La vidéo publiée récemment avec notre directeur de rédaction a suscité des réactions intéressantes, parfois encourageantes, parfois révélatrices d’un profond malentendu, et parfois simplement agressives. C’est normal. Toute rupture technologique sérieuse provoque ce type de réactions : enthousiasme confus, rejet pavlovien, nostalgie déguisée en lucidité, ou colère sans objet.

Mais derrière ces commentaires se dessine un problème plus grave : beaucoup parlent de l’intelligence artificielle sans savoir de quoi ils parlent. Non par bêtise, mais parce que le sujet est nouveau, mal expliqué, et trop souvent traité sur le mode du fantasme — utopique ou apocalyptique.
Il est donc utile de faire trois choses.
D’abord répondre calmement à certaines réactions.
Ensuite expliquer l’IA “pour les nuls”, sans jargon ni bullshit.
Enfin montrer, par un exemple concret, ce que l’IA permet déjà de faire à coût dérisoire — aujourd’hui, en France, dans la vraie vie.
Répondre aux réactions : ce qu’elles disent vraiment
Commençons par le commentaire le plus intelligent, même s’il est critique. Celui qui affirme que les profits directs de l’IA seraient nuls, et le resteront. Cette affirmation est à la fois vraie et complètement à côté du sujet.
L’IA, comme l’électricité au début du XXe siècle ou l’informatique dans les années 1970, ne crée pas d’abord des profits visibles, elle réorganise les coûts, la productivité, et la structure du travail. Les profits viennent plus tard, chez ceux qui ont su transformer leurs organisations pendant que d’autres discutaient. Il est exact que certains de mes clients peinent à l’adoption ou sont encore peu efficaces. Mais pas tous et pas longtemps.
Dire “l’IA ne rapporte rien” en 2025, c’est exactement comme dire en 1995 que l’Internet ne rapporte rien parce que les sites web ne gagnent pas d’argent. Ceux qui ont raisonné ainsi ont disparu. Les autres ont bâti Amazon, Google, ou des milliers de PME extrêmement rentables.
D’autres commentaires vont plus loin dans le rejet : la France serait déjà un pays du tiers monde, inutile d’ajouter l’IA. Là encore, on confond diagnostic et fatalisme. Oui, la France décroche. Mais c’est précisément pour cette raison que refuser une rupture technologique majeure est suicidaire. Quand on est en retard, on ne peut pas se permettre de rater le train suivant.
Il y a aussi la critique morale et culturelle : l’IA rendrait stupide, déshumaniserait les relations, viderait les têtes. Cet argument n’est pas nouveau. Il a été formulé contre l’imprimerie, contre l’école obligatoire, contre la radio, contre la télévision, contre Internet. Il contient toujours une part de vérité — un outil mal utilisé abrutit — mais il oublie l’essentiel : ce n’est pas l’outil qui pense à notre place, c’est l’usage que nous en faisons.

