Bienvenue au cirque bi-mensuel de Strasbourg, ce théâtre courtisan où l'on dépense des millions en kérosène pour faire semblant de diriger un continent. Mais ce mercredi 11 mars 2026, l’ambiance sous le dôme de verre n’était pas aux embrassades habituelles. Notre "Walkyrie" impériale, Ursula von der Leyen, a troqué son armure de "puissance normative" pour celle d’une guerrière de la realpolitik, et manque de chance : ses propres écuyers commencent à trouver le costume un peu trop large pour elle.



Le téléphone de trop : quand Ursula se prend pour Napoléon
Le déclencheur de ce psychodrame? Une poussée d'adrénaline diplomatique. Alors que l’Iran s’embrase sous les frappes américano-israéliennes, Ursula, n'écoutant que son courage (et ignorant superbement son mandat), s'est emparée de son téléphone pour réorganiser le Moyen-Orient entre deux cafés. Elle a décrété, sans sourciller, qu'aucune larme ne devait être versée pour le régime de Téhéran et a appelé à une "transition" — comprenez un changement de régime — comme si elle gérait une banale fusion-acquisition à Bruxelles.

Résultat? Une levée de boucliers chez les diplomates qui, pour une fois, ont raison : Nathalie Loiseau a fort justement rappelé que notre présidente "hallucine" si elle croit disposer d'un service diplomatique ou d'un mandat pour jouer les chefs de guerre. Pendant qu'elle joue les Margaret Thatcher du pauvre, le détroit d'Ormuz ferme, le baril frise les 105 dollars et l’inflation européenne repart de plus belle. Mais que valent quelques centimes de plus sur votre facture d'essence face à la grandeur d'une Europe qui "projette sa puissance"?

La Sécurité, ou le nouvel évangile du contrôle total
Le clou du spectacle reste sa nouvelle doctrine présentée aux ambassadeurs deux jours plus tôt. Ursula nous l'a dit : le monde des règles est mort, place au monde des intérêts. Et pour servir ces intérêts, elle propose un remède typiquement bureaucratique : faire de la "sécurité" le principe organisateur de toute action publique.
Traduisez : tout, absolument tout, des données de votre smartphone à votre chaudière, en passant par vos échanges commerciaux, doit passer par le filtre du ministère de la Peur. Pour financer ce délire de grandeur, elle réclame la bagatelle de 800 milliards d'euros d'ici 2030. Huit cents milliards pour construire un "mur de drones" et sanctuariser chaque centimètre carré d'un territoire qu'elle peine déjà à protéger contre sa propre paperasse. On ne dit plus "État-providence", on dit "État-providence guerrier".

Le lâchage : même les complices disent "stop"
Le plus croustillant dans cette affaire reste la réaction du Parlement. On assiste à une scène de ménage institutionnelle. Même Manfred Weber, le fidèle lieutenant du PPE, commence à s'agacer de voir sa compatriote contourner systématiquement les députés via l'article 122, ce bouton "Urgence" qui permet à la Commission de lever des fonds et de légiférer dans l'opacité la plus totale. "Le Parlement doit être pleinement impliqué", gémit-il, se rendant compte un peu tard que la Walkyrie qu'il a aidée à couronner ne compte partager ni le butin, ni le sceptre.
À gauche, c’est le grand écart habituel. On pleure sur le droit international tout en réclamant encore plus de dettes communes. Iratxe García Pérez (S&D) veut bien du réarmement, mais à condition qu'on n'oublie pas de subventionner aussi le logement social. C'est le nouveau mantra bruxellois : des canons et du beurre, financés par une montagne de dettes que nos petits-enfants n'auront même pas la force de porter.
EU Inc. : Le capitalisme de connivence en marche
Enfin, comment ne pas ricaner devant le projet "EU Inc.", ce fameux "28ème régime" censé simplifier la vie des entreprises. Sous couvert de compétitivité, Ursula nous vend une feuille de route dictée par les lobbies industriels pour déréguler ce qui les gêne, tout en renforçant les barrières protectionnistes sous le label "Made in Europe". C'est le paradoxe von der Leyen : simplifier la bureaucratie en créant un nouveau niveau de bureaucratie européenne "supérieure".
Conclusion : Ursula von der Leyen a voulu transformer l'Union européenne en une forteresse souveraine dont elle serait la gardienne absolue. Mais en chemin, elle a oublié que même une forteresse a besoin de fondations solides. Aujourd'hui, entre un Conseil européen jaloux, un Parlement humilié et des citoyens qui voient leur pouvoir d'achat s'évaporer dans la fumée des crises qu'elle prétend gérer, l'Amazone est bien seule. À Strasbourg, ce mercredi, ce n'est pas la puissance de l'Europe qu'on a vu, mais l'orgueil d'une élite qui, à force de vouloir façonner le "nouveau monde", est en train de perdre le contrôle du sien.




