Selon son habitude bien ancrée désormais, Thibault de Varenne a passé en revue les sources non-occidentales pour décrypter la perception de la guerre d'Iran et de sa résolution vue d'Iran.

Selon les sources iraniennes, arabes, turques, chinoises et russes, la perception des discussions de paix actuelles ne se limite pas à un simple désir de cessation des hostilités ; elle reflète une lutte pour la définition d'un nouvel ordre sécuritaire où l'influence américaine est contestée et où la souveraineté régionale est érigée en dogme.

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Le prisme iranien : une diplomatie de résistance et de levier tactique
Pour Téhéran, les discussions de paix ne sont pas perçues comme une reddition, mais comme la continuation de la « défense robuste et de la résistance inébranlable » par d'autres moyens. Le gouvernement iranien, désormais sous une direction consolidée incluant des figures comme Mojtaba Khamenei et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, perçoit son avantage sur le champ de bataille — notamment sa capacité à paralyser l'économie mondiale — comme le fondement nécessaire de toute diplomatie renouvelée.
La doctrine de la « victoire ouverte » et le nouvel ordre sécuritaire
Les médias officiels et semi-officiels iraniens, tels que IRNA, Tasnim et Fars, véhiculent une image de résilience face à l'agression. Mahdi Mohammadi, conseiller principal du président du Parlement Mohammad Baqer Qalibaf, a affirmé dès avril 2026 que l'Iran avait « clairement et ouvertement gagné la guerre », car il a réussi à imposer ses termes malgré les pertes matérielles massives. Cette perception de victoire est ancrée dans l'idée que Téhéran a utilisé son levier le plus puissant : la fermeture du détroit d'Ormuz.
L'objectif iranien dans les pourparlers de paix dépasse la simple survie du régime. Il s'agit de créer de « nouvelles équations sécuritaires et politiques » au Moyen-Orient qui reconnaissent formellement la puissance et le leadership de l'Iran. Pour le Conseil suprême de sécurité nationale, les négociations avec Washington ne sont acceptables que si elles aboutissent à un arrangement qui met fin à l'isolement international du pays et aux sanctions paralysantes qui le coupent de l'économie mondiale depuis des décennies.
Analyse détaillée du plan de paix en dix points de Téhéran
Au cœur de la position iranienne se trouve un plan en dix points, présenté lors des discussions d'Islamabad en avril 2026. Ce cadre est perçu par Téhéran comme une offre globale pour la stabilité de l'Asie de l'Ouest, bien que les observateurs extérieurs y voient une liste de demandes maximalistes.
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Point |
Description de l'exigence iranienne |
Justification stratégique
et perception |
|
1 |
Engagement des États-Unis à
garantir la non-agression |
Fin de la menace de frappes
préventives et protection de la souveraineté. |
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2 |
Contrôle continu de l'Iran
sur le détroit d'Ormuz |
Maintien du levier
économique sur les flux énergétiques mondiaux. |
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3 |
Acceptation du droit à
l'enrichissement de l'uranium |
Préservation de l'autonomie
technologique et nucléaire civile. |
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4 |
Levée de toutes les
sanctions primaires |
Accès direct aux marchés et
aux technologies américaines. |
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5 |
Levée de toutes les
sanctions secondaires |
Réintégration totale dans
le système financier global. |
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6 |
Fin de toutes les
résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU |
Retrait de l'étiquette
d'État « paria » au niveau international. |
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7 |
Fin de toutes les
résolutions du Conseil des gouverneurs de l'AIEA |
Normalisation du dossier
nucléaire sans « politisation » externe. |
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8 |
Compensation financière à
l'Iran pour les dommages de guerre |
Réparation pour les
infrastructures détruites lors de l'opération Epic Fury. |
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9 |
Retrait des forces de
combat américaines de la région |
Création d'un espace de
sécurité géré exclusivement par les acteurs régionaux. |
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10 |
Cessation de la guerre sur
tous les fronts (Liban inclus) |
Protection de l'« Axe de la
Résistance » et de l'intégrité du Hezbollah. |
L'Iran insiste sur le fait que ces points ne sont pas négociables séparément, car ils forment un tout cohérent destiné à restaurer une stabilité « volée par des guerres continues ». La perception iranienne est que les États-Unis, par leur comportement passé — notamment le retrait unilatéral du JCPOA en 2018 et les frappes de 2026 — ont perdu toute crédibilité. Par conséquent, Téhéran exige des garanties contraignantes plutôt que de simples promesses diplomatiques.
Le levier d'Ormuz : entre arme économique et geste humanitaire
La gestion du détroit d'Ormuz est centrale dans la perception iranienne des négociations. Après avoir fermé le détroit en réponse aux frappes américano-israéliennes, l'annonce par le ministre Araghchi de sa réouverture complète — bien que conditionnée au cessez-le-feu au Liban — a été présentée comme un acte de force et non de faiblesse. Téhéran perçoit cette réouverture comme une démonstration de sa souveraineté absolue sur la voie navigable.
