Le sénateur LR Thierry Meignen est visé par une enquête pour menaces de mort après avoir déclaré, à propos de la journaliste Nassira El Moaddem : « Je vais la fouetter. J’irai au bout, elle va mourir, je la tue. » Une enquête a été ouverte le 7 avril par le parquet de Paris. Face à ces propos gravissimes, le gouvernement reste muet.

Une enquête pour menaces de mort a été ouverte contre le sénateur Les Républicains Thierry Meignen, ancien maire du Blanc-Mesnil. Les propos, rapportés par Le Monde le 23 mars, sont sans ambiguïté : « Je vais la faire condamner pour diffamation. Je vais la fouetter. J’irai au bout, elle va mourir, je la tue. » Ils visent Nassira El Moaddem, autrice du livre-enquête Main basse sur la ville. La plainte a été déposée le 24 mars avec son éditeur Stock. Le parquet de Paris l’a confirmée mardi 7 avril à l’AFP : l’affaire est confiée à la brigade de répression de la délinquance aux personnes de la police judiciaire. Le gouvernement, lui, reste muet.
Des menaces qui font suite à une enquête de terrain gênante
Nassira El Moaddem a passé deux mandats (2014-2021) à décortiquer la gestion de Thierry Meignen au Blanc-Mesnil, bastion communiste conquis en 2014 par la droite.

Son livre-enquête évoque des soupçons sur l’attribution de marchés publics : attribution opaque des marchés, chasse aux sorcières contre l’ancienne équipe municipale et accointances avec l’extrême droite.
Face à ces révélations, le sénateur choisit la surenchère verbale plutôt que la réponse argumentée. La journaliste, elle, rappelle avoir été suivie, intimidée et avoir vu son matériel professionnel volé devant l’école de ses enfants pendant son enquête.

Le 26 mars, le président du Sénat Gérard Larcher saisissait le comité de déontologie à la demande d’élus écologistes et socialistes. Preuve que l’affaire dépasse le seul cas Meignen. Le parquet de Paris a confirmé, mardi 7 avril, l’ouverture d’une enquête confiée à la brigade de répression de la délinquance aux personnes.
Un silence gouvernemental qui interroge
« Je suis satisfaite que la justice commence à faire son travail », a réagi Nassira El Moaddem auprès de l’AFP. Mais elle ajoute : « En revanche, je suis toujours aussi choquée de l’absence de réaction du gouvernement. »

Ce blanc-seing institutionnel en dit long. Un sénateur de la République profère des menaces de mort contre une journaliste qui a simplement documenté la gestion d’une commune de Seine-Saint-Denis – avec ses enjeux financiers concrets que sont les marchés publics – et l’exécutif préfère regarder ailleurs. Le sénateur, contacté par l’AFP, n’a pas répondu.
Cette affaire est le symptôme d'une France qui s'effondre sous le poids de sa bureaucratie corrompue et de ses élus. Quand un élu répond par la menace de mort au lieu de produire des comptes transparents, c’est la démocratie de proximité qui vacille. Face à cette affaire, d’un côté, des responsables politiques dénoncent une forme de « judiciarisation » et de pression médiatique ; de l’autre, des journalistes alertent sur un climat de plus en plus hostile à l’investigation.




