Mamy Ravatomanga : le financier de Rajoelina rattrapé par la justice mauricienne

Mamy Ravatomanga : le financier de Rajoelina rattrapé par la justice mauricienne


Partager cet article

La décision de la Financial Crimes Commission (FCC) mauricienne de geler les comptes bancaires de l'influent milliardaire Mamy Ravatomanga, bras financier d’Andry Rajoelina, met à nu l’architecture de la corruption d’État que Rajoelina a consolidée depuis son arrivée au pouvoir, en échange de fidélités économiques et politiques.

A Madagascar, PDG du groupe SODIAT, Mamy Ravatomanga n’est pas un simple homme d’affaires : il est le bras financier du régime Rajoelina, ayant profité des marchés publics, du monopole sur l’importation de carburants, exportation de vanille, de la logistique présidentielle et des contrats publics opaques. Selon la FCC, pas moins de 640 millions de dollars auraient été placés à Maurice et dans des sociétés offshore. Une somme colossale pour un pays où plus de 75 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.

La chute du financier du régime

L’arrivée de Ravatomanga à Maurice à bord d’un jet privé de sa société Trans Ocean Airways, sans autorisation préalable, a tout d’un épisode de film noir. Exfiltré après la chute du régime Rajoelina, le milliardaire aurait tenté de déplacer des fonds à la hâte vers l’île sœur, avant d’être rattrapé par la FCC.
L’enquête mauricienne, fondée sur des "renseignements crédibles"et appuyée par des plaintes de ressortissants malgaches, a permis le gel de ses avoirs, de ceux de son épouse et de plusieurs de ses entreprises.

Hospitalisé depuis, Ravatomanga se dit prêt à « coopérer » avec les autorités mauriciennes . "Il n'a rien à se reprocher", selon les dires de son avocat.

Pourtant son passé le rattrape : l'implication du Parquet National Financier (PNF) français pour des acquisitions immobilières à Levallois-Perret, via des montages impliquant Dubaï, Singapour et Maurice, ainsi que sa présence dans les « Panama Papers », suggèrent une stratégie délibérée de dissimulation de la richesse.

Ce parcours, jalonné d’affaires et de passe-droits, illustre la connivence systémique entre le pouvoir politique et les élites économiques. Pendant que le peuple malgache subissait inflation, coupures d’électricité et insécurité, les proches du régime amassaient des fortunes colossales à l’étranger.

Le cas Ravatomanga met également en lumière la protection internationale dont bénéficient certains acteurs du régime Rajoelina, outre sa nationalité malgache , il a la nationatilité ivoirienne et serbe.

Le chaos judiciaire au service du bras de fer politique

L'affaire Ravatomanga expose au grand jour la crise de l’État de droit à Madagascar. Le démenti formel du Pôle Anti-Corruption (PAC) d’Antananarivo concernant l'existence d'un mandat d’arrêt met le nouveau régime en porte-à-faux. Le PAC, par la voix de sa cheffe du ministère public, insiste sur l'illégalité et la non-conformité du document qui circule, dénonçant un "faux document" et l'absence de procédure judiciaire régulière.

Or, la mandataire du nouveau régime, Fanirisoa Ernaivo, balaie ces arguments en affirmant qu'il s’agit d’une « manœuvre orchestrée par les proches du magnat » et défend la légitimité de l'acte.

Ce conflit ouvert entre une juridiction spécialisée (le PAC) et un représentant politique du nouveau pouvoir est extrêmement préjudiciable. Il suggère que le système judiciaire est soit incapable d'agir indépendamment, soit instrumentalisé à des fins de règlement de comptes.

La crédibilité des enquêtes anti-corruption à Madagascar est fortement compromise, rendant le travail des enquêteurs mauriciens beaucoup plus difficile, car ils ne peuvent se fier à des éléments "solides de leurs confrères du Pôle anticorruption" sans la collaboration stable de l'État malgache.

Le gel des actifs de Mamy Ravatomanga à Maurice est une étape essentielle dans la lutte contre l'impunité financière, mais il ne constitue qu'un volet d'une affaire plus vaste. Il démontre que si Madagascar échoue à juguler la fuite des capitaux et la corruption à l'intérieur de ses frontières, les juridictions internationales peuvent intervenir.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
La France s'effondre dans le chaos mondial, mais les conservateurs se passionnent pour les querelles d'Alloncle...

La France s'effondre dans le chaos mondial, mais les conservateurs se passionnent pour les querelles d'Alloncle...

L'issue du vote sur la publication ou non du rapport de Charles Alloncle sur l'audiovisuel public semble la première des préoccupations d'une certaine droite... pendant que le destin de la France se joue ailleurs, loin de l'hémicycle. Décidément, l'avachissement a contaminé tout le monde. Impossible d'échapper aujourd'hui à cette information, placée en "une" de tous les journaux : la commission parlementaire sur l'audiovisuel, à l'issue de sa réunion à huis clos de 14h, votera ou non la publica


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Lutte contre le blanchiment: les galeries parisiennes, nouveaux refuges des capitaux sales?

Lutte contre le blanchiment: les galeries parisiennes, nouveaux refuges des capitaux sales?

La Commission nationale des sanctions frappe fort et nomme les coupables. La Galerie Maeght, fleuron du marché français, est condamnée à 100 000 euros d’amende et à une interdiction d’un an avec sursis pour huit manquements graves à la lutte anti-blanchiment. Ses dirigeants subissent des sanctions personnelles. Un avertissement clair pour tout un écosystème. Pour la première fois, la Commission nationale des sanctions (CNS) publie des décisions nominatives contre des galeries d’art. La prestigi


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Tchernobyl 40 ans après : ces régions françaises où la radioactivité reste élevée

Tchernobyl 40 ans après : ces régions françaises où la radioactivité reste élevée

Quarante ans après le passage du nuage radioactif, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) admet enfin la persistance de zones contaminées sur le territoire national. En 1986, Pierre Pellerin assurait que le nuage radioactif s'était "arrêté à la frontière". Quarante ans plus tard, l'ASNR confirme l'inverse, des régions françaises restent contaminées avec une rémanence durable du césium 137 et du strontium 90. Quarante ans plus tard, les effets de l’accident de Tchernobyl son


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

L'humeur de Veerle D. : Bardella à la Sorbonne - 1,8/20 en géo, 20/20 en foutage de gueule?

L'humeur de Veerle D. : Bardella à la Sorbonne - 1,8/20 en géo, 20/20 en foutage de gueule?

Mes chers amis de la presse subventionnée et adorateurs du tampon étatique, l'heure est grave. Le "microcosme" est en PLS. Le crime? Jordan Bardella n'a pas fini sa licence de géographie. Pire : il a collectionné les 1,8/20 et les 5/20 comme d'autres collectionnent les points fidélité chez l'opticien. On crie à l’imposture, on s’étouffe avec son croissant bio. Mais au lieu de pleurnicher sur les bancs vides de la Sorbonne, si on regardait pourquoi la moitié de la France s’en tamponne le coquill


CDS

CDS