Nancy Pelosi, Taïwan et le suicide de la classe dirigeante américaine – par Edouard Husson

Nancy Pelosi, Taïwan et le suicide de la classe dirigeante américaine – par Edouard Husson


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Nancy Pelosi tient les médias en haleine sur la question de savoir si son voyage en Asie Pacifique comportera une escale à Taïwan. Mais qu'on ne s'y trompe pas, le petit jeu de la présidente de la Chambre des Représentants octogénaire n' rien à voir avec la défense de la liberté. Il s'agit d'une gesticulation de politique intérieure au moment où le gouvernement Biden est au plus bas dans les sondages, à quelques mois des élections de mi-mandat. Une mise en scène dangereuse car elle fait monter les tensions avec la Chine. En fait, les Etats-Unis essaient de donner le change à un moment où la très incompétente équipe Biden essuie des revers géopolitiques majeurs.

Si vous voulez savoir qui est Nancy Pelosi, une bonne introduction est la vidéo, virale sur You Tube, qui la montre, en plein confinement anti-COVID, en avril 2020, fière de montrer son congélateur plein de glaces au chocolat. C’était le moment où des millions d’Américains se retrouvaient au chômage du fait de l’arrêt de l’activité, en pleine pandémie. Mais « Nancy Antoinette », comme l’appelle un You Tuber, avait l’air de dire : « Eh bien, qu’ils mangent de la glace au chocolat! ».

Madame Pelosi, née en 1940, est très représentative de la dérive oligarchique des représentants politiques américains. Tapez Paul Pelosi sur Google: les deux informations qui apparaissent immédiatement pour le mari de la femme politique sont: condamnation pour conduite (et accident), au volant de sa Porsche, après consommation d’alcool; et transactions boursières dans le secteur de la Tech avant un vote, acquis par avance, au Congrès, de subventions pour ledit secteur. 

 

Nancy Pelosi et son mari ont fait de bonnes affaires en Chine

Ce qui nous intéresse plus, aujourd’hui, ce sont les compromissions de Nancy Pelosi avec la Chine. Dans un entretien de Peter Schweizer sur Fox News, après les compromissions de Hunter Biden en Chine, on apprend que Nancy Pelosi, qui avait été critique du comportement du pouvoir chinois, après Tien An Men, dans les années 1990 et même originellement appelé au boycott des Jeux de Pékin, changea subitement d’avis quand l’entreprise de limousines où avait investi son mari reporta le marché du transport des VIP durant ces mêmes jeux de Pékin. Et je conseille de vous plonger, si vous êtes anglophone, dans le passionnant ouvrage de Peter Schweizer, Red handed. How American Elites Get Rich Helping China Win (les mains rougies: comment les élites américaines s’enrichissent en faisant gagner la Chine). La famille Pelosi, la famille Biden, la famille Gates et bien d’autres ont rêvé de former, ces dernières années, une « élite globale » fondée sur la collaboration avec la Parti Communiste Chinois. La présidente de la Chambre des Représentants a tout fait pour éviter une enquête sur les origines du COVID au laboratoire de Wuhan. 

L’insistance de Madame Pelosi pour aller à Taïwan ne relève donc pas d’un esprit de défense de la liberté. On parle d’ailleurs bien peu des premiers intéressés, les Taïwanais – abandonnés par les Etats-Unis lorsque Nixon renoua avec Mao il y a cinquante ans. 

 

Sauver la présidence Biden en perdition?

 

Avec Joe Biden, il s’est produit ce qui devait arriver. Entré à la Maison énergiesche sur une fraude électorale, lui-même hors d’état de gouverner pour des raisons de santé à 80 ans, Joe Biden est à la dérive:l’ inflation, en particulier des prix de l’énergie, promet des élections de mi-mandat très difficiles. En politique étrangère, le fiasco est total. La Russie ne s’est pas écroulée économiquement et s’apprête à gagner la guerre contre l’Ukraine; l’accord sur le nucléaire iranien s’éloigne au fur et à mesure que les mois passent; l’Arabie Saoudite et la Turquie sont d’accord pour écarter de plus en plus les Etats-Unis du Proche et du Moyen-Orient – même au prix d’un compromis avec l’Iran. 

Madame Pelosi, qui est la véritable puissance politique à Washington actuellement, a donc décidé de gesticuler.  Ira, ira pas? Son compte twitter n’annonce d’étapes qu’à Singapour, en Malaisie, en Corée du Sud et au Japon. Mais depuis hier lundi 1er août, la spéculation va bon train. Depuis trois jours, l’armée populaire chinoise se tient prête à intervenir – on ne sait pas comment. Il y a quelques jours, dans un entretien téléphonique, le président Xi a recommandé à Joe Biden que personne « ne joue avec le feu ». 

On comprend bien que le pouvoir démocrate veuille bander ses faibles muscles à quelques semaines des élections de mi-parcours. Mais c’est à double tranchant: si Nancy Pelosi recule, cela fera un échec américain de plus en politique étrangère, un signe de plus qu’après le sursaut de Donald Trump, les Etats-Unis sont entrés dans un déclin définitif. 

Si Madame Pelosi insiste, le danger d’une crise majeure est réel. A l’heure où nous publions ce papier, rien n’est encore certain. Mais on a toujours beaucoup à craindre d’une oligarchie en déclin, qui se moque du peuple qu’elle est censée représenter et diriger et qui n’a plus d’horizon tellement le pouvoir américain est devenu gérontocratique.  

Dans tous les cas, l’attitude de la classe politique américaine est suicidaire. Espérons que Nancy Pelosi choisira le suicide individuel – ne pas aller à Taïwan – plutôt que le suicide collectif – aggraver la crise géopolitique mondiale avec un réel risque de guerre. 

 


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