par Michel Keyah: La dette, nouvelle route de la servitude
Friedrich Hayek (1899-1992)

par Michel Keyah: La dette, nouvelle route de la servitude


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L'augmentation permanente de la dette est le plus sûr moyen de détruire la démocratie. Depuis des années, des liquidités toujours plus abondantes sont déversées sur les économies occidentales. Elles ne font qu'engendrer (1) l'irresponsabilité de la finance et de l'économie (2) la peur au sein des milieux dirigeants, (3) l'extension permanente de l'intervention de l'Etat au détriment de la création d'emplois et de la croissance. 2022 sera-t-elle l'occasion de sortir de cette nouvelle route de la servitude?

Un monde abreuvé de liquidités engendre l’irresponsabilité et la peur

Les malheurs du monde proviennent toujours d’une crise intellectuelle. Le monde économique et financier ne fait pas exception. L’argent est un objet politique. Tout ce qui touche à l’argent est par nature une histoire de morale. La finance, derrière ses modèles mathématiques et ses équations, décrit en réalité l’ensemble des valeurs qui régissent les échanges entre les hommes. La surabondance de monnaie, entendu comme l’excès de dette allié aux politiques monétaires devenues structurelles (on ne sait plus faire sans), construit de fait une nouvelle morale. Qu’il soit permis ici de s’interroger sur les conséquences politiques de cette surabondance de monnaie et singulièrement, en France. Il serait illusoire en effet de méconnaître les mécanismes politiques mobilisés autour de la question de la dette et de la monnaie.

Dans un monde abreuvé de liquidités, les valeurs implicitement promues sont l’irresponsabilité et la peur, ce qui ne fait que renforcer la pente dangereuse vers des sociétés liberticides et figées.

Irresponsabilité de la finance contemporaine

Le monde financier repose aujourd’hui sur une responsabilité et une lucidité altérées par l’abondance de liquidités. Comme l’ont démontré les travaux de Modigliani et Miller, la valeur d’un actif dépend de sa capacité à générer des excédents de trésorerie par rapport au coût de ses ressources. La valeur d’un actif dépend ainsi de sa rentabilité relative attendue, qui elle repose sur la notion de risque. L’investisseur qui achète un actif, prend un certain risque. Ce dernier doit être rémunéré car sa matérialisation entraine à l’inverse une perte pour l’investisseur. La rémunération est l’acceptation par l’investisseur du risque et de son corollaire, la perte éventuelle. Le risque implique ainsi la responsabilité. C’est parce que l’investisseur est conscient du risque qu’il prend, en un mot qu’il est responsable, qu’une contrepartie accepte d’échanger avec lui et réciproquement. Or, en baissant artificiellement le coût du capital, la surabondance de monnaie éloigne l’investisseur de sa responsabilité. La rentabilité attendue par les apporteurs de capitaux devient plus déterminée par des facteurs exogènes, que par le risque propre qu’ils prennent. La création de valeur étant un gain relatif par rapport au coût du capital, si ce dernier est biaisé, la création de valeur l’est tout autant. Ce ne sont plus les performances propres des investisseurs qui déterminent leurs richesses.

L’étincelle de la peur

Le corollaire de cette irresponsabilité est la peur. La peur imprègne aujourd’hui tous les marchés et derrière eux, la société toute entière. La peur n’a pas disparu, comme pourrait le laisser supposer l’évolution des indices boursiers ou le VIX revenu à un niveau relativement bas. Elle est au contraire partout, dans l’épargne des ménages en premier lieu mais plus encore, chez ceux qui ont la clé du coffre. Or cette peur-là est le ressort le plus puissant de l’histoire de l’humanité. C’est elle, par exemple, qui a été l’étincelle de la Révolution française, comme le montre Emmanuel de Waresquiel. C’est la peur de la banqueroute qui a fait bouger les bourgeois de 1789, les premiers détenteurs de titres de dette de la monarchie, pas la liberté ni l’égalité, concepts déjà largement partagés dans toutes les couches de la société française. Là où le bât blesse aujourd’hui, c’est que ce sont leurs descendants qui sont responsables de la débâcle économique et financière du pays. Pour éteindre la jacquerie des Gilets Jaunes, ils ont fait remettre un chèque de quarante milliards dans la machine, avec le « quoi qu’il en coûte » comme suite logique. Maintenant, les exhortations à la nationalisation rampante des entreprises pour « assurer la solvabilité des banques », n’exprime pas autre chose que leur propre terreur devant le Léviathan qu’ils ont créé.

Comment la France a baissé le coût du capital sans accroître sa productivité

Se dégage ainsi un totalitarisme mou, érigé en système politique et moral au mépris des fondements de la raison financière. L’irresponsabilité et l’aversion au risque se traduisent par une fuite en avant liberticide, la liberté étant toujours le prix à payer par les âmes faibles pour plus de sécurité. A cet égard, souvenons-nous de l’avertissement de Friedrich Hayek, pour qui toute manipulation de la monnaie n’est que le résultat de la « tendance inhérente d’un gouvernement illimité à croître indéfiniment ». Sa pente naturelle l’incitera toujours à mordre sur les libertés et ce d’autant plus facilement que l’arme de la monnaie lui permet de masquer sa médiocrité. La situation de la France est ici singulière. En ayant laissé filer ses dépenses publiques, uniquement financées par la dette, la France a baissé son coût du capital sans pour autant accroître sa capacité productive. Autrement dit, plus le pays est mal géré, plus ceux qui vivent de la garantie soi-disant illimitée de l’Etat et de la banque centrale s’enrichissent. Cette mécanique imparable n’a eu pour effet que d’accroître le périmètre de l’Etat, au point d’asphyxier toute vie hors de son champ.

2022 : faire le choix de la Liberté

Il n’y a pas de secret. Toute dette sans création de richesse devra être consolidée. La question se résume à ceux qui devront décider du quand et du comment. Pour paraphraser Mirabeau, la dette, c’est le pouvoir. Que les électeurs de 2022 ne se trompent pas. Ce sont eux qui la rembourseront, sous une forme ou sous une autre. Alors, qu’ils n’accordent leur suffrage qu’à ceux qui leur garantiront la Liberté. Elle doit être le seul déterminant des choix à faire demain. Les considérations sur l’Europe, le progrès, les goûts et les couleurs de chacun, le prix du m² ne sont que des diversions et des divisions artificielles et stériles. La dette appartient aux français. Pourvu qu’ils choisissent la Liberté !


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