Le colonel Michaël Randrianirina, nouvel homme fort de Madagascar, dénonce la monopolisation de marchés par des opérateurs influents. Il souhaite également rompre l'exclusivité militaire avec Paris. Entre instructeurs russes et usines d'armement chinoises, la Grande Île diversifie ses tuteurs. Mais ce jeu d'équilibres risqué pourrait coûter cher.

En déplacement à Toamasina, cœur portuaire et économique de Madagascar, le colonel Michaël Randrianirina a dénoncé la concentration de l’activité entre quelques grands opérateurs malgaches ou étrangers. Par ailleurs, au niveau coopération militaire, si Madagascar a toujours vécu sous l’ombre portée de l’influence française, un monopole de fait sur la coopération militaire et stratégique. Pour le gouvernement de « Refondation », cette ère est révolue.
Corruption et exclusion des investisseurs
Sous l'ancien président Rajoelina, aucun investisseur étranger direct n'a posé pied à Madagascar, selon l'essayiste géopolitique Serge Zafimahova. Outre la minorité indo-pakistanaise qui domine déjà la vie économique malgache, des figures comme Mamy Ravatomanga, homme d'affaires influent exilé à Maurice après la chute du régime, ont monopolisé les marchés via des pratiques illicites. Ces abus de position dominante et contrats déséquilibrés ont lésé l'État et bloqué les capitaux extérieurs. Zafimahova l'explique clairement : "Il s’agit d’encadrer les pratiques anticoncurrentielles et les situations de monopole."

Le colonel Randrianirina, investi président de la Refondation le 17 octobre 2025 après un mouvement populaire soutenu par son unité militaire, promet de rétablir la confiance.
"Madagascar pourrait de nouveau créer la confiance pour que les capitaux étrangers puissent venir", estime Zafimahova. L'opération en cours vise à attirer ces investissements en démantelant les barrières.
Pourtant, les discours prolifèrent tandis que la misère s'enfonce. Les autorités judiciaires affichent une volonté de rétablir l'État de droit, mais l'opinion publique attend toujours des poursuites concrètes. La question est: les "anciens" réseaux protégés, seront-t-ils visés ? Ou la lutte anticorruption restera-t-elle sélective, épargnant les plus puissants ?
L'axe Moscou-Pékin : le nouveau « business » de la défense
Par ailleurs, si pendant des décennies, Madagascar a vécu sous l’ombre portée de l’influence française, le colonel Michaël Randrianirina vient de siffler la fin de la récréation diplomatique en affirmant qu'aucune exclusivité n'est plus reconnue à un partenaire unique.

L'arrivée d'instructeurs russes et de livraisons d'armes russes marque une étape concrète. Ce partenariat, qualifié de « gagnant » par le bureau du président de la transition de Madagascar, s'inscrit pourtant dans la stratégie classique du Kremlin en Afrique : offrir une protection prétorienne au pouvoir en place en échange d'un accès aux ressources ou d'un alignement géopolitique.

Plus structurel encore, le projet d’une usine de fabrication d’armes avec la Chine, annoncé il y a deux semaines, change la donne. Il ne s'agit plus seulement d'acheter du matériel, mais d'importer un outil de production sur le sol malgache. Pour la Chine, c'est un pion de plus dans l'Océan Indien .Il serait naïf de croire que la France acceptera cette éviction sans réagir. L’Océan Indien est une zone d’intérêt vital pour Paris.

L’opinion publique malgache a raison d’attendre des actes, pas des discours. Mais elle devrait se méfier des actes qui consistent à remplacer un interventionnisme par un autre. La dénonciation des monopoles est un classique des transitions politiques, servant souvent à légitimer un pouvoir tout en perpétuant une économie captive. La seule « refondation » véritable serait un désengagement de l’État de la sphère économique, laissant la concurrence libre et non faussée faire son œuvre de sélection et d’enrichissement collectif.




