Les bulldozers qui s'activent aujourd'hui sur les collines de Ganim et Kadim, au nord de la Cisjordanie, ne remuent pas seulement la terre biblique de Judée-Samarie. Par une tectonique des plaques idéologiques dont l’Histoire a le secret, chaque coup de pioche donné pour agrandir le "Grand Israël" creuse un peu plus la tombe du consensus libéral en Amérique. Benjamin Netanyahou, dans sa tour d'ivoire de Jérusalem, pense sécuriser l'avenir de son peuple par l'annexion de 19 nouvelles colonies. Il ne voit pas qu'à dix mille kilomètres de là, dans les sous-sols éclairés au néon de l'Amérique périphérique, il est en train d'armer intellectuellement les pires ennemis des Juifs depuis 1945.

Nous assistons, en cette fin d'année 2025, à un phénomène de vases communicants terrifiant. D'un côté, un État d'Israël qui assume désormais sans fard son caractère ethno-nationaliste, rejetant la solution à deux États et la démocratie libérale au profit d'une suprématie ethnique et religieuse sur la terre. De l'autre, une jeunesse dissidente américaine, menée par le talentueux et toxique Nick Fuentes, qui regarde ce spectacle non avec horreur, mais avec une fascination jalouse.

Le théologien de la haine et le piège du "sionisme blanc"
Pour comprendre la mécanique de ce désastre, il faut d'abord écouter Nick Fuentes. Il ne faut pas le caricaturer en néo-nazi de carnaval ; c'est un idéologue structuré qui a compris les failles du système. Sa pensée s'articule autour d'une distinction fondamentale et mortelle : pour lui, le judaïsme n'est pas une religion sœur du christianisme, mais une identité concurrente et hostile.
Là où les conservateurs à la Reagan célébraient les valeurs "judéo-chrétiennes", Fuentes sort le scalpel. "Les Juifs sont un peuple sans État, inassimilable, qui résiste à l'assimilation depuis des milliers d'années", expliquait-il récemment à un Tucker Carlson complaisant. Pour lui, le "néoconservatisme" n'est pas une école de pensée politique, mais un véhicule ethnique juif destiné à détourner la puissance américaine au profit d'Israël.
