L'essentiel : En février 2026, la Commission de surveillance de la Chambre des représentants a convoqué Bill et Hillary Clinton pour des dépositions historiques. Bien que centrées sur l'affaire Jeffrey Epstein, ces auditions ont marqué l'entrée officielle du « Pizzagate » dans les registres du Congrès, dix ans après l'émergence de cette théorie du complot sur internet.

Pourquoi c'est important
Ce qui a débuté comme une interprétation paranoïaque de courriels piratés en 2016 est devenu, en 2026, un levier politique capable d'orienter des enquêtes parlementaires. Cette évolution illustre la persistance des récits fantasmagoriques et leur capacité à s'hybrider avec des affaires criminelles réelles pour regagner en légitimité.

Le contexte : la genèse d'un mythe (2016)
Le Pizzagate repose sur une théorie sans base factuelle sérieuse affirmant que des élites démocrates dirigeaient un réseau pédocriminel depuis une pizzeria de Washington, le Comet Ping Pong.
- L'origine : Le piratage des courriels de John Podesta (directeur de campagne d'Hillary Clinton) par WikiLeaks en novembre 2016.
- La mécanique : Des utilisateurs de 4chan et Reddit ont prétendu que des termes culinaires comme « cheese pizza » étaient des codes secrets.
- Le passage à l'acte : En décembre 2016, Edgar Maddison Welch a fait irruption dans le restaurant armé d'un fusil d'assaut pour « enquêter » ; il n'y a trouvé aucun sous-sol ni aucune preuve, mais la rumeur a survécu.
Le tournant de 2026 : le catalyseur Epstein
La publication massive de documents liés à Jeffrey Epstein en 2026, suite à l'« Epstein Files Transparency Act », a relancé la machine fantasmagorique.

- La paréidolie numérique : Des internautes ont relevé plus de 900 mentions du mot « pizza » dans les 3 millions de pages de documents déclassifiés.
- L'amalgame : Bien que ces mentions concernent des repas banals, leur présence dans les dossiers d'un criminel sexuel avéré (Epstein) a été utilisée par les partisans de la théorie pour « valider » rétroactivement les allégations de 2016.

Les auditions : les Clinton sous serment
Face à la pression de leur base électorale, des membres de la Chambre ont contraint les Clinton à témoigner.

Hillary Clinton (26 février 2026) :
- La confrontation : Interrogée par Lauren Boebert (R-CO) sur les références au Pizzagate dans les dossiers Epstein, elle a fustigé une théorie « vile » et « totalement inventée ».
- La défense : Elle a accusé la commission de mener un « théâtre politique » pour détourner l'attention des liens de Donald Trump avec Epstein.
Bill Clinton (27 février 2026) :
- Les faits : Il a dû justifier 26 voyages à bord du jet d'Epstein entre 2002 et 2003, tout en niant fermement avoir visité son île privée ou avoir eu connaissance de ses crimes.
- Le regret : Il a affirmé avoir été « trompé » par Epstein, dont il pensait que l'intérêt pour le travail humanitaire était sincère.
En chiffres
- 3 millions : Nombre de pages de documents Epstein publiés par le ministère de la Justice en 2026.
- 900+ : Mentions du mot « pizza » trouvées par les internautes dans ces dossiers.
- 26 : Nombre de vols effectués par Bill Clinton sur le jet d'Epstein.
- 0 : Preuve matérielle trouvée liant la pizzeria Comet Ping Pong à un quelconque réseau criminel depuis 2016.
Et maintenant
L'assignation à comparaître de l'Attorney General Pam Bondi en mars 2026 suggère que la bataille pour la transparence des dossiers Epstein n'est pas terminée. Tant que des zones d'ombre subsisteront dans l'affaire Epstein, le Pizzagate continuera de muter, porté par des algorithmes (TikTok, X) qui récompensent l'indignation plutôt que la vérification des faits.




