Picot: « Les élus de la République doivent dès maintenant prendre leur part d’effort dans la crise »


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Les élus (et notamment les élus locaux) doivent-ils activement participer à l’effort national qui devra suivre la crise du coronavirus et du confinement ? Didier Picot les exhorte pour nous à prendre leur part d’effort et de solidarité nationale, notamment en demandant aux fonctionnaires et aux administrations les mêmes efforts que le secteur privé.

par Didier Picot

Didier Picot est élu local au pays basque et chef d'entreprise

Dans son discours du 13 Avril 2020, le Président Emmanuel Macron a exhorté chacun de nous à « sortir des sentiers battus, des idéologies, (à) nous réinventer. » Lui, le premier, a-t-il ajouté.

Les 80% de Français non fonctionnaires ont clairement compris le message, nous ne l’avions d’ailleurs pas attendu. Au delà des aspects sanitaires, nous savons par expérience que l’impact économique sur nos vies va être considérable. Nous craignons, à juste titre, de perdre nos emplois, nos entreprises, nos logements, nos comptes en banque ou tout ça à la fois. L’agression économique va être rude, voire violente.

Les planqués de la remise en cause

Si j’en juge par ce que je vois et entends autour de moi et dans les médias nationaux, une partie de la population pense qu’elle n’aura pas besoin de se remettre en cause : je veux parler des élus nationaux et locaux et des hauts fonctionnaires.

Ils peuvent en effet se penser en sécurité. Leurs revenus sont prélevés à la source sur les impôts des Français. Quand ils veulent plus de ressources, le Parlement, la Région, le Département, l’Agglo ou la commune (et j’en passe) augmente les impôts. En cas de problème, ils font donner l’appareil contraignant de l’Etat (voir les « gilets jaunes »). Le système est remarquablement structuré, les lignes de défenses idéologiques, législatives,  médiatiques, syndicales, policières et moralisantes sont nombreuses et bien organisées. Mieux, soulever la question de leurs privilèges est carrément tabou.

Or, comme l’écrivit Paul Valéry dans l’avant-propos à ses Essais Quasi Politiques : « La sécurité emporte avec soi une sorte d’inertie. »

Je mesure pleinement, en vous le disant, l'effort que je vous demande. Durant les 4 semaines à venir, les règles prévues par le gouvernement devront continuer d'être respectées. Elles sont en train de montrer leur efficacité et ne doivent être ni renforcées ni allégées, mais pleinement appliquées. Je demande à tous nos élus, dont je sais l'importance dans cette période, je demande à tous nos élus, comme la République le prévoit en cette matière, d'aider à ce que ces règles soient les mêmes partout sur notre sol. Des couvre-feux ont été décidés là où c'était utile mais il ne faut pas rajouter des interdits dans la journée.   

Emmanuel Macron, 13 avril 2020

Une crise pas comme les autres

La baisse du Produit Intérieur Brut (PIB), mesure de la richesse produite par le pays, que nous allons connaître en 2020 devrait être entre deux et quatre fois plus forte que celle de la crise de 2008-2009, pourtant dévastatrice. Aujourd’hui 17,3 millions de personnes en France sont au chômage partiel ou au chômage tout court sur une population active de 30 millions, dont près de 6 millions de fonctionnaires. Calculez : 71% de la population non-fonctionnaire est impactée par le chômage. 71% vs 0% pour les fonctionnaires !

Les ressources de l’Etat ? Les impôts des Français et les emprunts garantis par leurs biens

L’Etat s’est engagé indemniser tous ces chômeurs, aider les entreprises, reporter les impôts, etc., bref « protéger les Français ». Mais quelles sont les ressources de l’Etat ? Les impôts des Français et les emprunts sur les marchés, garantis par les avoirs des Français. Garantis, ça veut dire que si l’Etat ne peut pas rembourser, ce sont les avoirs des Français qui seront saisis (à commencer par les comptes assurance-vie, c’est prévu par la loi Sapin II de 2015).

Par construction, ce sont donc les Français qui vont payer les conséquences financières de cette crise et du confinement qui ravagera leurs vies. S’ils sont sans revenus, comment lever l’impôt ? Le produit de l’impôt va baisser, les dépenses vont augmenter : le secteur public peut-il continuer à peser sur les Français sans se remettre en question ? Ne doit-il pas, lui aussi, s’interroger sur les manières de réduire ses coûts de fonctionnement sans réduire les prestations à la population ? Je n’ai pas entendu un seul dirigeant politique national, régional ou local le proposer ni même l’évoquer.

Est-il éthique que les élus et les fonctionnaires ne prennent pas leur part du fardeau ? Est-il raisonnable de penser que les Français ne leur demanderont pas des comptes ? Je n’en suis pas sûr.

Voilà, ce soir je partage avec vous ce que nous savons et ce que nous ne savons pas. Nous finirons par l'emporter mais nous aurons plusieurs mois à vivre avec le virus. Avec humilité, il nous faut aujourd’hui décider et agir en tenant compte des incertitudes avec lucidité, oui, parce que regardez l'Asie, où le virus semblait avoir été vaincu et il revient dans de nombreux pays qui, à nouveau, décident de refermer leurs économies. Il nous faut donc procéder avec calme et courage. Mais ce que je sais, ce que je sais à ce moment, mes chers compatriotes, c'est que notre Nation se tient debout, solidaire, dans un but commun.    

Emmanuel Macron

La responsabilité des élus : un fardeau partagé entre tous

Le message est évidemment difficile à faire passer, mais il est de notre responsabilité, nous élus, de faire évoluer les mentalités de nos fonctionnaires, d’acter le fait qu’ils ne sont exonérés de leur part du fardeau que cette crise va mettre sur les épaules des Français.

Notre Etat est obèse, notre organisation territoriale redondante : la cruelle réalité est que nous avons environ deux millions de fonctionnaires en trop. Ceci explique à la fois nos déficits chroniques et la misérable performance de notre administration. Voici le moment de changer tout ça.

Ici au Pays Basque, nous avons trois niveaux d’administration:

  • l’Agglomération Pays Basque qui, par application de la Loi NOTRe, regroupe les 158 communes du Pays Basque, record de France,
  • les anciennes intercommunalités, politiquement abolies mais dont tous les employés sont restés en poste et
  • les administrations communales.

Or, ici comme ailleurs, aucune démarche n’a été entreprise pour penser la gestion du Pays Basque comme un tout et en déduire une nouvelle organisation plus efficace et moins couteuse pour ses habitants. L’objectif doit être de réduire le coût de notre administration, pas ses prestations, de 30%. Ce qui est vrai pour le Pays Basque l’est évidemment pour la région Nouvelle-Aquitaine et la France : objectif -30% sur les coûts de fonctionnement, sans dégradation des prestations.

Diminuer la dépense publique, notre devoir d’élus

Il est de notre devoir, nous élus, de mettre le secteur public à l’unisson du pays. Nous devons prendre nos responsabilités et demander aux fonctionnaires au dessus d’un certain niveau de salaire de consentir une baisse de leur traitement, comme de nombreux patrons dans le privé. Nous devons leur demander de proposer une nouvelle organisation et de nouvelles règles de travail qui permettront de réduire leur nombre et d’alléger le fardeau des citoyens.

Pour commencer, nous élus nationaux, régionaux, départementaux, intercommunaux et municipaux devons donner l’exemple et réduire de 30% nos indemnités pendant le temps de cette crise, au moins. Parce qu’un dirigeant qui ne donne pas l’exemple ne mérite pas le respect.


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