Les dirigeants allemands se préparent à placer la France hyper-endettée sous tutelle
Emmanuel Macron a dit jeudi sa volonté d’approfondir le travail avec l’Allemagne sur la réforme de la zone euro, qui vise à créer davantage de solidarité économique et financière entre ses membres. /Photo d’archives/REUTERS/François Lenoir

Les dirigeants allemands se préparent à placer la France hyper-endettée sous tutelle


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La classe politique française, Emmanuel Macron en tête, se berce d'illusions. On est convaincu, chez nous, que l'Allemagne a renoncé au pacte de stabilité budgétaire de la zone euro. Or la CDU et la CSU - dont tout indique qu'elles vont gagner les prochaines élections, en septembre 2021, expliquent exactement le contraire dans leur programme électoral publié le 21 juin. Les dettes contractées à l'occasion de la crise du COVID doivent rester un cas unique dans l'histoire de l'Union Européenne. Et comme le même parti réclame les votes à la majorité en politique étrangère et un siège commun au conseil de sécurité de l'ONU, on anticipe que la France sera contrainte à abandonner progressivement sa souveraineté en échange d'une tolérance (provisoire) de sa dette.

La grande illusion des dirigeants français

Emmanuel Macron et une grande partie de la classe politique française se bercent d’une douce illusion. Avec le plan « Next Generation EU« , l’Allemagne aurait mis « à l’insu de son plein gré » le doigt dans l’engrenage de la mutualisation des dettes européennes. Emmanuel Macron est persuadé qu’avec les 732 milliards du plan européen de relance, on a même dépassé le souhait qu’il avait exprimé, lors de sa campagne, de porter le budget de la zone euro  à 400 milliards.

Les chrétiens-démocrates allemands prônent un durcissement du pacte de stabilité après la crise

Las ! Le programme des chrétiens-démocrates allemands pour l’élection du 26 septembre 2021 est très clair sur le point de l’endettement national et européen. Nous traduisons intégralement les paragraphes concernés du programme présenté par Armin Laschet le Rhénan et Markus Söder le Bavarois:

« Nous voulons rétablir les règles budgétaires du pacte de stabilité et de croissance et du traité fiscal rapidement après la pandémie de Corona et les renforcer, non les adoucir.

Nous voulons limiter les marges de manoeuvre dans la procédure de de contrôle d’un déficit excessif et renforcer les règles à respecter. Les violations des critères de stabilité doivent être systématiquement
sanctionnés.

L’Union européenne a répondu de manière appropriée et solide à la crise du Corona avec l’instrument « Next Generation EU » en conjonction avec le cadre financier pluriannuel 2021 -2027.

L’Europe ne peut être forte qu’ensemble. Par conséquent, nous nous sommes engagés à soutenir les pays du sud de l’Europe qui ont été particulièrement touchés par la crise. L’emprunt européen afférent est temporaire et ponctuel. Il n’est
pas une entrée dans une union de la dette – et ne doit jamais l’être.

Les traités sont clairs : chaque État membre est responsable de ses dettes. Nous continuons à rejeter l’idée de faire partager les dettes ou les risques d’un Etat par les autres États membres. Parce que nous voulons une véritable union fondée sur la stabilité et non une union fondée sur les dettes, nous refusons la responsabilité partagée.

Notre Europe est celle d’ une politique budgétaire saine. Les ressources budgétaires doivent être utilisées en priorité pour les mesures qui créent une valeur ajoutée européenne. Ils doivent être à l’avenir encore plus ciblés sur les besoins du continent ».

On ne saurait être plus clair. Et nos politiques devraient prêter attention au fait qu’après une courte flambée dans l’opinion, les Verts d’Annalena Baerbock sont désormais, dans tous les sondages, largement distancés (cinq à sept points) par la CDU et la CSU. Les chrétiens-démocrates n’ont d’ailleurs aucun intérêt à changer sur la question de la dette et du respect des traités puisque l‘AfD, en mettant la sortie de l’UE (le Dexit) à son programme s‘est condamnée à la marginalisation. Le parti d’Armin Laschet a une occasion unique de reprendre à son compte l’exigence de strict respect par les partenaires des traités européens.

Les dirigeants allemands demanderont à la France des abandons de souveraineté en échange d'un déficit prolongé

La pirouette habituelle des dirigeants français, quand on les met devant leurs responsabilités, c’est de dire mais regardez, l’Allemagne a besoin de nous et elle propose des approfondissements du fédéralisme européen. Effectivement, le programme de la CDU/CSU se prononce en faveur des décisions à la majorité sur la politique étrangère et de sécurité commune. Les chrétiens-démocrates allemands proposent aussi un siège de l’UE au Conseil de sécurité de l’ONU. En plus des sièges existant, disent-ils. Mais que se passera-t-il le jour où les membres de l’ONU dira : nous voulons bien d’un siège pour l’UE mais à la place de celui de la France? L’Allemagne proposera à la France la tolérance de sa dette contre la mutualisation du siège au Conseil de sécurité.

Pas besoin d’être gaulliste pour voir que la France se prive toujours plus de défendre ses intérêts au sein de l’UE en étant incapable de mettre en ordre ses finances publiques.


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