Le spectacle est rodé, les costumes sont de sortie et la mise en scène est impeccable. À Paris, on assiste à une tragédie grecque jouée par des acteurs de boulevard : le grand « Non » français au Mercosur.

On sort les fourches, on bloque les routes, et les ministres se succèdent sur les plateaux avec l’air grave de ceux qui vont « monter au front » à Bruxelles. C’est héroïque, c’est vibrant... et c’est surtout un mensonge intégral.
L’art du bistouri : le « Split » ou la décapitation de la souveraineté
Pendant que nos politiques haranguent les foules, les technocrates bruxellois, eux, pratiquent la chirurgie fine. Leur instrument ? Le « split ».
L’astuce est d’une simplicité diabolique : on prend le traité, on le découpe, et on isole le volet commercial (le fameux « Trade-only »). D’un coup de scalpel juridique, on évacue tout ce qui nécessite l’accord des parlements nationaux. Pourquoi s’encombrer du vote de l’Assemblée nationale quand on peut s’en passer ? Une fois scindé, le Mercosur devient une « compétence exclusive » de l’Union. Il suffit alors d’une majorité qualifiée au Conseil et d’un tampon du Parlement européen pour que le bœuf argentin arrive dans nos assiettes.

La France pourra voter « non » au Conseil pour la forme, elle sera mise en minorité, et elle devra appliquer le traité. C’est le génie de la machine : nous avons signé des traités qui permettent d’ignorer nos propres refus. Le « Non » français n'est plus une décision, c’est un commentaire en marge d’un texte déjà écrit.
La « Learned Helplessness » : le chien, la cage et le paysan
C’est ici que le diagnostic de J.D. Vance sur la learned helplessness — l’impuissance apprise — prend tout son sens. Rappelez-vous cette expérience cruelle : on administre des chocs électriques à un chien dans une cage. Au début, il cherche à s’enfuir. Puis, comprenant que rien ne change, il finit par s’allonger et gémir, même quand la porte de la cage est grande ouverte.

La France est ce chien.
Nos agriculteurs gémissent, nos citoyens s’indignent, mais personne ne regarde la porte ouverte. On réclame des « clauses de sauvegarde » ou des « mesures de réciprocité », ces petits os que Bruxelles nous jette pour nous calmer. Mais personne ne pose la seule question cohérente : si ce système nous broie, pourquoi y rester ?
L'avachissement national consiste à préférer le confort de la plainte à l'effort de la liberté. On veut le beurre de la protection et l'argent du beurre européen, sans jamais assumer le risque d'un Frexit. Le résultat ? Une nation qui a appris à être impuissante, qui délègue sa survie à ceux qui veulent sa perte, et qui appelle cela de la « diplomatie ».

Le vote comme somnifère
Voter contre le Mercosur sans sortir de l'UE, c'est comme voter contre la pluie tout en restant sous l'orage. C’est une catharsis pour les masses, un somnifère pour les paysans, et une plaisanterie pour les fonctionnaires de la Commission.
En acceptant le mécanisme du « split » sans remettre en cause l'appartenance à l'Union, la classe politique française valide son propre effacement. Elle joue une pièce de théâtre pour masquer une réalité brutale : la France ne gouverne plus, elle gesticule.
Dormez bien, braves gens. Le bœuf est en route, le traité est scellé, et vos cris ne sont que le bruit de fond d'une province qui a oublié qu'elle fut un jour un État.



