L’Union européenne impose une astreinte d’un million d’euros par jour à la Pologne

L’Union européenne impose une astreinte d’un million d’euros par jour à la Pologne


Partager cet article

Par JULIEN G. – Sur fond de réformes judiciaires jugées « controversées » par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), la plus haute juridiction de l’UE a imposé à Varsovie une amende journalière d’un million d’euros pour ne pas avoir appliqué les ordonnances émises cet été. Le gouvernement polonais a rapidement réagi à la décision après son annonce et accuse Bruxelles de chantage. De plus, il n’est pas sûr que cela ait l’effet escompté car la Pologne a déjà refusé, il y a quelques mois, de payer une amende émise par Bruxelles.

Cour de justice de l’union européenne cd p 192 21 de Laurent Sailly

1.Un différend qui remonte à plusieurs mois

La décision du mercredi 27 octobre, découle d’un différend qui remonte à plusieurs mois.

En avril, la Commission européenne a entamé une procédure judiciaire contre la Pologne au sujet d’une nouvelle loi sur la discipline des juges, surnommée « loi muselière ».

En juillet, la Cour européenne a ordonné la suspension immédiate de la chambre disciplinaire jusqu’à ce qu’elle se prononce sur l’affaire.

Plus récemment, le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a déclaré qu’il allait démanteler la chambre dans le courant de l’année, sans donner de précisions.

La situation s’est encore détériorée début octobre lorsque le tribunal constitutionnel polonais, considéré comme illégitime par les critiques, a jugé que certaines dispositions des traités de l’UE étaient incompatibles avec la constitution polonaise

Mercredi, la Haute Cour de justice de l’UE a sanctionné la Pologne d’une astreinte d’un million d’euros par jour, pour ne pas s’être conformée à l’ordre de suspendre son mécanisme disciplinaire controversé pour les juges.

Cette décision intervient à un moment décisif dans le conflit qui oppose depuis des années Bruxelles et Varsovie sur la question de l’État de droit, alors que la Commission européenne étudie comment utiliser différentes formes de pression financière pour amener le gouvernement polonais à revenir sur certaines de ses réformes judiciaires contestées.

L’amende est l’astreinte journalière la plus élevée que la Cour de justice de l’Union européenne ait jamais infligée à un État membre de l’UE.

2.Le gouvernement polonais évoque un chantage

Le gouvernement polonais a rapidement réagi à la décision après son annonce. Piotr Müller, le porte-parole du gouvernement, a fait valoir que le pouvoir de réglementer le système judiciaire appartient aux pays de l’UE, et non à l’UE elle-même.

Par un tweet, il a indiqué que la punition et le chantage envers son pays ne sont pas la bonne voie et que ce n’est pas le modèle dans lequel l’Union européenne devrait fonctionner.

La Pologne accuse Bruxelles de chantage en raison de ses tentatives visant à imposer des conditions au décaissement de l’argent déjà alloué pour la Covid-19.

De son côté, la Commission assure que sa décision de retarder l’approbation du plan de relance de la Pologne, qui constitue la prochaine étape du déblocage des fonds, est une procédure distincte fondée sur les critères énoncés dans le règlement relatif au fonds de relance.

3.Varsovie va-t-elle payer ?

Puisque cette suspension n’a pas été respectée, la Cour a décidé de prendre une mesure très dure, “afin d’éviter un préjudice grave et irréparable à l’ordre juridique de l’Union européenne ainsi qu’aux valeurs sur lesquelles cette Union est fondée, notamment celle de l’État de droit”, selon les mots des juges siégeant au Luxembourg.

La Pologne devra payer cette amende à partir du moment où elle aura “reçu” cette décision, et ce, jusqu’au moment où elle aura rempli l’obligation imposée par la Cour.

Il s’agit du deuxième revers financier infligé à Varsovie par les juges luxembourgeois au cours des derniers mois. La Pologne avait déjà été condamnée à une amende pour ne pas s’être conformée à l’ordre de la haute cour d’arrêter l’exploitation de la mine de charbon de Turów.

Or, la Pologne a refusé de se conformer à cette ordonnance et a été condamnée à une pénalité journalière de 500 000 euros, que Varsovie a tout simplement refusé de payer.

Notons que ces amendes quotidiennes seront déduites des fonds de l’UE que la Pologne reçoit périodiquement, sachant qu’elle est le plus grand récipiendaire de fonds européens, Varsovie ayant reçu plus de 18 milliards d’euros en 2020.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Marwan Barghouti, le "Mandela palestinien", qu'Israël ne veut ni juger, ni relâcher, ni laisser vivre

Marwan Barghouti, le "Mandela palestinien", qu'Israël ne veut ni juger, ni relâcher, ni laisser vivre

Considéré comme le "Mandela palestinien", Marwan Barghouti, entre dans sa vingt-quatrième année de détention. Figure partisane de la résistance palestinienne et ancien secrétaire général du Fatah, l'ex-directeur du Shin Bet le désigne même comme le seul Palestinien capable de négocier une paix durable. Précisément pour cela, qu'Israël le torture. Derrière ce traitement : neutraliser celui qui pourrait rebattre les cartes du leadership palestinien. Marwan Barghouti, condamné en 2004 à cinq peine


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

L'humeur de Veerle Daens : Macron coupe encore une tranche de nos libertés ni vu ni connu

L'humeur de Veerle Daens : Macron coupe encore une tranche de nos libertés ni vu ni connu

Mes chers compatriotes du pays des Lumières (enfin, surtout celles des caméras de surveillance), installez-vous confortablement. Aujourd'hui, on ne va pas parler de la hausse du prix du beurre, mais de quelque chose de bien plus onctueux : la façon dont on nous cuisine à la sauce algorithmique dans le plus grand des calmes, sous couvert de « programmation militaire ». Vous savez, la Loi de Programmation Militaire (LPM) 2024-2030, c’est ce gros chèque de 413 milliards d'euros que l'État s’est si


CDS

CDS

Lecornu échoue à réduire le chômage des cadres menacés par l'IA, par Elise Rochefort

Lecornu échoue à réduire le chômage des cadres menacés par l'IA, par Elise Rochefort

Le Palais Bourbon a des airs de fin de règne en ce printemps 2026. Ce jeudi 16 avril, alors que le Premier ministre tentait de faire passer, presque en catimini, la transposition de l’avenant n°3 sur l’assurance chômage, l’Hémicycle lui a opposé un refus cinglant. Un échec qui ne raconte pas seulement une maladresse législative, mais bien le séisme qui secoue le monde des cadres à l’heure de l’intelligence artificielle. L’objectif de Jean-Pierre Farandou et de Matignon était clair : s’attaquer


Rédaction

Rédaction

L'Allemagne durement frappée par la guerre d'Iran, par Elise Rochefort

L'Allemagne durement frappée par la guerre d'Iran, par Elise Rochefort

On l'appelait autrefois la locomotive de l'Europe, mais aujourd'hui, le moteur allemand ne tousse plus : il s'asphyxie. Alors que le conflit en Iran s’intensifie, l’Allemagne s’apprête à traverser sa quatrième année consécutive de stagnation. Un record de grisaille économique dont elle se serait bien passée. Il y a encore quelques mois, on espérait un printemps radieux pour l'économie d'outre-Rhin. Les prévisions affichaient un timide mais solide 1,3 %. Aujourd'hui ? Le réveil est brutal. Le


Rédaction

Rédaction