Liberté d’expression en péril: le duo États-GAFAM fabrique l'autocensure
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Liberté d’expression en péril: le duo États-GAFAM fabrique l'autocensure


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Le dernier rapport de l’UNESCO révèle un recul historique de la liberté d’expression dans le monde. Entre autocensure, menaces physiques et numériques, les journalistes paient un lourd tribut.

La liberté d’expression traverse une crise inquiétante. Selon le rapport de l’UNESCO publié ce 15 décembre 2025, elle a reculé de 10 % depuis 2012, atteignant son niveau le plus bas depuis des décennies. Cette érosion est directement liée à la montée des violences contre les journalistes et à l’autocensure, qui a progressé de 63 % en treize ans. Ces chiffres ne sont pas le fruit du hasard, mais la conséquence directe de l’expansion du pouvoir étatique et de la collusion entre gouvernements et grands acteurs numériques.

L’autocensure, symptôme d’un environnement hostile

L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) vient de publier son rapport sur les tendances mondiales en matière de liberté d’expression et de développement des médias 2022-2025. L’agence onusienne a profité de l’occasion pour tirer la sonnette d’alarme. Elle a fait état « d’un grave recul » de 10% de l’indice de la liberté d’expression dans le monde au cours des 13 dernières années.

Tendances mondiales en matière de liberté d’expression et de
Rapport sur les tendances mondiales en matière de liberté d’expression et de développement des médias : Journalisme : façonner un monde en paix (2025)

Selon ce rapport, cette baisse historique résulte de l’augmentation de l’autocensure chez les journalistes. L’augmentation de l’autocensure – environ 5 % par an – est un signal particulièrement inquiétant.

Elle révèle un climat de peur où les journalistes renoncent d’eux-mêmes à traiter certains sujets, par crainte de représailles physiques, judiciaires ou numériques. Cette forme de censure diffuse, plus insidieuse qu’une interdiction directe, est souvent le résultat de lois répressives, de poursuites-bâillons (SLAPPs) ou de campagnes de harcèlement orchestrées, parfois avec la complaisance des autorités.

Dans de nombreux pays, informer devient un acte à risque, non seulement face à des groupes armés ou criminels, mais aussi face aux États eux-mêmes, via des lois vagues, des poursuites abusives ou des régulations numériques de plus en plus intrusives.

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La violence comme outil de contrôle

Le rapport est formel : 93 journalistes ont été tués en 2025, dont 60 en zone de conflit. Sur la période 2022-2025, le nombre de morts a augmenté de 67 % par rapport aux quatre années précédentes.

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Les attaques ne sont pas uniquement physiques. Harcèlement en ligne, pressions judiciaires, surveillance numérique et exil forcé composent désormais le quotidien de nombreux professionnels de l’information.

Les journalistes environnementaux ou les femmes, ciblées par des campagnes de harcèlement en ligne (75 % d’entre elles en sont victimes), sont les nouvelles cibles d’une volonté de museler toute critique.

Depuis 2018, plus de 900 journalistes en Amérique latine et dans les Caraïbes ont dû fuir leur pays.

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Plus d’accès au numérique mais moins de liberté réelle

L’UNESCO souligne pourtant une tendance paradoxalement positive : 1,5 milliard de personnes supplémentaires ont accédé aux réseaux sociaux entre 2020 et 2025. Mais cet élargissement de l’accès ne garantit en rien la liberté d’expression.

La concentration des plateformes, la modération opaque des contenus et la coopération croissante entre pouvoirs publics et GAFAM nourrissent un risque majeur : celui d’une censure indirecte, privatisée, souvent présentée comme nécessaire à la “sécurité” ou à la “lutte contre la désinformation”.

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Face à ce constat, l’UNESCO appelle à renforcer l’investissement public dans le journalisme, à développer des régulations numériques et à intensifier l’éducation aux médias. Si certaines mesures peuvent sembler de bon sens, elles reposent largement sur une logique de gouvernance centralisée.

La question demeure entière : peut-on réellement défendre la liberté d’informer en la plaçant sous la tutelle des États et de leurs autorités de régulation, alors même que ceux-ci figurent parmi les premières sources de pression ?

Le rapport de l’UNESCO confirme une réalité inquiétante : la liberté d’expression recule moins par manque de technologies que par excès de contrôle. Protéger les journalistes suppose avant tout de limiter le pouvoir de censure, qu’il soit politique, juridique ou numérique.


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