Pourquoi est-il impossible de créer un tribunal pour l’Ukraine ? par Politika

Pourquoi est-il impossible de créer un tribunal pour l’Ukraine ? par Politika


Partager cet article

Le député du « Parti libéral-démocrate » de Russie et président de la commission des affaires internationales de la Douma, Leonid Slutsky, a qualifié l'idée de créer un tribunal international pour l'Ukraine comme une démarche politique de l'Occident pour diaboliser la Russie. Il réagissait ainsi à l’annonce de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et du ministère français des Affaires étrangères, de l’ouverture des travaux portant sur la création d'un tribunal, dont le but serait de juger les dirigeants russes pour « agression criminelle ».

Cet article publié en russe par Politika-ru n’engage pas la ligne éditoriale du Courrier.

« Ces déclarations du représentant du ministère français des Affaires étrangères sur le démarrage des travaux pour la création d’un tribunal international pour l’Ukraine se situent davantage sur le plan politique. Il n’y a pas encore de base légale pour créer un tel tribunal », a déclaré Leonid Slutsky,

De telles menaces de créer un tribunal international contre la Russie fusent depuis plus d’un mois de la part de responsables politiques européens, dont notamment Ursula von der Leyen. Pour le député Slutsky, il n’est possible de mettre en œuvre une telle initiative qu’en bafouant le droit international : « Tous les discours sur une sorte de justice dans cette affaire ne sont rien d’autre que la manifestation de la volonté politique de l’Occident de diaboliser davantage la Russie et de justifier sa propre politique de deux poids deux mesures ».

Une initiative qui ne rencontrera pas le soutien à l’ONU

Si un tribunal international doit être convoqué, alors les criminels de guerre ukrainiens et leurs patrons de Washington devront être également sur le banc. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont bombardé les territoires de plus de vingt États souverains, interférant avec leur gouvernance et leur souveraineté. C’est cela qu’il faut condamner. Et il y avait bien moins de raisons pour justifier ces agressions que celles qui s’appliquent au conflit en Ukraine.

Il est à noter que dans sa déclaration, la présidente de la Commission européenne a assuré au public occidental que l’idée de créer un tribunal contre la Russie trouverait un prétendu soutien à l’ONU. Ce n’est pas l’avis de l’ancien secrétaire général adjoint de l’ONU, Sergei Ordzhonikidze. Ce dernier est certain qu’il n’y aura pas d’adhésion internationale à cette initiative des responsables européens : « Les pays occidentaux peuvent créer n’importe quoi, même une prison. Tout organisme mis en place par eux sera une sorte de cabale ou de club d’intérêts. Du point de vue du droit international, un tel tribunal serait totalement illégitime ».

Comme l’a expliqué le diplomate, pour créer un organe judiciaire international, il est nécessaire de respecter strictement les procédures de l’ONU. Or, un tribunal ne peut être établi que sur la base d’une décision de l’ONU. C’est dans le respect de ces règles juridiques que les tribunaux pour le Rwanda et la Yougoslavie ont été créés.

Soit dit en passant, dans les deux cas, la Russie a voté pour. Aujourd’hui, la situation est radicalement différente : la Russie ne votera pas contre elle-même. De même, la décision de l’exclure de l’ONU ne pourra pas être mise en œuvre. Le mécanisme d’autodéfense de chaque pays membre est inscrit à la base même de l’organisation.

Une idée qui n’est pas applicable en l’état de la Charte de l’ONU

Tout ceci est très sagement énoncé dans la Charte des Nations Unies. Pour exclure un État de l’organisation, il est nécessaire d’adopter des modifications à la Charte. Pour ce faire, la résolution de l’Assemblée générale doit être d’abord adoptée à la majorité qualifiée – les deux tiers des voix des pays membres. Ensuite, une conférence doit être convoquée, qui prend la décision appropriée de modifier la charte, également par les deux tiers des voix. Enfin, cette décision doit être ratifiée par tous les États membres de l’ONU. « Cette procédure était vraiment une sage décision de dirigeants avisés. Il s’agit d’un mécanisme de défense » explique Sergey Ordzhonikidze.

L’idée de l’Occident de juger la Russie pour agression criminelle peut difficilement être considérée comme valable non plus : c’est précisément ce « corpus delicti » que les idéologues de la création du tribunal tentent d’imputer à notre pays. Comme l’expliquent des experts en droit international, après la Seconde Guerre mondiale, les dirigeants de l’Allemagne fasciste, des membres du gouvernement du dictateur roumain Antonescu, et du commandement militaire du Japon, ont été accusés d’agression criminelle. Après les procès de Nuremberg, il n’y a pas eu de procès sur une telle accusation dans l’histoire. Les tribunaux pour le Rwanda et la Yougoslavie ont travaillé sur d’autres infractions : génocide et crimes de guerre spécifiques. Du fait de la création de l’ONU, il n’est pas si facile d’accuser un État d’agression.

« Le fait de l’existence d’une agression, selon la Charte des Nations Unies, doit être déterminé par le Conseil de sécurité de l’organisation et inscrit dans une déclaration adoptée par tous les membres. La Russie est membre permanent du Conseil de sécurité, et elle ne signera pas de déclaration contre elle-même. Ainsi, les déclarations sur une soi-disant agression sont des accusations politiques, rien de plus. L’Occident part du fait que le centre de décision international se situe à Bruxelles ou à Washington. C’est l’inertie de la pensée centrée sur l’Occident. Cependant, cela ne correspond pas aux réalités d’aujourd’hui », a conclu Sergey Ordzhonikidze.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Audit numérique des touristes : Trump est-il ou non déjà entré dans la dérive totalitaire? par Thibault de Varenne

Audit numérique des touristes : Trump est-il ou non déjà entré dans la dérive totalitaire? par Thibault de Varenne

Il fut un temps où traverser l'Atlantique exigeait un passeport, un billet d'avion et, peut-être, une dose de patience à la douane de JFK. Ce temps est révolu. En cette fin d'année 2025, l'Amérique de Donald Trump ne demande plus seulement de voir vos papiers ; elle exige de voir votre âme numérique. La transformation du rapport de force entre l'État américain et le visiteur étranger vient de franchir un Rubicon que beaucoup croyaient infranchissable dans une démocratie libérale. Mais sommes-nou


Rédaction

Rédaction

Le gouvernement obéit-il à la FNSEA lorsqu'il ordonne l'abattage des troupeaux en Ariège ?  par Elise Rochefort

Le gouvernement obéit-il à la FNSEA lorsqu'il ordonne l'abattage des troupeaux en Ariège ? par Elise Rochefort

C’est la question qui brûle les lèvres dans les campagnes, alors que les gaz lacrymogènes se dissipent à peine en Ariège et dans le Doubs. Pour y répondre, il faut dépasser la simple caricature d'un ministère aux ordres pour plonger dans les mécanismes de la "cogestion" à la française, une machine bien huilée qui semble aujourd'hui se gripper face à la réalité biologique de la Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC). Une communauté de destin économique À première vue, la réponse est oui, ou du


Rédaction

Rédaction

Une étude Stanford confirme : les injections ARNm déclenchent bien des myocardites

Une étude Stanford confirme : les injections ARNm déclenchent bien des myocardites

Les cas de myocardite post-vaccination ARNm ne sont plus un secret. Des chercheurs de Stanford ont décrypté le mécanisme biologique derrière cette inflammation cardiaque, confirmant ce que les données suédoises, norvégiennes et autres suggéraient déjà. Malheureusement, ces effets secondaires n’ont eu aucune incidence sur la suite de la campagne de vaccination. Les autorités sanitaires ont continué de naviguer entre minimisation des risques et poursuite d'une campagne massive, interrogeant la lib


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Ce choc de souveraineté qu'il aurait fallu pour éviter la faillite de Brandt

Ce choc de souveraineté qu'il aurait fallu pour éviter la faillite de Brandt

C’est une petite musique que les Français connaissent par cœur, une symphonie du déclin jouée ad nauseam par une caste dirigeante qui a depuis longtemps renoncé à gouverner. Ce jeudi 11 décembre 2025, le tribunal de Nanterre a prononcé la liquidation de Brandt. Fin de l’histoire. Les 700 salariés d'Orléans et de Vendôme vont rentrer chez eux, "traumatisés" selon la terminologie mielleuse des élus locaux, pendant que les machines s'arrêteront définitivement de tourner. Mais ne nous y trompons


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe