Pour les mondialistes, la nation c’est mal, sauf quand c’est l’Ukraine! – Par Jean Goychman

Pour les mondialistes, la nation c’est mal, sauf quand c’est l’Ukraine! – Par Jean Goychman


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Jean Goychman souligne le paradoxe d'un Occident post-national qui redécouvre, avec l'Ukraine, les vertus de la nation et des frontières.

Voici plusieurs décennies qu’on veut à tout prix nous imposer une Europe fédérale, supra-nationale même, et toutes les raisons étaient bonnes pour nous démontrer que les nations, c’était ringard, c’était la guerre, c’était (insulte suprême) populiste. L’avenir était dans de vastes ensembles sans frontières, de grands espaces de liberté dans lesquels des gens de nulle-part et de partout à la fois pourraient se côtoyer, mélanger leur culture, leur traditions et leurs religions et que dans ces creusets, où les nations se fondraient, de Gaulle dixit, « comme les marrons dans la purée » et où un avenir radieux les attendrait.

 

Et si les choses traînent, accélérons-les

Les peuples étant plus résistants que prévu, résilients comme on dit aujourd’hui à-propos de tout et de rien, ils fallait néanmoins les faire monter dans le train du nirvana fédéral. Pour cela, il fallait avant tout communiquer.

Ce maître-mot étant lâché, ce fut un festival d’images d’Épinal. C’était « l’Europe des bonds de cabri » mise à toutes les sauces. Au fil du temps et des communicants, ne pas être partisan d’une Europe fédérale vous rendait « anti-européen » donc infréquentable, paria de la société. Seules les actions qui concourraient à ce dessein avaient le droit d’exister, et tout ce qui, de près ou de loin, pouvait s’y opposer, voire simplement le retarder, était impitoyablement éliminé des ordres du jour des instances européennes.

 

Un exemple parmi d’autres : la monnaie unique

Le Traité de Maastricht ayant été adopté, certes d’une courte majorité, mais adopté quand même à l’automne 1992, il fallait le mettre en application « à marches forcées » Et tant pis si un certain nombre de doutes subsistaient. Nombreux sont ceux qui, emportés par un bel enthousiasme, comparaient cela à la pratique du vélo, dans lequel l’équilibre se trouve dans le mouvement.

Pourtant, ces doutes étaient fondés et avaient été dénoncés par Robert Mundell, dans son essai sur les zones monétaires optimales. Mais les bénéfices escomptés les ont vite relégués dans l’oubli.

Le soubassement intellectuel était le libéralisme supranational arrangé à la sauce d’un capital financiarisé qui verrait dans cette monnaie unique le terrain idéal pour se développer sans contrainte. Quoi de plus vagabond qu’un capital non tenu par des frontières ?

 

Une étape importante de la mondialisation

Ainsi ouverte à tous les vents du libre-échange, d’un périmètre non figé et dénuée de toute frontière interne, l’Europe fédérale future allait fournir l’appartement-témoin idéal pour ce « nouvel ordre mondial » qui serait avant tout économique et financier. Dans cette optique, les frontières représentaient essentiellement des barrières qui pouvaient devenir des barrages et surtout, mot honni entre tous, des barrières douanières. Il faut rappeler la querelle qui éclata aux États-Unis, lors de la création de la FED avec son mode de fonctionnement d’argent-dette.  Celle-ci provenait de la nécessité d’adosser à une garantie les prêts consentis par la FED au trésor public américain. Les Etats du Sud, relativement pauvres et sous-industrialisés, étaient partisans de lever l’impôt sur le revenu alors que ceux du Nord, plus industrialisés, préféraient le recours aux droits de douane, beaucoup plus protecteurs à leurs yeux. Sans surprise, c’est l’impôt fédéral sur les revenus qui l’emporta.

 

La volte-face en Ukraine

La guerre en Ukraine a bouleversé ces visions et remis le concept de nation au centre de la politique internationale. On cite sur tous les médias occidentaux mainstream la nation ukrainienne et son peuple comme un exemple de courage, voire d’héroïsme, face à une agression d’un pays tiers. D’un seul coup le principe d’inviolabilité des frontières retrouve son intangibilité et son universalisme, tandis que le concept de nation et celui de la souveraineté qui l’accompagne se remettent à briller de mille feux. Mais qu’est-ce que cette idéologie à géométrie variable ? 

Les nations ne seraient-elles irremplaçables que si et seulement si la Russie les attaque ?

Alors pourquoi les avoir dénigré avant de les faire disparaître dans un ensemble plus vaste en ventant les bienfaits de l’économie d’échelle et de l’importance du marché ainsi offert ?

La nation est obsolète et trop petite pour répondre au monde moderne et doit abandonner sa souveraineté au profit de celle d’un Etat fédéral qui n’existera probablement jamais;  mais cette même nation  redevient inégalable lorsqu’elle lutte contre des pays qui refusent l’hégémonie de l’Etat profond américain.

 

Simple incohérence ou présage de défaite ?

C’est toute la question. L’Occident, ou plutôt les « so fews » qui le dirigent, sont-ils conscients, qu’en poussant Poutine – qui avait largement anticipé les événements –  à attaquer l’Ukraine,  –  ils allaient vers de probables déconvenues et que, bien au-delà des opérations militaires sur lesquelles se focalisent les médias « mondialistes », c’est toute la stratégie destinée à retirer au dollar son monopole de monnaie de réserve internationale qui allait se mettre en place? 

Dès lors, la donne a changé et, au diable les vieux principes et les anciennes vérités, il faut maintenant parer au plus pressé et, pour cela, ne plus insulter les nations encore indécises dont l’Occident risque d’avoir besoin pour le soutenir. Mieux vaut tard que jamais et, après tout, un soutien populiste, c’est quand même un soutien. Mais c’est probablement déjà trop tard.


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