Mort de Jean-Marie Le Pen : réactions partagées en Afrique
(FILES) French leader and founder of the French far-right party Front national (FN) Jean-Marie Le Pen acknowledges the supporters during the annual political meeting of the party, « Blue White Red » rally, in Vincennes, east of Paris on September 28, 1996. Jean-Marie Le Pen, a French far-right figure and runner-up in the 2002 presidential election, died on January 7, 2025, at the age of 96 in Garches (Hauts-de-Seine), in a hospital where he had been admitted for several weeks. (Photo by Pierre VERDY / AFP)

Mort de Jean-Marie Le Pen : réactions partagées en Afrique


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Jean-Marie Le Pen, figure de l’extrême-droite française et fondateur du Front national (devenu Rassemblement national), s’est éteint à l’âge de 96 ans. Sur le continent africain, sa personnalité et ses discours polarisent. Sa mort suscite des réactions contrastées,  son influence politique et ses positions sur la décolonisation continuent de diviser.

Jean-Marie Le Pen est décédé à l’âge de 96 ans. L’annonce a été faite par sa famille le mardi 7 janvier 2025. Notons qu’il a été hospitalisé en région parisienne depuis la mi-novembre 2024. Surnommé « le diable de la République », Jean-Marie Le Pen est connu pour ses travers et son passé « sombre ». Si certains saluent son habileté politique, d’autres dénoncent un héritage empreint de colonialisme, de racisme et de xénophobie.

Décès de Jean-Marie Le Pen

Jean-Marie Le Pen est un politicien français qui a fondé le Front National (FN) devenu Rassemblement national (RN). Il a dû abandonner la tête du parti en 2011, évincé par sa propre fille Marine Le Pen. En 2002,  le fondateur du FN réunissait 5,5 millions de suffrages au second tour, face à son adversaire candidat du RPR, Jacques Chirac.

Pendant sa campagne électorale, Le Pen passé au second tour de l’élection présidentielle, a cependant  déclenché une mobilisation massive contre ses idées jugées racistes et xénophobes. Sur le continent africain, sa personnalité et ses discours polarisent encore. Si certains saluent son habileté politique, d’autres dénoncent un héritage empreint de colonialisme, de racisme et de xénophobie.

Des soutiens inattendus en Afrique


Leader d’extrême-droite, Le Pen était contre la décolonisation en Afrique. En dépit de sa position, il a bénéficié des soutiens de quelques dirigeants africains.En 1987, il s’était rendu à Libreville pour rencontrer le président gabonais Omar Bongo, puis en Côte d’Ivoire, où il avait été accueilli par Félix Houphouët-Boigny, qu’il avait même proposé pour le prix Nobel de la paix.

Cependant, sa tournée africaine avait été marquée par des protestations à Dakar et Kinshasa, le contraignant à écourter son séjour. Plus tard, il sera invité en Guinée équatoriale par Teodoro Obiang Nguema et des anciens membres du Front national deviendront conseillers ou collaborateurs de dirigeants africains tels que Jean-Bedel Bokassa en Centrafrique. En 2016, il était présent à l’investiture du président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema, réélu avec  93,7 % des suffrages, au pouvoir depuis 1979 et doyen des chefs d’Etats africains par la longévité.

Les réactions suite à son décès se multiplient. Mais elles ne sont pas toutes des hommages. Le politologue sénégalais Mamadou Seck a déclaré que :

« Jean-Marie Le Pen a quand même marqué l’histoire politique de la France et par ricochet également celle de l’Afrique .Pour porter un certain nombre de discours dans les années 70 – 80, un discours xénophobe, raciste, etc…, pour l’assumer, il fallait avoir du bagout.».



Il a ajouté  le Sénégal « ne pleurera pas Jean-Marie Le Pen ».

Pour Thomas Borrel de l’association Survie, « Jean-Marie Le Pen incarne l’impunité des crimes coloniaux  puisque lui-même, en tant que tortionnaire pendant la guerre d’Algérie, n’a jamais été inquiété pour ces crimes-là ».

Sa disparition pourrait laisser entendre que les injures racistes et xénophobes appartiennent désormais au passé. Pourtant, « on a des propos de plus en plus ouvertement racistes et xénophobes au sein même du gouvernement » a ajouté Borrel.

Une extrême-droite renforcée et banalisée


Pour plusieurs titres, la réponse ne fait guère de doute.  «L ‘extrême droite est plus puissante que jamais », selon Libération. Pour autant, l’héritage de Jean-Marie Le Pen reste palpable, Le Front national, devenu Rassemblement national sous la direction de sa fille Marine, est aujourd’hui un acteur central de la politique française. La Voix du Nord rappelle que si Jean-Marie Le Pen « en 2002 réunissait 5,5 millions de suffrages au second tour, vingt ans plus tard, (sa fille Marine Le Pen) en réunit plus de 13 ». Accusé d’ « antisémite », cultivant la « haine anti-pédé », selon certains observateurs, son influence a permis de normaliser des discours autrefois marginalisés. A noter que dans 33 des 55 pays africains, l’homosexualité est un crime passible d’emprisonnement.

En Afrique, où les relations avec la France restent marquées par les stigmates du colonialisme, le décès de Le Pen est perçu par certains comme une occasion de repenser ces liens, tandis que d’autres y voient le symbole d’une époque qui persiste sous d’autres formes.

Par ailleurs, le Front national a-t-il bénéficié de financements venus d’Afrique ? Bien que des soupçons et accusations aient été évoqués, aucune preuve formelle n’a été établie à ce jour. Cependant, le Rassemblement national reconnaît avoir obtenu un prêt de 8 millions d’euros, indirectement lié à l’Afrique, en juin 2017, peu après la visite de Marine Le Pen au Tchad. Cette information, révélée par Mediapart et confirmée par des cadres du parti, met en lumière la situation financière délicate du parti à l’époque.


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