L'humeur de Veerle Daens : comment Macron tue les fêtes de village

L'humeur de Veerle Daens : comment Macron tue les fêtes de village

Barrières anti-intrusion, dossiers préfectoraux, cinq buvettes par an : pourquoi les fêtes de village renoncent en 2026. La chronique de Veerle Daens.


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Compagnons d'absurdistan, réjouissez-vous : on a enfin trouvé l'arme qui abat ce que ni les guerres, ni l'exode rural, ni la télévision n'avaient achevé. La fête de village meurt en 2026. Pas sous les bombes — sous les pièces jointes.

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À Notre-Dame-de-Bondeville, en Seine-Maritime, le Village festif et associatif du 27 juin n'a pas eu lieu. La préfecture avait transmis un message sans ambiguïté sur les mesures de précaution ; la commune, protectrice, a renoncé. La protection des participants, dit le communiqué, reste la priorité absolue. Protégés de quoi ? De la fête. Ils l'ont été parfaitement : elle n'a pas eu lieu.

Le cas n'est pas isolé, il est exemplaire. Partout, la même liturgie. Le seuil de déclaration a été abaissé : la fête qui se faisait de mémoire d'homme sans papier doit devenir un dossier. Un dossier avec des barrières anti-intrusion, un dispositif prévisionnel de secours, des bénévoles formés. Et, couronnement de l'édifice, cette perle réglementaire : une association n'a droit qu'à cinq autorisations de débit de boissons temporaire par an. Cinq. La sixième buvette est un crime.

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Dialoguons avec l'administration, puisqu'elle n'est jamais là. Nous voulons faire la fête du village. — Déposez un dossier. — Depuis quand faut-il un dossier pour danser sur la place ? — Depuis que le seuil a été abaissé. — Qui paie les barrières ? — L'organisateur. — C'est une association de onze bénévoles dont la trésorière a soixante-dix-huit ans. — Alors elle mesurera le risque. — Et si elle renonce ? — Ce sera une décision responsable.

Admirez la symétrie, mes chers lecteurs sans tableur. Le point de deal à ciel ouvert n'a jamais déposé de dossier préfectoral ; il tient tous les week-ends, sans plafond de buvettes. La solitude devant un écran ne requiert aucun Cerfa ; elle est même subventionnée par la fibre. Dans la France de 2026, une seule chose exige encore un permis : se réunir pour être heureux ensemble. L'État ne sécurise pas la convivialité, il l'instruit — comme on instruit un procès.

Et puis il y a ce qu'aucun communiqué ne dira : les fêtes qui n'auront jamais lieu. Pas annulées — non nées. Le maire qui n'ose plus, l'association qui se dissout, le village qui prend l'habitude du silence. Personne ne les comptera : il n'existe pas de formulaire pour déclarer une joie morte avant déclaration.

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Alors une question, compagnons, à méditer devant votre buvette numéro cinq : quand l'État aura achevé de sécuriser la fête jusqu'à l'inexistence, que restera-t-il à sécuriser, sinon votre envie de vous réunir ? Le formulaire existe peut-être déjà. Dansez pendant que c'est encore déclarable.

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