décrochage » économique de la France comme des manquements graves à la gestion de la nation. Ils attendent une politique qui « voit loin pour faire bien », un slogan qui résonne directement avec le besoin de planification inhérent aux personnalités hautement consciencieuses.




